‹ Croquis congolaisChapitre 3 sur 8 · LE COMMISSARIAT MARITIME A IIOMA · texte numérisé non relu

LE COMMISSARIAT MARITIME A IIOMA

il gagne de gros salaires, se promène en pantalon blanc rayé, en gilet de velours et en veston du dernier modèle. Sa boule noire et frisée repose sur un faux col, ceint d'une cravate rouge piquée d'une grosse épingle de corail; ses lèvres lippues sucent un énorme cigare, tandis qu'il se dandine une canne à la main.

Le quai se termine en amont, à la maison de la Belgika, qui fournit de la viande fraîche à Borna.

A mes pieds se creuse im profond vallon ; il me sépare d'un monticule ; la force publique y est établie dans un bâtiment en briques qui abrite aussi le mess des ofliciers.

La croupe arrondie de la colline, tournée vers le fleuve, est plantée d'agaves en guise de chevaux de frise ; sa crête aplanie porte les habitations des sous-olhciers noirs, l'école et l'arsenal ; à ma droite un chemin très raide descend vers la prison en fer ; les condamnés noirs qui travaillent au-dehors, enchaînés deux à deux, y couchent dans deux dortoirs proprement tenus; lesl)lancs logent dans deux cellules séparées.

Croouis Congolais

Au delà de la prison, les trois côtés d'un rectangle sont occupés par les chimbèques de la police.

La côte sur laquelle je me trouve s'infléchit à ma gauche et descend vers la colline où se dresse l'église, architecture en fer repoussé. . . et repoussante; à ti'avers le bosquet d'où elle émerge, se distinguent le presbytère, puis les toits blancs de l'hôtel du Gouverneur, où je reçois une aimable hospitalité. En remontant le chemin, on rencontre le bâtiment du secrétariat général, les bui'eaux des inspecteurs, l'imprimerie, les habitations de quelques foiictionnaires supérieurs, la maison des sœurs, l'école professionnelle des jeunes négresses, les ti'ois pavillons de la croix rouge, l'inlirmerie des blancs, les villas du docteur, du commandant de la force publique et du i)i'ucureur d'État. Ces habitations, en briques, en bois ou en 1er sont recouvertes de carton bitumé, blanchi chaque année, ce qui doime un asp.'ct ]ir()})re et gai au ijnuorama de la ville.

Un ci<'l lourd pèse sur le paysage, de sorte que b^s reliefs ne sortent pas; mais les montagnes de la cote portugaise se sont dégagées de la brume, leurs détails et leur couleur s(^ distinguent très nettement.

La longue ile portugaise de Sacra Baka i)rolongée par celte de Sélanga, plate en aval, montueuse en amont, coupe le cours du fleuve; au delà, vers le sud, sui'git la rive du Congo portugais, rousse au prenùer iilan, bleuâtre au second, brumeuse à l'horizon; elle se ter-

mino en aval par le Fétiche Roc, que les Portugais fortifient, en ce moment, pour se garder des attaques des Muserongo.

De ci, de là s'élève lentement et verticalement, dans l'air surchauffé, une noire colonne de fumée ; ce sont des herbes qui brûlent.

Le ravin oriental qui part du faubourg de Chinquengue est dominé par les bâtiments de la colonie scolaire, dont on aperçoit les cultures ; plus loin on retrouve le cours tortueux de la rivière des crocodiles; dans un de ses sinus, le père Volters vient de faire construire un village chrétien, a (in d'isoler plus complètement ses néophytes des nègres païens. Une grande croix rouge est peinte sur la porte de chaque chimbéque.

Le tramway, part du débarcadère, passe entre le commissariat, le bureau de la marine et l'hôpital des noirs, se glisse entre la colline du (iouvernement et celle qui porte la mission américaine, cachée en partie par deux baobabs ventrus. Un chapelet de chimbèques de travailleurs contourne cette colline. Puis à gauche s'étend un terrain, en partie marécageux, coupé par le chemin de fer, en construction, du Mayombe.

Le cimetière y étale ses croix et ses dalles blanches ; là dorment les nombreuses victimes des trois fléaux du Congo : la fièvre, la dyssenterie et l'hématurie. Boma n'a pas de distribution d'eau. Le long de la voie du tram sont échelonnées des citernes ; on y verse l'eau

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prise au lieuve et nioiitée à l'aide d'un grand réservoir en tôle remorqué par la locomotive. C'est une eau jaune et limoneuse qui ne peut servir qu'aux usages domestiques et dont il faut pourtant se contenter pour se laver. L'eau potable est puisée à une source voisine de la factorie anglaise et transportée dans des damesjeannes sur la tète des négresses.

Les cliemins de Borna ne sont guère parcourus que par les longues théories de travailleurs conduites par des sous-oliiciers à leurs divers chantiers et des files de prisomiiers enchaînés, deux à deux, par le cou. Le malin ils sont balayeurs et vidangeurs; dans la journée, terrassiers ou constructeurs. Leurs chaînes sont légères et leur travail est modéré.

Tout cet ensemble, encore modeste, dénote une prospérité naissante et un eifort sérieux qui font contraste avec l'air d'abandon de la capitale du Congo français, Libreville.

Pour avoir une vue plus étendue du site de la capitale du Congo il faut gravii- les 110 mètres de la montagne sur laquelle se dresse le monolithe. C'est luie aiguille natun^lle, de douze mètres de hauteur, contrebutée de quelques gros quartiers de roc, en granit rose, comme toute la montagne, dont la surface présente, en outre, de nombreux fragments de quartzite, en partie délitée.

Les couches rocheuses sont dressées dans la direc-

tion E.-O.; en face de nous, sur la rive gauche, surgit le Fétiche Roc, sans doute rattaché au monolithe, par une ligne d'écueils sous fluviaux.

Du pied de l'aiguille de granit le panorama est grandiose. Nous voyons s'étaler à notre droite les pâturages de l'ile de Matéba, passant du jaune au vert tendre, du brun funcé au roux rutilant, par des dégradations insensibles.

L'ile des oiseaux, l'île des hippos, l'île de Boulicoco, d'autres îles anonymes allougent leurs lignes bleuâtres à l'horizon et le fleuve aux reflets métalliques insinue ses méandres miroitants entre leurs rives.

Derrière les premiers plans de la côte portugaise roussie s'étagent des ondulations de collines devenues violettes par l'éloignemont.

A notre gauche la montagne de Chinkakassa montre ses brèches rouges, connue des blessures saignantes; au delà brillent les toits blancs de Boma ; plus loin encore nous apercevons un vallonnement de montagnes brûlées, stériles, dénudées ; à peine distingue-t-on dans les fonds quelques chétifs palmiers et un peu d'herbe verte.

Dans le fleuve : c'est l'île de Sacra Baka, l'île des Princes, puis les hauteurs sombres et sauvages qui étreignent le fleuve de leurs flancs rocailleux jusqu'au chaudron d'enfer. Un scintillement, deviné entre deux de leurs croupes, indique seul le cours du Congo.

Les fonds se sont dégagés de leurs vapeurs, le soleil

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apparaît, les iiiuiges llotteiit plus légers, la saison des pluies approclio, et le ciel devient bleu. Mais, du côté de Matadi, il reste lourd, sinistre, menaçant, ajoutant son hostilité au caractère mélancolique de ce dur paysage ; là connnencent la barrière opposée par l'Afrique à la curiosité, à l'avidité, à l'esprit conquérant du blanc, et le mince ruban d'acier qui l'a percée.

Pourtant ces collines chauves ont dû être boisées, ces vallées désertes habitées, ces plaines arides cultivées; mais toute la contrée dévastée par les incendies, dépeuplée par la traite et l'horrible rhum, stérilisée par la culture épuisante du manioc n'est plus qu'un désert.

La chaleur est forte, mais ne parait pas dépasser celle que nous éprouvons, en Belgique, aux mois de juillet et d'août.

Quelle société rencontre-t-on dans cette contrée? Quels sont les mobiles qui poussent nos compatriotes vers ce pays, peu séduisant au premier abord, et qui quelquefois terrasse les nouveaux venus sous la crainte de l'inconnu mystérieux et de la maladie toujours menaçante.

Ces mobiles sont variés et passent par une gradation qui va des motifs les plus nobles aux moins avouables : le désir de s'associer à une grande œuvre patriotique, le besoin de dépenser une activité qui ne trouve pas d'emploi en Europe, la curiosité d'un monde nouveau, la volonté énergique de se créer une position, d'acquérir une fortune, fùt-elle durement gagnée, l'impossibilité

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pour des caractères violents ou inquiets do s'accommoder de la vie réglée de nos contrées, quelquefois l'obligation de quitter un milieu que l'on s'est aliéné par des folies, des tlettes ou des fautes graves.

Tous ces éléments disparates sont souvent difficiles à amalgamer; il en résulte des frictions douloureuses dans les rapports sociaux et par suite une aggravation de l'isolement dont souffre tout d'abord l'européen, habitué à la vie en commun du nord.

Le personnel blanc n'est pas assez nombreux pour permettre le choix des relations; des gens d'origine, de caractère, d'habitudes trop disparates sont obligés de voisiner et, souvent découragés par les froissements qui en résultent, préfèrent la solitude.

Il n'y a doiic pas, même dans la capitale, de cercle, de société où l'on ait le plaisir de retrouver des amis, où l'on puisse cultiver un sport ou un art d'agrément; puis, les événements sont trop rares, dans ce monde restreint, les nouvelles d'Europe sont trop espacées pour alimenter la conversation et lorsqu'on se rencontre l'on n'a rien à se dire.

Les Belges n'ont pas encore pratiqué depuis assez longtemps, chez eux, les sports anglo-saxons, pour avoir l'énergie de les transporter au Congo ; au lieu de réagir contre l'effet débilitant du climat par des exercices physiques, ils demandent malheureusement, trop souvent, à l'absinthe un stimulant trompeur.

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Ceux à qui je m'en suis ouvert, nie répondaient : « Que voulez-vous? Nous sommes plus occupés qu'en Europe : à 5 1/2 heures le clairon sonne, à G heures la musique militaire joue sous nos fenêtres : impossible de se reposer plus longtemps. Il faut se lever, déjeuner, car à 7 l/'2 heures commence le travail des bureaux ; il n'est suspendu que de il 1,2 à 1 1,2 heure. On doit rentrer lentement chez soi pour ne pas attraper un coup de chaleur, et déjeuner; on ne peut se promener que de 5 à 6 heures ; la nuit tombe brusquement ; après le dîûer,il est temps de se mettre au lit pour pouvoir se lever de bonne heure le lendemain ; cependant le soleil n'apparait que vers 6 heures et cette égalité des jours et des nuits ne permet ni les promenades matinales, ni les flâneries crépusculaires.

» A ce régime, l'inertie se développe, l'intelligence s'engourdit. Le repos a un grand attrait dans un pays dont la température est très supportable pour celui qui se tient tranquillement assis à l'ombre en se laissant caresser par la brise, mais où tout eflbrt musculaire et même intellectuel vous met immédiatement en nage. «

Ce langage ne m'a cependant pas converti. ()n me répond que j'ai encore mes forces d'Europe, que le séjour n'a pas eu le temps d'exercer son action débilitante ; mais au bout de dix-huit mois les plus forts l'éprouvent.

Je suis disposé à admettre qu'un terme de trois ans est trop long; les agents de l'État devraient pouvoir

Croquis Concolaks 21

rentrer après deux années de service, maintenant que le trajet se fait plus rapidement. Cependant j'ai toujours éprouvé, qu'après une excursion, je me seiitais plus alerte, et les officiers m'ont contirmé qu'ils avaient ressenti le même effet et considéraient la période des explorations comme le meilleur moment de leur vie africaine.

J'ai observé, en Egypte, comment les Anglais savent conserver plus intacte leur énergie native que nos compatriotes. Au Caire ils jouent au cricl^et, au lawn-tennis, au polo, à la paume, malgré la température, et récemment le Graphie les représentaient se livrant au football bien plus au sud, à peine installés à Khartoum.

Après ces exercices, ils sont en nage, un bon iub les rafraîchit et ils apparaissent au dîner le sang aux joues, avec un aii' de santé et de vigueui' juvénile qui fait plaisir à voir.

Je persiste donc dans mon avis; je pense que le blanc doit tendre son ressort moral en Afrique et maintenir son activité physique et intellectuelle.

Aux exercices déjà énumérés pourquoi les Belges n'ajouteraient-ils pas la natation et le canotage? On établirait cà peu de frais sur le fleuve un bassin de natation ; à l'abri des crocodiles ; le Congo se prêterait très bien à la navigation à la voile; les vents y sont réguliers, les bourrasques ni si subites ni si longues qu'on ne puisse avoir le temps de s'abriter à la rive. Celui qui connaît

bien le fleuve évite facilement les tourbillons dangereux et les courants trop vieilents.

Puisque les Belges ont l'esprit d'association, pourquoi ne fonderaient-ils pas un club alpin africain, qui à pit^d, à cheval, à mule, en canot explorerait les environs des stations! Quelle matière intéressante ils recueilleraient pour les bulletins de nos sociétés savantes ! L'anthropologie, la faune, la flore, la géologie olfrent un vaste champ à leurs recherches et des richesses considérables aux collectionneurs.

Les observations, les aventures, les incidents de ces excursions donneraient à nos Africains un sujet de conversation plus réconfortant, plus varié que la flévre, la dyssenterie et l'hématurie.

Le seul sport qui soit pratiqué dans le Ilaut-Gongo, est la chasse; et encore, beaucoup de stations se sont-elles attaché un chasseur noir, chargé de les pourvoir de gibier.

J"ai constaté, à regret, que nos compatriotes perdent au Congo cet esprit sociable qui leur fait inventer, dans la mère-patrie, mille prétextes pour se réunir. Il manque dans toutes les stations un cercle où les colons puissent se rendre pour causer, lire des journaux ou des livres instructifs ou simplement amusants.

J'espère que l'œuvre des bibliothèques congolaises, que j'ai fondée à mon retour, contribuera à combler cette lacune.

Ce manque de relations agréables, de pi'éoccupations intellectuelles, ce ressassement continuel d'afiàires de service linit par excéder tellement les agents qu'ils préfèrent ne pas se voir et vivre en ours ; le caractère s'aigrit, les discussions s'enveniment, la bienveillance disparaît et c'est toujours de la façon la moins cliaritable qu'on apprécie les actes des collègues. Les rapports entre fonctionnaires de tous rangs en souffrent.

J'ai plus d'une fois entendu des plaintes sur l'intervention trop fréquente et trop minutieuse des bureaux de Bruxelles; on leur reprocbe de tuer toute initiative au Congo. Cependant il surtit de comparer quelques stations, quelques camps d'mblruction pour constater de gi'andes diiléreiices et se convaincre combien l'initiative d'un chef actif et intelligent peut obtenir de beaux résultats, maigre les lisières du pouvoir central.

Je suis loin de contester le iondement de certaines de ces récriminations, mais d'autre pai't il faut bien admettre la nécessité d'un esprit de suit(3 dans l'œuvre de la colonisation; elle pourrait ditiicilement être poursuivie avec fermeté par la seule volonté de chefs se succédant rapidement et souvent peu prépares à une tâche tout à fait nouvelle pour eux.

Un reproche plus fondé adresse à quelques uns de « ces Messieurs de Bruxelles « c'est de ne pas connaître le Congo; par suite, de prescrire des choses irréalisaJjles, de prétendre gouverner le noir comme le blanc,

d'onvoyor ilos ordres ci^iti-ailietdiros. do no pas lonir coinpU' ili'S inovtMis limites dont oii disjiosc ou AlVi([uo et des énormes distances qui séparent les postes. Il ne

ciMKTiKiu; m-; i;iim\

faudrait au gouvernement central que des hommes ayant séjourné au Congo, ayant pratiqué le nègre, capables d'ap]irécier ce qu'on peut exiger de lui.

Il est heureux que la direction suprême de l'ceuvre de

la colonisation aijparlicniic à un souvci-ain (jiii, dôs sa j(MUioss(% a l'ail des (iiicslions coloniales son cliidc l'avoriLe et a lonjoiirs puisé ses enscif^ncnicnls à l'ccolc du pays colonisalcui' par (^xcolkîiicc, rAnj^lctcri'C!; il s'est bien gai'de ik se laisser entraîner' i)ai' les théories adminisifalivcs de nos voisins.

Quand l'I^tal ind(''pciidaid poiuTa mieux payer ses l'onctionnaires et surloul Iciir assurer une pension con- Vfîiiable, après un séjoiu- de trois ternies, il ixjiu'ra se montrer })lus sévère dans son choix et s'assurer les sei'vices d'honnues prepai'cs dans d(>s écîoles sp(''(Males à la belle t;'iclie de inelire en valeiir notre fulure colonie

Le N'Sona de Léopoldville

A semaine fiote compte quatre jours : N'Soita, lùnuJo, Konso, Kengc, qui doiiiK'iit leurs noms aux marchés. Aujourd'imi, veiulreili, 8 juillet, c'est le N'Sona de Léopoldville, et depuis le matin je remarque une animation inaccoutumée dans la station : (l<'rrière mon cliimtirque, un jeune noir taille en mitakos de 30 centimèti'es de longueur, les rouleaux de laiton accumulés [)rès de lui; sous la vérandali, un agent de l'État distribue des brasses d'étoffes aux travailleurs, elles leur serviront à s'approvisionner au marché ; de tous les côtés arrivent des indigènes qui convergent vers un point situé au son)met du plateau où flotte le pavillon bleu étoile. Le soleil matinal dore la poussière soulevée par le petit trottinement des noirs; les liommes ont passé leurs niilakos, plies en H, à leur ceinture ; les femmes portent d(^s provisions sur la tête et offrent souvent à mon admiration la silhouette élégante des canéphores antiques.

AVKKUE DES JACUL'lt^KS A LKlH'iil.IiVIl.I.K

Vers dix heures, je gravis l'avenue salilomieuse Itordée de manguiers, je passe devant le mess des officiers, le monument en ciment dressé à l'occasion de l'inauguration du chemin de fer, les tentes vertes du campement do la Belgika, les hahilations de quelques agents de l'État; j'aperçois la porte du cimetière où dorment, loin de leur patrie, les victimes du minotaure africain. Je dépasse le vaste enclos de la caserne et j'atteins enlin l'emplacement du marché ; il y a fuiilc Un officier procède à la réct'pliun des chikioangues. Ce sont les pains de manioc que les villages de la région sont ohligés de fournir, tous les quatre jours, et qui leur sont paj^és d'après un tarif arrête par l'Etat.

Une fois comptées, les chd^wangues sont empilées entre quatre côtes de bananiers et tîcelées à l'aidi' de fibres de palmiers pour la facilité du transport.

(JKOUUl.S CdMidl.AIS 31

Une grande enceinte palissadée à hauteur d'appui, a été construite pour les transactions ; les vendeurs seuls peuvent y entrer afiu d'èti'e i)rotégés contre l'àpreté d'acquisition des acheteurs. Le Commissaire général, qui connaît les interminables marchandages des nègres, limite la durée des achats à une heure, afin d'épargner le temps de ses travailleurs.

Il est sévèrement interdit de vendre quoi que ce soit avant l'uuverture du uiarché; voici pr(''cisément un homme enchaîné, amarré, comme on dit au Congo, amené devant l'officier chargé de la surveillance; la sentry l'accuse d'avoii' enfreint la défense. L'ollicicr écoute les explications de Taccusé ; il trouve probablement ses excuses plausibles et donne Tordre de le mettre en liberté.

Les marchandes ont disposé leurs approvisionnements à terre, sur des feuilles de palmier. Enlin à dix heures et demie retentit une sonnerie de clairon. Aussitôt toutes les langues se déchaînent en un épouvanta])le brouhaha. Je me suis placé dans l'enceinte et le spectacle est vraiment extraoï'dinaire : cent bras bronzés s'agitent fiévreusement au-dessus de la palissade, car il faut s'èti'e approvisionné avant la fin du marché, sous peine de jeûner pendant ({nati-e Jours; aussi les acheteurs gesticulent fi'en(''li(pi(Mncnt. crient .à tue tète en découvrant leurs dents blanches, écar([nillent férocement les yeux ; tâchent d'attirer l'attention des vendeurs, en offrant désespéré-

nient une poignée de niitakos. T.es marchandes, à Tabri, i-estent assez calmes et ce n'est que lorsque le nombre de bag-uettes présentées les satisfait qu'elles lâchent leur marchandise avec métiance.

Je circule dans les rangs des vendeuses ]iour me rcMidre comt)te de leui's transactioiis : un pain de manioc se vend cinq niitakos ou 25 centimes; une vingtaine de graines d'arachide 1 mitako ; (juatre petits morceaux de viande de chèvre dix mitakos; un gros poisson, vingt niitakos.

On voit encore étalés des bananes, du maïs, des feuilles de taJjac, du pili-jiili uu j'^ piment, des assiettes en fer emaillé.

Plus riieure s'avance, plus le tapage va

I ^W ci'escendo; It; bruit est assourdissant, on croirait assister à une émeute ; enfin un appel du clairon résonne, l'heure est écoulée, le marché est clos. La rumeur s'apaise graduellement, les marchandes serrent leur recette dans un nœud de leur pagne. Quelques-unes portent un enfant à califoui'chon sur leur hanche, une autre a lié le sien sur son dos et à chacun de ses niou\emeiits le petit crâne luisant du mioche endormi tombe deçi, delà.

Je remarque une petite fille, teinte en rouge, qui s'est fourré des feuilles dans les narines, l^ourquoi f C'est un remède contre le rhume, me repond sun père. Les

femmes reprennent le chemin de leur village, j'admire l'allure gracieuse de quelques-unes d'entre elles qui étalent une poitrine ferme, des épaules potelées. Elles ont la cheville fine, le pied petit, les mouvements souples, la démarche assurée, et leur pagne tombe en longs plis ondulants et gracieux quand elles s'avancent d'un pas élastique. Il en est de vieilles qui, malheureusement, sont d'horribles guenons, leurs ; j ambes grèlos supportent un f ventre ballonné sur lequel ., fait encore saillie une monstrueuse hernie ombilicale.

Un soldat qui a ligure à l'Exposition de Bruxelles, y a appris le français ; c'est un '^

bellâtre qui prétend avoir obtenu des succès auprès de nos blanches. Devant mon incrédulité il offre de me montrer une mukande, une letti-e qu'il a reçue de l'une d'elles. Mais il doit s'être vanté, car dans la suite je n'ai jamais pu obtenir qu'il me la fit voir.

Un cortège s'organise et se met en marche au son du clairon, précédé de l'officier monté sur un âne; ce sont les soldats ({ui transportent au camp les chikwangues achetées \)Owv lapiiruvisionncmenl de la force armée; les travailleurs suivent en dansant au son de la nuisique

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("lioniis Congolais

et se dirigent g-aieinoiit vers leur cain})iiririit: quelquesuns grignotent déjà leur manioc. Il est pi-ès de midi, notre ombre s'étale en un petit cercle autour de nos pieds. I^a ti'oupe soulève un épais nuage de poussière ; il est temps dallei' chercher un refuge, sous notre véj'andali, pour y attendre la lin de la clialeur. Jusqu'à deux heures la station va rentrer dans le calme, elle fait sa méridienne et ses allées poudreuses resteront désertes.

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Une Audience du Tribunal

LE MEbS DE LEOl'OLbVlLLE

Le tribunal siège dans la grande salle à ]nangei'duniess de Léopoldville. On y arrive par un escalier et une vaste vérandah qui ne manquent pas d'avoir pour l'Al'rique un certain air de grandeur.

Une table recouverte d'un tapis vert a été dressée à l'un des bouts de la salle, des chaises sont rangées au devant i)our les ti^Mnoins et l'auditoire; de chaque coté du })ré[oire une double ligne de soldats de la force publique. On annonce la Cour, tout le monde se lève, les soldats pi'ésentent les armes. Le juge, M. Beekman, et son greffier prennent place dans des fauteuils, M. Veydt, ministère public, se tient à l'un des petits bouts de la table. Ils portent la rolte et la toque de nos magistrats. On appelle la cause de Kué versus Providence. Providence est prévenu d'un attentat aux mœui's contre Ivué. Ce sont deux ouvriers du chemin de 1er, des noirs d'Accra, vêtus de complets à carreaux, de coupe européenne, chapeau mou sur l'oreille : le costume

CRoyiis Congolais

habituel des nègres, sale, usé, mis négligomnieut. Les prévenus parlent un anglais de la côte, guttural, avec de nombreuses élisions, dillicile à comprendre pour qui n'est pas initié. Un auditeur est assumé comme traducteur, car la procédure se poursuit en français.

Les prévenus ne sont pas interrogés, mais le Président questionne plusieurs témoins. L'afTaire est assez confuse et les torts paraissent avoir été réciproques : Providence avait accusé Kué d'avoir volé des planches i)our en faire une table qui a été ensuite échangée par lui contre des étoffes. Kué pour avoir un prétexte de. battre Providence l'a dénonce connne s'étant livré sur lui à luie tentative innuorale.

De là, bataille. Après un interrogatoire sommaire des tr-moins. le Pi'ocureur du Roi s'en renu't à la sagesse de la Cour, composée d'un juge unique et Providence est acquitte du chef de l'attentat, mais condanmé à 26 francs d'amende pour coujis. L'affaire suivante parait devoir être plus intéressante. Cincj misérables nègres sont introduits; ils ont la face bestial(\ le corps maigre, et un pagne effiloché couvre à peine leur nudité. Ils sont accusés d'avoir voi'' une mall(> à des agents de la BcUiika, canq)es sous la tente, en attendant leur départ vers le haut.

Les voleurs ont été dénoncés par Makolx», lianiin malingre, vrai type de dégénéré : tète dhj'drocépliale, nez creusé, grosses lèvres débordantes, venlr(^ hallonné, jambes maigres. Il tient constamment les bras croisés sur sa poitrine décharnée. Cet avorton, fur-ieux de n'avoir rien reçu dans le partage des objets dérobés, a trahi ses complices.

C'est lui qui a trainé la malle , hors de la tente des blancs, mais il n'aurait pas eu la force de la porter dans la brousse où (die a été éventrée.

Sabunga est un squelette ambulant et rappelle un affamé indou.

Sélé au nmseau prognathe, semble avoir été l'instigateur du vol. car chaque fois que le Président interroge un de ses complices il cherche à l'h.ypnotiser de son regard. Le Président lui ordonne de tourner , les yeux d'un autre coté; mais peu à peu ils reprennent la direction du prévenu interrogé. Alors Sita. l'hiterprête, saisit sa tête, lui imprime un demi tour comme si elle appartenait à ^' un mannequin de peintre, et l'ai-rète en

MAKOBO

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lui faisant diriger les yeux vers le plafond. Sélé grimace alors si drôlement que tout le monde éclate de rire.

Tous les accusés, sauf le gamin Makobo, nient maintenant avoir participé au vol. Pourquoi ont-ils avoué au cours do l'instruction, demande le Président. — Dans l'espoir de voir adoucir leur captivité et afin d'être délivrés dos fers qui les torturaient, répondent-ils assez habilement.

La vérité se dégage laborieusement; le traducteur improvisé, Sita, le boy n'inensa (*) du commamlnnt. qui ne parle qu'un français nègre, ne comprend pns toujours la question du Président ou a de la peine à trouver les termes équivalents en Acte.

Le Président cherche consciencieusement à se rendre compte du degré de culpabilité de chacun des accusés ; mais les faits qui n'arrivent à son esprit qu'après une double traduction, sans doute fort approximative, lui sont- ils bien exactement présentés?

Quand je songe combien en Europe, quand juges et prévenus parlent la même langue, les réponses des accusés donnent souvent matière à de longues discussions entre les défenseurs et le nnnistère i)ub]ic, je ne puis me défendre d'un sentiment d'inquiétude lorsque j'entends prononcer la sentence : Makobo est condamné à 6 mois de chaîne, Sélé à 9 mois.

(*j Qui sert à tal)le.

A mon rotour des Falls, cinquante jours après le jugement, j'ai appris que Makobo était mort.

Quoique les chaînes dont on charge les prisonniers soient plutôt symboliques — elles sont trop légères pour les accabler — un an de cette peine équivaut pour eux. à la mort.

C'est qu'il n'ont pas l'énergie morale qui soutient le blanc dans ^ad^ ersité ou la maladie. Ils sauront endurer de longues fatigues phj'siques, porter pendant des journées de lourdes charges sur la tète, faire au pas de course d'énormes traites ; sont-ils blessés, ils se guériront plus vite qu'un Européen ; mais s'ils tombent malades, ils n'ont pas la volonté de résister, de se raidir contre la souffrance; découragés ils abandonnent la lutte, ils n'ont pas foi dans les remèdes, ils désertent les infirmeries et vont se terrer dans la brousse pour y mouriicomme des fauves.

Justice !

hâm

N voyant, comme je viens do le conter, des sauvages, presque nus, comparaître devant un triltunal de ]>]aucs, entouré de tout rajiparcil de la justice européenne, j ai l'intuition de l'énorme hiatus qui sépare les justiciables de leurs juges. Les magistrats arrivés récemment d'Europe, encore imbus des pi-incipes de l'école humanitaire, agissent comme s'ils avaient devant eux un type conventionnel d'homme pondéré, raisonnable, et lui appliquent le système répressif auquel nous avons abouti après des siècles d'évolution.

Le nègre n'a pas parcouru les étapes de notre civilisation ; il observe encore les coutumi^s de sa vie barbare comme le faisaient nos pères germains du Niebelungenlied.

Il exerce son droit de vengeance, fondé sur la fraternité du sang et la solidarité familiale.

Quand la justice du chef intervient, c'est pour condamner le coupable à payer le loergeld à la partie lésée et si le condamné est insolvable, la punition devient

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corporelle, car il faut iiitiuiidor ceux qui seraient tentés de l'imiter.

Les délits ne sont pas appréciés par les indig'ènes Congolais au même point de vue qu'en Europe. Ceux qui sont commis aux marchés emportent la peine de mort, parce qu'il est urgent de garantir l'approvisionnement de la tribu et d'inspirer confiance aux fournisseurs d'aliments.

En dehors de ce cas, l'assassinat et le vol ne sont pas considérés comme des lésions excessivement graves. Les nègres vivent dans un état de guerre perpétuelle; sans cesse ils doivent se garder contre quelque attaque imprévue, à chaque instant ils peuvent être appelés à tuer ou à se défendre contre un homicide.

Au point de vue de la propriété ils se trouvent encore à la phase d'évolution inférieure par laquelle ont débuté toutes les sociétés : celle d'un conununisme inccuiscient.

11 arrivera à un noir de s'emparer d'un olijrt suiis les 3'eux du blanc et de s'éloimer d'en recevoir un re[)roche.

L'étranger n'a aucun droit; est-il victime d'une violence, d'un meurtre, la justice indigène reste indifférente; c'est par la guerre seulement qu'une réparation peut être obtenue du village auquel appartient le coupable.

Cep''ndant. quand le blanc s'est établi pacifiquement dans un district, si sa fidélité à remplir ses engagements inspire confiance aux noirs, ils ne tardent pas à veiùr

Cuoyuis C»N(;(>LAis 47

lui soumettre leurs diflereuds, reconnaissant ainsi sa supériorité intellectuelle.

L'Européen doit alors s'armer d'une grande dose de patience ; en effet le nègre est très procédurier, et dans l'exposé de l'affaire, il remonte généralement à son grand père ou bien prétend remetti'e en jugement une affaire réglée depuis longtemps; ou encore, exagérant la solidarité familiale, il se figure que le juge blanc va faire retomber sur les petits enfants la responsabilité d'un méfait commis par un do leurs ancêtres.

Pour éviter les causes oiseuses, l'agent blanc, empi'untant une coutume congolaise, ne consent à remplir l'ofiice déjuge quà la condition de recevoir une indemnité, en nature, à fournir par cliaque partie.

Le paiement de cette contribution constitue un engagement pour les adversaires de respecter la sentence du juge clioisi par eux. Ce dernier stipulera la fourniture des objets dont il a besoin à ce inoment : des œufs, des poules, des cliêvres s'il désire se ravitailler; du bois, des côtes de palmier, s'il veut construire ; des nattes, des .sièges s'il entend se meiililer ; des écailles d'iiuitres s'il veut fabriquer de la cbaux.

A moins d'avoir été depuis longtemps en rapport avec nos compatriotes, les indigènes s'adressent iîidifïerenunent , i)our se l'aire rendre justice, à tous les blancs qui viennent

48 Ckoulis Congolais

S etablii' parmi eux : officiers, sous-officiers, factoriens, missionnaires, agronomes, ingénieurs, et je me demande si ceux d'entre eux qui n'ont pas une responsa])ilité officielle, n'abuseiit jamais de cette coutume des épices.

Par contre ces juges improvisés connaissent souvent fort l)ien les coutumes des indigènes, pour avoir séjourné longtemps au milieu d'eux, et, moins dominés par les formules juridiques importées d'Europe, ils jugent plutôt conformément à ces coutumes locales, de sorte que leurs sentences sont quelquefois mieux comprises par les nègres que celles des magistrats de l'État.

Néanmoins les malentendus doivent être fréquents. Le Belge ne peut comprendre les sentiments du nègre; il arrive d"un pays fortement organisé, où depuis sa jeunesse il a été pétri d'a})rès un certain idéal, formé par une éducation uniforme, en vue d'un résultat déterminé; de sorte que malgré les différences de caractère, il s'est, sans même s'en douter, conformé à un patron commun. Interrogeons -nous sincèrement et nous ne parviendrons pas à déterminer ce qui dans notre personnalité est spontané ou acquis par l'hérédité, inspiré par l'éducation familiale, imposé par l'école ou exigé par la société.

L'honnne primitif avec ses instincts impérieux, riionnne civilisé avec son héritage de l(jis morales, luttent constamment en nous, tandis que chez le sauvage, l'homme instinctif domine l'homme assagi par la coutume.

Le plus souvent, nous nous soumettons aux exigences

tyrauniques du monde civilisé sans nous en apercevoir tant nous avons été exactement comprimés dans le moule de notre puissante organisation sociale. Comme nous lui obéissons inconsciemment, nous sonnnes déroutés lorsque nous nous trouvons subitement en contact avec la sauvagerie africaine et nous lui appliquons des jugements injustes, puisqu'elle n'a pas été soumise à notre discipline, n'a pas évolué dans le même milieu, n'a pas traversé les mêmes phases historiques.

De son côté, le Congolais ne peut apprécier exactement la conduite du BeJge. Il le regai'de agir avec une sorte d'ahurissement craintif, ne devinant pas le motif de ses exigences. Comment se flgurerait-il le travail, la richesse, sources de la politique coloniale de l'Europe? Peut-il se douter qu'il y a en Belgique des gens fort sincères, qu'il n'a jamais vus, qui font des discours et publient <les br-ochures où il est constannnent (piestion de sa moralisation? Quelle valeur les mots progrès, civilisation ont-ils pour lui? Il ne possède pas de termes pour exprimer des idées aussi étrangères à ses préoccupations

SO Croquis Congolais

habituelles. Comment se reiuira-t-il compte du rapport qui existe entre les Lomies intentions que l'un professe à son égard et les corvées (ju'on lui ini[)ose, les prestations auxquelles on le soumet. Si nous lui expliquions que ces exigences doivent assurer au Congo une paix analogue à la Fax Roniana, amener la suppression du cannibalisme et de l'esclavage, il écarquillerait encore un peu plus ses gros yeux. Quoi ! interdire ces belles expéditions de rapine où l'on va enlever au voisin ennemi ses poules, ses chèvres, son manioc, ses femmes ; mais ce sont là des joutes pleines d'attraits, où le courage des guerriers trouve l'occasion de se déployer et obtient sa juste récompense. Ne plus pouvoir manger son ennemi tombé ! Mais à quoi un cadavre est-il encore bon ? Quelle utilité d'abandonner un tel repas aux léopards et aux In^ènes? Est-ce qu'un enucmi ne nous est pas aussi étranger que l'est pour le blanc le bœuf dont il se nourrit ! Libérer les esclaves! Ils ne le demandent pas, que deviendraient-ils sans un n)aitre pour les protéger et les nourrir. Au reste les blancs ne pratiquent-ils pas l'esclavage sous forme de conscription militaire, n'obligent-ils pas les chefs des villages à leur fourinr des travailleurs? Où est la différence?

Quand alors le malheureux noir rechigne au travail, le blanc l'appelle paresseux, brute, bushman !

Les nègres sont, il est vrai, de grands enfants, rieurs, imprévoyants, paresseux, voleurs, oublieux, ingrats; et

pourtant, tons ceux qui les ont maniés ajoutent : avec du tact et de la fermeté on obtient beaucoup d'eux.

Il faut les amener graduellement à reconnaître l'avantage de la cultui'o en leur faisant apprécier combien elle assure leur alimentation,mais ne pas

leur demander un eltbrt trop grand ; il faut les considérer conmie des fourmis travailleuses dont on doit ménager les forces. Car le blanc ne sera jamais que l'esprit dirigeant les bras ; il ne peut lui-même se livrer à un effort physique prolongé, sous ce (dimat énervant.

Il faudrait donc pour concilier les intérêts des noirs et ceux des blancs, commencer par se rendre un compte exact do l'état moral et intellectuel du noir, de ses traditions et de ses coutumes, s'efforcer d'obtenir des réponses à Texcellent (piestionnaire rédigé par la Société

PRISIINMEKS ENCHAINES

r.i;iii,iii^ CoN(;(ii.Ai.s

d'Études Coloniales et fonder sur la connaissance de l'àine nègre une ligne de conduite qui serait expliquée et imposée à tous ceux appelés à exercer au Congo une parcelle quelconque de pouvoir.

Pour récolter, un jour, il faut d'abord bien connaitre le sol auquel on veut confier la semence de la civilisation et ne pas oublier ce que ce terme contient do relatif quand on veut l'appliquer à une race sous un climat, dans un milieu si différent des nôtres.

Le Campement

EPUis six heures du matin, les rayons torrides du soleil africain ont vaporisé les eaux du fleuve, l'astre du jour ne mouLre plus qu'un disque rouge, sans force, derrière la brume dont il s'est enveloppé lui-même. Le capitaine interroge la rive boisée de ses jumelles; quand il a trouvé l'endroit favoral)le, un ordre sec au barreur attentif, un signe de la main et le steamer, coupant obliquement le fleuve, se dirige vers la terre ; puis, pendant qu'il la longe, à contre courant, une sonnerie du télégraphe du bord donne au machiniste l'ordre de marclKT halfspead (*). L'avant frôle les branches surplombantes. Un noir plonge, l'ancre serrée dans ses bras, il rampe sous l'eau, puis on le voit surgir entre les racines qui défendent l'approche du rivage, se faufiler entre les calamus épineux, i)0ur trouver un point d'attache. Il doit se hâter, car le bateau a perdu sa force

(*) A demi-vitesse.

Crojjvi.s Concôi.ais

dïmpulsion et risque d'être entraîné par le courant sur quelque roc caché ou quelque siiakc (') traitn'ux.

Aussi cette niaïKinivre ne se fait-elle jamais assez prestement au gré du capitaine : JVoJn' ! AoJiil Tnjjihula, yranr/ ! cr\e-t-i\ de toute la force de ses poumons (**).

Des craquements se font entendre au-dessus de notre tête, le capita (***) du bord selance sur la toiture et son couperet taille énergiquement les grosses branches qui menacent de fausser nos bordages.

Le steamer n'est pas amarré et déjà les coupeurs de bois, armés de leurs haches, se précipitent dans le fleuve,

(') Tronc darbre noyé

C'j Vitel Vite! Marclic animal 1

(***; Le chef.

Croûdis Congoi-Ais

nagent vers la rive, prennent d'assaut la berge limoneuse,se glissent comme des fauves dans la forêt impénétrable.C'est à qui mettra, le premier, la main sur le tronc mort le plus voisin, sinon le bftclieron court le risqiK^

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