‹ Croquis congolaisChapitre 6 sur 8 · PLAN DUNE MAISON ARABE · texte numérisé non relu

PLAN DUNE MAISON ARABE

132 Croûi'is Congolais

ne consiste qu'en nattes; dans la chambre à coucher un divan en pisé pour le maître et la favorite de la nuit est adossé contre le (biid, nutour réi^nent les divans pour les deux ou trois autres léiiuiics. Derrière la maison s'étend la basse-Cour. ])lantee d'arbres; chaque femme y a une chambre ; dans un coin sont disposées la salit; de bain et les latrines.

La grand'rue de Ivissanga se tei'mine à une palissade de bambous, au delà s'étend le village des M'agenia : ce sont les pécheurs de la cataracte, gens simples, primitifs, adroits pagayeurs, habiles à prendre le poisson ; toujours disposés à prêter leurs services au plus olfrant et au plus fort. On les gouverne facilement, à la condition de se montrer juste et ferme; ils recourent volontiers à l'arbitrage du blanc, lorsipi'ils ont des démêlés entre eux : c'est qu'ils ont eonliance en son impartialité.

Le chef indigène m'attend; il n'a pour tout costume qu'un pagne et pour insigne un collier avec quebpies dents de léopard ; il m'adresse un conqiliment de bienvenue en Kiswahili. Je lui fais repondre que je suis heureux de visiter un village ami des blancs

Derrière le chef est rangé un chœur d'une cinquantaine de femmes. A mon entrée elles entament en mon lionneur une danse bizarre, scandée par leurs battements de mains, renforcés par des tand)ourins ; tout en ployant les genoux et en tordant les l'eins, elles chantent sur une mélopée rythmée : '• Boula Matari

estun grand chef, puissions nous enfanter des fils tels que

Très honoré , nécessairement , d'un pareil vœu, je fais mon entrée triomphale dans le village, précédé de ce corps de hallet ])eu vêtu. A ce moment le spectacle a une saveur antique.

Je ne puis m'empêcher de me rappeler le verset du livre des Rois : " Or quand David revint après avoir tué le Philistin, les femmes soi'tirent de toutes les villes d'Israël au devant du Roi Saiil, en chantant et en dansant, témoignant leur réjouissance avec des tambours et des timbales (*). «

Ni les tambours, ni les timbales ne font défaut ; toute la population joint ses acclamations à celles des danseuses et les vieilles femmes,

(*) Hois, XVIII, G.

i;')*; ('.i!0(ji'is Congolais

plus excitées que les autres, font balloter devant moi des cascades de chair débordante; le bruit est assourdissant et la poussière, parfumée des relents de nègre, suffocante.

Enveloppé de cet étrange cortège, je gravis une côte et je me trouve en présence des cataractes ; elles coupent toute la largeur du fleuve de leur bouillonnement écumeux; les i^aux ne se préci[)il<'nt (pu' d'iuie hauteur de trois ou quatre mètres.

L'effet que pourraient produire ces chutes, dont le mugissement s'étend au loin, est atténué par les piquets que les pi'chcurs jdantent pour y lixcr leurs nasses.

An pit'd de la cataracte s'étend un banc de sable; un nor.veau cin'iis de ballet y a pris place.

A mon ap )ai'ition (''date une musi([ue endialdee de tambourins, de crotales et de sessa (').

Le chœur s'ébranle en une sai'abande effrénée; quatre danseuses se précipitent en avant, en battant des mains, tandis que les autres se dandinent en reprenant ma sempiternelli^ louange; puis elles s'élancent toutes à la fois, connue prises d'un d(''lire baccliique, bondissent, secouent leur clievelure dénouée, en brandissant des cout(\aux; ou bien se divisant en deux chœurs, elles se précipitent les unes sur les autres, comme des ménades en fureur.

Dans le cadre 2;randiose du fleuve mvstérieux, le

(*) Sôrle de guitare.

cliassé-ci'oisé de cette horde barbare, les trémoussements de ces sauvagesses cannibales se détacbant sur la blanche écume de la cataracte, dont la basse profonde sert de repoussoir à l'aigre et perçante musique nègre, constituent certes un des tableaux les i»lns fantastiques

*ito.*f>

NOTIiE PiRUGUK TRAÎNÉE AU DESSUS DES CHUTES DE STANLEY

qu'il me sera jamais donné de contempler ; aussi s'est-il fixé dans ma mémoire en une épreuve indélébile.

Pendant que nous admirions ce spectacle si africain, les Wagenia s'étaient emparés de notre pii-ogue et lui faisaient remonter les rapides par des chenaux latéraux où régnent des contre-courants.

En attendant leur arrivée J'avise un joueur de sessa et Je le prie de me doimer un échantillon de son talent.

438 Croquis Cokgolai.s

Il improvise imniédiatenicnt en Kiswahili et chante, sur quatre notes : " Boula Matari est venu de Bouia ; il a vu ; nous lui disons : nous sommes contents de notre chef; il est hon! -

Le trouvère décelait ainsi cette propension à la flatterie, en vue de se rendre les chefs favorables, propre à la race noire.

Notre pirogue se balance au rivage ; dès que nous nous y sommes embarqués les pagayeurs nagent vigoureusement et rythment leurs coups de pagaie en chantant : « Oulaïa! Oulaïa! {"] ", le courant est violent, semé de tourbillons, nous ne traversons le fleuve qu'à 500 mètres en amont de la cataracte. Nous abordons à l'ile où s'était établi Tipo-Tip.

Ici nous devons de nouveau laisser aux pêcheurs le soin de faire franchir à notre pirogue une petite cataracte ; nous retrouvons notre embarcation au delà de la pointe de l'île ; nous coupons le courant rapide du chenal qui nous sépare de la rive gauche et pour s'exciter nos rameurs chantent maintcMjant : - Nos fennnes n'aiment pas à travailler. ••

Au rivage je suis attendu par une nouvelle théorie de ballerines noires. Deux chefs se sont entendus pour organiser, en mon honneur, une lutte dans le village, ancienne résidence de Rachid, fils de Tipo-Tip. Pour la

(*) L'Europe! l'Eui-opc'!

circonstance, l'un a revêtu un vieux veston rouge de soldat anglais, Tautro un jersey de marin, et ils s'imaginent avoir ainsi considérablement rehaussé leur prestige à mes yeux.

Un siège m'a été préparé sous la barza d'une maison de la grand'place ; la mise en scène est parfaite : la population des deux villages, dont les champions vont disputer le prix de la lutte, est rangée en cercle et observe exactement la police du jeu, sans l'intervention d'aucun agent.

Les champions de l'un des villages sont accroupis à ma droite, peints en blanc, ceux de l'autre, fardés de jaune, sont à ma gauche. Ils sont accompagnés d'entraîneurs bizarrement colorés qui les conseillent, les encouragent, les excitent et viennent, de temps en temps, faire boufïér les plis de leur pagne jaune. Les lutteurs portent à leur ceinture autant de queues de chats-tigres qu'ils ont remporté de victoires.

La place est encadrée de bananiers et devant moi je vois scintiller au soleil les eaux bouillonnantes de la cataracte, entre deux beaux bouquets de bambous dont la fraîche verdure sert de repoussoir à la peau luisante et bronzée des danseuses appartenant aux deux villages. Car les champions combattent sous l'œil de la beauté, comme dans nos anciens tournois.

En guise de prologue , deux féticheurs , zébrés d'orange, de jaune et de vert, s'élancent dans l'arène,

Croquis Concolais

en agitant des balais de crins pour chasser les mauvais esprits.

Le maître du champ clos coiffé d'un fez place les deux premiers champions dans la position requise par les règles de la lutte; elles paraissent compli(]uées. car il se produit plusieurs faux départs.

Enfin, l'engagement connnence correctement, les dames du corps de ballet entonnent un clupur pour encourager l'athlète favori.

Le combat ressemble à celui qui se pratique en Europe, quelquefois il est rapidement terminé, d'autres fois il donne lieu à plusieurs reprises : les muscles se gonflent, les corps s'entrelacent, les jambes s'arcboutent, les mains s'accrochent aux bras; les pieds cherchent un point d'appui solide sur le sol. Tantôt le vainqueur soulève son adversaire à bras le corps et le jette par terre; ou bien les deux hommes mulent dans la poussière.

Les spectateurs sont très excités ; des encouragements, des conseils partent des camps opposés, mais la lutte ne dégénère jamais en brutalité; le maitre du champ clos veille attentivement et intervi(Mit toujours à temps.

Enfin les deux derniers vainqueurs, de force à peu près égale,

car ils portent l'un treize, l'autre quatorze queues suspendues à leui- ceinture, s'empoignent; la victoire n.'ste longtemps indécise; pourtant l'un deux finit par mesurer le sol et ses épaules touchent l'arène.

Les deux groupes de danseuses traversent alors le fond de la scène en se croisant, les unes célèbrent le triomphe de leur champion, les autres raillent le malheureux vaincu.

Leurs chants plus bruyants, leur mimique plus expressive nous font soupçonner que leur admiration pour l'heureux vainqueur prend une énergie qui ferait rougir même un lutteur européen.

Il est temps de rentrer à la station : l'heure de l'orage quotidien s'annonce par des grondements lointains ; des lueurs intermitentes rougissent les lourds nuages suspendus au dessus du fleuve ; une légère houle soulève ses ondes tourbillonnantes; un frémissement agite les éventails des palmiers; les oiseaux regagnent à tire d'aile l'abri de la rive; un frissonnement inquiet semble agiter toute la nature.

La civilisation blanche se manifeste ytf^%|^^^^ \ actuellement au Congo par trois fac- ^ ' «7^ 1

teurs : l'armée, les missions, les factories. gf

Quelle est leur importance relative, comment ^V agissent-ils, quelle est leur action sur les Européens et sur les nègres, quels résultats obtiennent-ils, où conduiront-ils notre colonie ?

Sans avoir la prétention de résoudre avec autorité toutes ces questions, je présente dans les trois chapitres suivants les observations recueillies au cours de mes visites aux camps, aux missions, aux factories, et les réflexions qu'elles m'ont suggérées.

Le Camp

np: lumière rlélicate fiWvQ à travers le dôme de nuages et donne à feau laiteuse des reflets opalins dune finesse indicible.

Nous avançons entre des côtes très peuplè^'S, les chimhèques se succèdent sans interruption à l'ombre des bananiers ; les rives ne sont plus boisées; elles s'étalent en une vaste plaine couverte de papyrus; à l'horizon s'aligne la silhouette d'une forêt azurée par la brume.

Après avoir contourné plusieurs iles, dont l'approche est défendue par des épis de sable, nous pénétrons dans un chenal ; ses côtes s'élèvent, se resserrent et se couvrent d'une vigoureuse végétation surplombant le cours du fleuve.

Nous abordons au pi(Kl d'un promontoir arrondi, couronné par un vaste plateau, au confluent d'une petite rivière.

Un escalier, dont les gradins en terre battue sont soutenus par un clayonnage, conduit à deux guérites,

loO

cVoù jiart une rampe; elle mène à un [lavillon octogonal devant lequel se dresse le màt avec le drapeau congolais.Nous sommes au camp de Yumbl(*). Le commandant Mauroy, entouré de ses officiers, vient me souhaiter la bienvenue.

Je lui demande, tout d'abord, de faire éloigner de notre bateau la charogne d'un hippopotame tué la nuit précédente; des nègres la dépècent avec ardeur, malgré son odeur repoussante ; le cou du monstre laisse voir sa moelle épinière sciée et ses carotides exsangues.

Malgré linfection. un marché s'est déjà "^^ établi sur le rivage pour nos gens ; des femmes Ba^'anzi ai)i)uyees sur une pagaie, un lourd collier de cuivre au cou, le pagne arrête à la ceinture, leur offrent des chik- \vangues en échange de leurs mitakos.

Le Commandant me dit qu'il entretient de bonnes relations avec ces indigènes ; ils mettent un tel empressement à alimenter le marché, que souvent ils apportent plus de manioc que le camp n'en peut consonnner. Nous montons au plateau.

Devant nous rayonnent de larges avenues ombragées

(*) J'ai visité successivement tous les cain|is d'instiuction au Congo : Zambi, Ireliu, Yunilii, Umangi ; je résume mes impressions dans ce chapitre

CAMP ht: \i;jii!i

de bananiers, de ])lantaiiis, de manguiers, d(> lilas d'Afrique; les unes sont bordées des ba])itations des blancs, et des chimbèques des soldats construits en briques, recouverts de feuilles séchées; les autres enclosent de vastes champs où se cultivent les caféiers, les cacaoyers, les arbres à pain, les avocatiers, les papayers, les orangers, les citroniiiers, les limoniers, les corosols, le manioc, la patate douce.

Les parterres sont bordés d'ananas; les allées en terre battues et soigneusement balayées permettent aux officiers de les parcoui-ir à bicyclette. Cependant le sol est poudreux, sablonneux; sa sécheresse, l'alignement régulier des lourds chimbèques me rappellent les vieux carrés que je vis, il y a une quarantaine d'années, au camp de Beverloo, dans notre aride Campine, Peut être

nos officiers ont-ils voulu se donner l'illusion d'un site de la patrie,

Nous sommes dans un camp d'instruction. C'est ici que se forme l'armée congolaise.

Au début de la colonie la force publique était recrutée par des engagements volontaires à Lagos, Sierra Leone, Accra, Elmina, Zanzibar et même en Abyssinie.

Ce fut un officier de grand mérite, un des pionniers de la première heure, Coquilhat, qui prit l'initiative de former les Bangala au métier de soldat.

Aujourd'hui toute farinée se recrute au Congo; le Gouverneur général détermine chaque année les districts où doit s'opérer la levée, ainsi que la quantité d'honnnes à fournir. En 1898 cette proportion était d'un homme par 25 cases.

Le commissah'e de district réclame des chefs indigènes la désignation des hommes à incorporer dans leur village ; ils ne peuvent avoir moins de quatorze ans, ni plus de trente ans.

La durée du service actif est de cinq ans, plus deux ans passés à la réserve ; les soldats sont ensuite versés d'office au corps de réserve, où ils doivent encore servir cinq ans ; la tlurée totale de l'obligation militaire est donc de douze ans.

Cela peut paraître une ciiarge fort lourde, mais la condition du noir au

Congo ne peut être comparée à celle de l'Européen enlevé par la conscription à son village, à sa famille, à sa profession, à la jouissance des biens et des plaisirs que l'homme peut se procurer dans le monde civilisé.

Le nègre ne saurait avoir l'amour du clocher, il n'y en a pas dans son village et il émigré volontairement quand il a épuisé la fertilité du sol environnant par la culture du manioc. L'indigène n'éprouve plus le sentiment de la famille une fois qu'il a atteint treize ans ; à cet âge il quitte sa mère, vit indépendant et se suffit à lui-même. Le noir n'a pas de profession spéciale, parce que, comme tout sauvage, il ne pratique pas la division du travail ; la nécessité, mère d'industrie, lui a enseigné les rares métiers dont il peut avoir besoin pour lui-même. Enfin, la satisfaction de posséder un fusil, de revêtir un uniforme, de marcher au son du clairon ou de la musique, l'emporte de beaucoup pour le nègre sur les agréments que pourrait lui procurer la société des villageois, ses compatriotes. Il n'a, au surplus, pas le sentiment de la cité et encore moins celui de la patrie ; pour lui Vuhi bette, ibi pahHa, est une vérité .^ "](

incontestable.

lo4 Croquis Congolais

Voyons si le camp Yunibi offre aux hommes les conditions d'une vie heureuse.

Leur habitation d'abord : elle se compose d'un des deux compartiments des chimbèqucs alignés le long des allées du camp. Une chambre éclairée par la porte, est meublée d'un lit en côtes de palmiers, protégé par une moustiquaire; d'un fauteuil i>liant dans lequel le maitre aime à se carrer, d'un tabouret pour la femme, d'une natte dans un coin pour l'enfant, d'un coffre en fer renfermant les biloques du ménage; quelques images vivement coloriés garnissent les nuu\s blancliis.

Cette habitation si modeste, représente cependant un progrés énorme sur le misérable chimbèque dans lequel l'indigène n'entre qu'en rampant; elle est supérieure à la demeure d'un sénateur monténégrin, elle est plus i)ropre que celle d'un pâtre breton ou d'un cultivateur polonais. C'est un palais en comparaison de la misérable cabane du fellah, le représentant actuel de la plus vieille civilisation.

Pour nous rendre comi)tt^ du mode d'instruction, nous nous levons un matin, avant le soleil. I^e clairon a appelle les miliciens au champ d'exercice. Ils sont divisés en sections commandées par des sergents-majors noirs.

Ces sous-oftîciers ont été instruits à la colonie scolaire de Nouvel Anvers, supprimée récemment, au grand regret de tous les connnandants, et transportée à Borna.

Ce déménagement vers le sud n'a pas été sans présen-

ter des inconvénients : la fraicheur de la température pendant la saison sèche, la différence d'alimentation provoquent une fièvre d'acclimation, qui a quelquefois une issue fatale pour les recrues Bangala et Upoto. Gomme j'ai visité cette colonie, à mon retour, je place ici les observations qu'elle m'a suggérées :

Elle est dirigée par le père Ivronenberger de Scheut, et comprend environ quatre cent cinquante enfants orphelins, abandonnés, prisonniers, résidus de villages raziés à la suite d'exécutions militaires.

Les jeunes soldats portent l'uniforme de la troupe, additionné d'un liséré jaune et sont armés d'un albini raccourci. Il ont, en général, bonne mine. Malheureusement le personnel directeur est insuffisant : un sousofficier et deux frères. Aussi la tenue de la colonie laisse-t-elle à désirer, on peut constater un manque de soin dans les détails.

Suivant leur intelligence, on fait de ces enfants des sous-officiers, des soldats, des briquetiers, des maçons, des charpentiers ou des cultivateurs. Ceux qui montrent des dispositions apprennent l'exercice, l'école de peloton, la lecture, l'écriture, le calcul et peuvent devenir caporaux et sergents.

J'ai inspecté les différents cours; l'enseignement militaire donne de bons résultats ; les noirs ont de l'aptitude pour le calcul, mais

-ISS Croquis Congolais

récriture et le français semblent exigei' un effort trop considérable pour leurs facultés; les résultats sont presque nuls pour ces deux brandies de l'enseignement.

Les niL'tliodes employées sont routinières. On fait lire à ces pauvres nègres le manuel dun de nos inspecteurs de l'enseignement primaire, écrit pour les enfants de nos écoles. Il y est question de choses dont les noirs n'ont pas la moindre idée; telles ces phrases : « Le charretier conduit bien son attelage. Le cavalier a vidé les arçons. " Or il n'y a au Congo ni chevaux Jii charrettes. Non seulement le mot ne correspond pas à une image connue du noir, mais en outre la phrase a une forme incompréhensible pour lui.

La langue est donc trop compli(|uée. Il faudrait se borner à enseigner à ces petits sauvages un langage siuiple et clair, se rapprochant le plus possible des tournures qui leur sont fan)ilières, se limiter aux mots désignant des objets qu'ils connaissent et, avant tout, se servir \nM\r cela de la méthode maternelle et sf'i'iclle.

Pourquoi perdre le temps à vouloii' obtenir une chose irréalisable, la correction grammaticale et l'élégance des phrases !

Pour le moment l'essentiel est de créer un vocabulaire de service et de commandement pourlarmée ; le français parlé à la mode nègre est bien suffisant ; c'est toujours à celui-là qu'aboutissent les explications entre sous-

Croquis Congolais iCd

officiers et officiers ; car on ne parle que leur dialecte aux simples soldats.

Tous les idiomes usités dans le bassin du Congo, au nombre d'une cinipiantaine, se rattachent bien, sauf le swahili, au bantu, mais je doute fort que cette langue mère soit comprise par tous les Congolais ; il faudra attendre que le volapuk commercial, en formation le long du cours du fleuve, se soit développé et répandu l)Our en faire la langue congolaise de l'armée.

Aujourd'hui les officiers sont obligés d'apprendre le flote, le bayanzi, le bangala ou le swahili suivant l'origine de leurs honnnes ou la région dans laquelle ils commandent.

Ce sont donc quelques rares sous-offlciers noirs, élevés dans la colonie scolaire, qui seuls peuvent comprendre un peu de français ; pour le soldat cette connaissance est strictement restreinte aux commandements.

Il y aurait une étude intéressante à faire sur l'enseignement qui convient au nègre congolais, sur la pédagogie à employer avec cet être primitif.

La bonne volonté ne manque pas aux missionnaires, ils paraissent dévoués à leur tâche; ils ne sont pas poursuivis, comme les laïques, par le regret des plaisirs de l'Europe, ni le souci de se faire une position ; la vie active qu'ils mènent au Cougo doit leur être plus attrayante que celle des couvents de Belgique, mais il faudrait trouver, parmi eux, un Pestalozzi capable

Choouis Congolais

^^ ■■- d'oludier la psycholo.uie du

t ^^ ""N noir, d'en déduire une méthode

propre à lixer son attention,

de déterminer la sonnne de connaissances

qu'Userait capable d"ac({uei'ir, dindiipier celles

cpi'on juge utile de lui donner à raison dujuilieu

dans lequel il est api)elé à vivi-e.

Le sous-offlcier Liane qui donne l'enseignement supérieur aux futurs caporaux n'est pas mieux préparé que les pères à sa tâclie pédagogique; il s'adresse trop exclusivement à la mémoire; exemple: un élève me récite sans bronclK-r rénumération de toutes les pièces du fusil ; mais quand je mets le doigt sur l'une d'elles en demandaid son nom, il se trompe fréquennnent.

Les cahiers sont assez bien tenus et valent ceux d'une classe inférieure de nos écoles primaires.

Bref, il résulte de mon en([aéte aui)rès des otticiers que l'instruction ne donne guère de l'ésultats, quoiqu'ils ne l'avouent pas. Ils sont d'accord pour reconnaître que la discipline militaire exerce une plus heureuse influence sur la mopalité du nègre que les sermons des missionnaires ou les exhoi'tations du maître. On a essayé d'employer à la comptabilité de l'armée les élèves les plus instruits; or on connaît déjà une dizaine de cas de faux et de détournements connnis par eux. lùi etfet la moralité, le sentiment du devoir lie s'enseignent pas à l'aide

Croouis Congolais

d'un catéchisme. Ils ne peuvent être ijue la conséquence d'habitudes morales acquises par une bonne discipline, pratiquée pendant longtemps et dans un nhlieu où l'honneur est une vertu appréciée.

Après cette digression revenons au camp de Yumbi où nous retrouvons un de ces sous-oïîiciers donnant l'instruction militaire à sa section. C'est un Djabir, au service depuis quatre ans. Il enseigne à l'entière satisfaction de son chef; son connnaiulement a de la vigueur, ses explications de la netteté. Les recrues font le maniement du fusil avec une précision automatique, avec le mécanisme du soldat prussien.

L'escrime à la baïonnette, qui rappelle le cond)at à la lance, est exécutée par les noirs avec un enti'ain et une perfection qui démontrent le goût des nègres pour cet exercice.

Les commandements s'incrustent facilement dans leurs cervelles peu meublées et par une sorte d'action réflexe, éveillent immédiatement le mouvement correspondant.

J'en eus l'expérience comique : nous prenions le café sous la verandah du commandant; passent trois soldats, en promenade, mais marchant

i64 Croquis Congolais

néanmoins au pas, sur la cadence : une, deux! A peine nous eurent-ils dépassés que le connnandant cria : " Changez de pied ! « et, à l'instant, les trois automates exécutèrent le mouvement, sans même s'en être doutés. Les enfants des soldats, les boys des otliciers apprennent l'exercice en jouant au soldat avec des bâtons; les femmes mêmes, entraînées par rexemi)le, font fi'ont et saluent militairement quand passe un olllcier.

Il y a 1074 miliciens à Yumbi, leur instruction dure un an ; les Batetela fournissent les meilleurs soldats; la valeur des Bangala a diminué parce que, dans les premiers temps, on les a quelque peu décimés par des appels trop fréquents.

Les punitions sont la chicote et la cliaîne pour les soldats, les arrêts pour les sous-officiers; mais il faut rarement punir ; les nègres servent volontiers, surtout lorsqu'ils ont une femme et la nourriture assurée. La ration journalière se compose de 250 grammes de riz, 500 grammes de cliikwangue, 500 grammes de bananes, i gramme de sel. Quand on a tué un hippopotame chaque homme reçoit .500 grammes de viande.

Voici précis(''ment le dépècement de l'hippopotame terminé; on a dressé une centaine de petits tas de sa chair découpée et les hommes viennent,

CHIMBEQUE DE SOLDATS A BOMA

par peloton, chercher leur portion; la distribution se fait avec beaucoup d'ordre, personne n'oserait toucher à la ration avant le connnandement.

Enfin, chaque semaine les hommes reçoivent un demilitre d'huile de palme, pour s'oindre le corps. Gela est, paraît-il, indispensable à leur santé; ils sont fort contents de ce régime et une fois acclimatés, ne demandent qu'à continuer.

Les exercices durent du lever du soleil à 10 heures; puis après trois heures de repos les hommes travaillent aux plantations du camp jusqu'au coucher du soleil; sous l'équateur le jour et la nuit partagent presqu'également les viugt-quati'c heures. Ces cultures se développent sur une étendue considérable, encadrées par de

belles avenues. On se croirait, à certains moments, dans un i)arc seigneurial iilutôt qu'aux environs d'un camp de soldats congulais. Au ])uvd de la rivière, que l'on peut remonter en pirogue, pendant trois jours, M. le lieutenant Pottier a planté un potager qu'il nous montre avec une légitime satisfaction; car les légumes frais sont un bienfait en Afrique. Les tomates, les salades, les haricots, le cresson donnent les plus belles espérances; l'oignon alonge un peu trop ses feuilles, mais produit pourtant des bulbes, tandis que le chou do Bruxelles se refuse à fournir des jets; les ponmies de terre ne sont plantées que pour la reproduction, il y a trois plants, esi)uir du camp 1

De ce coté il y a encore beaucoup d'études à faire, d'expériences à tenter jiour déterminer les nK'illeures espèces à introduire, les moyens de les acclimater et de

les perfectionner. Je suppose que, dans un siècle ou deux, le potager africain ne sera i)lus une simple imitation du potager européen; il aura aussi évolué, il se sera adapté aux conditions climatériques et t<'llui'ii|ues, comme aux besoins de l'alimentation en Afrique.

WANGATA Le soir de notre visite au

Croquis CoNr.or.Ais

camp de Yunibi le comman- (Umt nous régale du spectacle des danses des différentes peuplades représentées dans son effectif.

Il fait un beau clair de lune , la température est d'une douceur exquise. A notre arrivée la musique indigène composée de flûtes, de tambours, de sessa, reten- upoto

tit dans la grande allée. Les soldats se sont groupés par tribus et cbacune se livre à sa danse nationale.

On les reconnaît à leurs tatouages : les Basoko aux gros points bordant les lèvres, le front et le menton ; les Azande aux carrés remplis de points, dont les tempes et les joues sont ornées; les Sango à leurs cinq points sur le front; les Sakara à leurs petites palmes aux tempes; les Lokereaux oreilles et aux lèvres percées; les Bangala à leur affreuse crête de dindon au milieu du front, prolongée par une crête de clieveux sur le sommet de la tête. Généralement ils dansent en rond, les genoux ployés, ils se dandinent, se tordent les reins; puis, par intervalles, impriment un brusque mouvement d'arrière en avant à leur ventre. D'autres rangés à la file s'avancent, en se balançant à droite et à gauche, en battant des mains. Tout à coup le premier s'accroupit, le second

passe la janilie au dessus de sa tète en faisant une demi volte, puis s'accroupit à son tour, le troisième répète le mouvement et ainsi successivement jusqu'au bout de la rangéee qui semble animée d'un mouvement giratoire; c'est d'un effet très original.

La danse est accompagnée d"uno mélopée monotone, elle passe des notes liautes aux notes basses pour mourir sur un son prolongé.

Les figures des danses, le motif musical, la ritournelle du chant se répètent à satiété et cette sempiternelle reprise loin d'ennuj'er les noirs, les excite de plus en plus, le tapage va crescendo, le bruit devient infernal, les déhanchements épileptiques, pendant que Tanit versait sa pâle lueur sur ces saturnales.

Ces ombres noires agitées d'un délire frénétique, leurs gloussements sauvages me révélaient une humanité

inconnue, mystérieuse, hostile et exprimaient l'amour, la haine, l'èippétit des ripailles cannibales avec l'énergie féroce d'une race primitive, à peine dégagée de l'animalité.

Jusqu'où pouvait les pousser cette ivresse, n'allaientils pa5 oublier la crainte salutaire du blanc, qui leur

fait respecter des maîtres si inférieurs en nombre?

Mais non, sur un ordre du commandant le clairon sonne la retraite et bientôt le silence de la nuit a reconquis le camp.

Que vaut cette armée?

Je n'ai pas la compétence nécessaire pour juger sa force militaire; mais de tout ce que j'en ai observé j'ai conservé l'impression, qu'au point de vue de la civilisation, elle constitue un moyen efficace de discipliner les nègres, de les accoutumer au travail, de leur donner des habitudes d'ordre, de leur apprendre à cultiver et par suite de leur inculquer l'esprit de prévoyance.

Au point de vue de la sécurité de l'État, elle me semble devoir devenir une garantie puissante d'ordre et de paix. Depuis que l'ère des expéditions lointaines parait close par la défaite des Arabes et la chute de Khartoum, les révoltes de soldats sont moins à craindre; elles ont eu pour causes principales la fatigue de longues marches, le manque de ravitaillement et l'absence de femmes.

Il n'y a pas de raison pour que des hommes conduits avec fermeté et justice, pourvus de nourriture et d'habitations et dont les femmes sont respectées par les olllciers, s'insurgent contre eux.

Tous les vétérans du Congo sont unanimes à déclarer que moyennant l'observation de ces règles l'État pourra compter sur son armée.

Croquls Congolais

Ne faut-il pas craindre de voir naître parmi les indigènes, aujourd'hui ennemis, la conscience de leur solidarité, le sentiment de leur force et ne seront-ils pas graduellement amenés à se compter, puis à C(jmparer leur grand nombre à la faiblesse numérique de leurs conquérants? La puissance magique que les blancs industrieux ont su incorporer dans l'albini et la tactique de combat perd son prestige aux yeux des soldats, à mesure que nous les initions au secret de notre prépondérance.

L(^ danger est certes encore éloigné, les naturels resteront longtemps de grands enfants incapables de rattacher les effets aux causes.

L'état fera bien de prévoir les conséquences d'une discipline uniforme, du contact quotidien de miliciens, d'abord divisés par leurs hain(^s de ti'ibus , mais se sentant cependant portés l'un vers l'autre par des alihiites de l'aceplus

étroites que celles qui les rattachent à leurs maîtres. La concentration opérée par la vie des camps n"aura-t-ello pas pour conséquence d'amalgamer insensiblement cette masse encore hétérogène, en un tout, animé non pas d'un esprit national ou religieux, mais agité d'un commun désir d'user, à son tour, de la force, seule suprématie légitime aux yeux des noirs et à laquelle ils se soumettent, sans honte, aussi longtemps qu'elle leur parait irrésistible.

Une Mission

N matin, à Léopoldville, nous décidons d'aller visiter la mission de la compaliiiie de Jésus à Ki Mwenza. Il faut partir au lever du soleil. Nous installons nos pliants sur la plateforme d'un ( ) wagon, une locomotive le poussera, la fumée ne nous gênera donc pas et rien ne nous cachera le paysage. C'est une façon fort agréable de voyager.

La voie parcourt en ligne droite une vaste plaine, sablonneuse en été, marécageuse en hiver; il y croît une herbe sèche et clair-semée ; ce paysage nous l'appellerait les landes stériles de notre Campine si les incendies d'herbes n'avaient pas noirci son sable blanc.

Après avoir roulé une heure environ, nous atteignons le pied des montagnes dont le profil arrondi bornait notre horizon. La ligne ferrée s'insinue dans leurs replis, suit le vallon verdoyant de la Funu, franchit la crête de partage d'avec la vallée de la Lukaya, contourne le dôme d'une colline et arrive au pied de la mission de Ki Mwenza.

{') Portrait du père E. Liagre.

17(3 Ckoulis Congolais

Le père E. Liag're prévenu ti'l('})lioiii([iR'iii('iit noii^ attend et nous accueille avec Ijcaucoup il'anialjilite. C'est un lionniie de 45 ans, vigoureux, de haute taille, velu d'une soutane grise. Il porte une longue barbe grisonnante, il a l'œil intelligent; mais le front sillonné de rides décèle une fatigue précoce, et les joues Ijouliies annoncent les premières atteintes de l'anéniie.

Il nous faut monter au sonunet du plateau par un sentier sablonneux, d'autant plus malaisé que le soleil commence à faire sentir l'ardeur de ses rayons; la journée promet d'être l'une des plus chaudes de notre voyage.

Le père Liagre a eu l'attention d'arborer, en notre honneur, le drapeau belge au màt de pavillon de la mission. La vue est très belle, nous sommes à 360 mètres d'altitude; nous voyous s'étager au loin les croupes arrondies, couvertes de forêts, du plateau de Bemba, ravinées par de profonds ruisseaux ; ce paysage réveille en nous le souvenir de nos Ardennes.

Les pères habitent un bâtiment rectangulaire, en briques faites sur place, entoure d'une vérandah supportée par des colonnes; à l'intérieur règne une fraîcheur réconfortante.

L'installation est propre, simj)le, monacale, sans la recherche de confort des missions protestantes.

Cependant les religieux, auxquels on me présente, ne ressemblent pas à ceux d'Europe ; ils ont une rondeur de

MISSION DE Kl MWENZA

caractère, une franchise d'allures qui contraste avec la politesse mielleuse, les façons dévotieusesde nos prêtres.

Au Congo, les pères sont surtout des colonisateurs, des travailleurs obligés de se livrer à tous les métiers comme Robinson dans son ile. Ils ne marmottent pas seulement leurs patenôtres, mais bêchent, rabottent, charpentent, cuisent les briques.

Ils ont cette heureuse chance de n'être point exposés à souiller leur foi au contact de la politique, ils ne poursuivent aucun but intéressé. Il en résulte que leurs rapports avec les colons n'en sont point troublés; tous travaillent à la vigne du Seigneur avec un même esprit de charité et de concorde.

Pourquoi notre clergé militant ne comprend-t-il pas de même sa mission pacifique? Pourquoi se jette-t-il dans

-178 CKliOllb Cd.M.OI.AlS

l'arène où luttent les partis, la croix à la main, exposant ainsi le sj'mbole d'amour et de sacrifice aux accidents du combat?

Le rôle du clerg:é ne serait-il pas autrement beau si, comme ces dévoués missionnaires, il ne prêchait que l'amour du prochain, ne iiraliipiail que le pardon, ne montrait qu'une douceur évangélique?

Pendant que ces pensées occupent mon esprit, le père Liagre me fait asseoir sous la vérandah et m'expose son programme de civilisation. Il me parait supérieur à celui dont j'ai vu l'application ailleurs.

Dans les missions baptistes américaines, j'ai assisté à la déconfiture du self supporting systeni; partout ces missions ont disparu ou sont en voie de liquidation.

Dans les missions baptistes anglaises, richement pourvues, j'ai trouvé l'application du s^^stème de rayonnement de la foi par l'exemple, par l'influence morale. Une chapelle-école est construite, y vient qui voudra. Il s'établit alors aux environs une agglomération restreinte d'indigènes dressés à cultiver, à soigner la basse-cour, à exercer les différents métiers de la construction; quelquefois même, comme à Bolobo, on parvient à en faire des typographes qui impriment des évangiles en bayanzi.

— Cela vous donne-t-il beaucoup de résultats? demandai-je un jour au révérend M. Grenfeld, uii vétéran du Congo.

Cuoouis Congolais 181

— Qu'importe les résultats, lue répondit-il, il nous sulïït d'avoir la satisfaction d'accomplir notre devoir. »

Chez les pères de Scheut, établis à Berghe-Sainte- Marie et à Nouvel-Anvers, j'ai observé le système du patronat.

Les néophytes sont des enfants abandonnes, orphelins, prisonniers de guerre, des esclaves délivrés. Les filles sont élevées par les sœurs I^'ranciscaines, les garçons par les pères qui leur enseignent la lecture, l'écriture, le calcul, un catéchisme condensé; mais la plus grande partie du temps est consacrée à la culture et à des métiers manuels. Quand les filles atteignent douze ans, elles sont mariées à des garçons de quatre à cinq ans plus âgés. liCS pères leur donnent un chimbèque dans une des avenues de la mission. Il se constitue ainsi, peu à peu, une sorte de communauté à la fois religieuse et communiste.

L'inconvénient de la tutelle permanente des religieux est de ne pas préparer le nègre à la vie libre, de ne point éveiller en lui le sentiment de la responsabilité personnelle. Il s'habitue à compter sur la protection des missionnaires et connue il est par nature paresseux et imprévojant, il lui arriverait de mourir de faim si les bons pères ne lui donnaient les secours sur lesquels il a compté ; aussi la mission a-t-elle passé par des moments fort difilciles.

Les pères de la compagnie de Jésus emploient un

[S"! Croquis Congolais

S3''stème différent. Ils exercent leur apostolat dans le disti'ict du Kwango dont les limites suivent le cours du Congo et du Kassaï ; à partir du mont Pogge elles longent la rive droite du Kwilu jusqu'à la frontière portugaise.

Trois stations ont été fondées dans ce territoire, grand connue quatre fois la Belgique : Ki Mwenza, Ki Santu et N'Demho. Ce sont autant de colonies scolaires; les filles y sont élevées par les sœurs de Notre-Dame : conserver à ces enfants leur simplicité native, tout en corrigeant les défauts de la race, tel est le programme. L'instruction est dos plus élémentaires pour les garçons et les filles, on s'elforce surtout de leur enseigner un métier utile.

A douze ans les filles sont mariées; si la mission nian({ue d'épouses pour ses catéchumènes, elle en achète aux villages voisins. Le père Liagro me dit que la négociation lui fait souvent perdre beaucoup de temps en palabres et éclate de rire en me contant comment il est eililigV' (le devenir négociateur mati'imonial. Il faut tenir comi)le que l'achat do la fonuue est la forme do mariage d'après la coutume indigène.

Le jeune ménage chrétien est établi dans un village do la région; on lui construit une missiuii-lèrme ; on lui prête quelques enfants comme travailleurs. Cette installation devient un centre de culture et d'évangélisation ; elle reçoit de temps en temps la visite d'un père; il s'assure si les catéchistes se maintiomient dans la bonne

voie, s'ils travaillent et appliquent les préceptes de leur éducation. La mission de Kisantu a déjà réuni 360 noirs, celles de Ki Mwenza et de Dembo 1267. Des marchés se tiennent régulièrement dans les trois missions principales et fournissent encore aux Pères une occasion de maintenir des relations avec leurs pupilles et de leur faire rendre des comptes.

Livrés un certain temps à eux-mêmes, obligés d'attendre de leurs propres cultures et do leui's troupeaux leurs seuls moyens d'existence, les élèves des Jésuites déploient une activité et une initiative qui ne se rencontrent pas chez les catéchumènes des autres missions; souvent même ils deviennent les chefs et les juges des villages où ils sont établis. Ceux qui obtiennent les meilleurs résultats sont cités au tableau d'honneur et leur exemple sert d'émulation aux autres; des petits cadeaux : un coq, des poules, une chèvre, des semences récompensent les plus zélés.

A ce moment de notre conversation deux jeunes noirs, porteurs d'une dame -Jeanne, passent devant nous.

Le père Liagre les appelle, je constate qu'ils s'expriment assez faci-

Page 1