CHAPELLE A NOUVEL ANVERS
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lemeiit en français. Après les avoir congédiés, le père me dit : " Voilà des produits de l'éducation d'Europe ! Que voulez-vous que je fasse de ces deux vauriens? Je les emploie à aller chercher de leau à la source, ils ne sont bons qu'à cela. "
Le père Liagre ne veut et ne peut donner à ses élèves les aises de l'Europe. Aussi deplore-t-il l'envoi déjeunes nègres en Belgique, où on les gâte.
Ils reviennent avec des goûts et des besoins qu'il est impossible de satisfaire en Afrique ; ou ne peut, en effet, leur donner la nourriture et le logement auxfpids on les a ha])itués. Ils ont, en outre, perdu riiaJtik'te manuelle propre au sauvage, constammem exei'cee par l'obligation de se suffire à soi même, de pratiquer tous les métiers; l'instinct de fauve s'est atrophié chez ces nègres transformes; ils ont perdu le llair du chasseur et l'adresse du pécheur, par lesquels ils se procurent leur noui'riture en Afrique.
Quant aux tilles! que les boimes sœurs qui les ont élevées en Belgi(pie d.-ms l'hinocence d'un cloître, se voilent la face. A peine rapati'iées, elles sentent leurs ardeurs sauvages se réveiller au brûlant soleil d'Afrique et emploient l'écriture à envoyer des déclarations d'amour aux blancs.
On raconte au Congo des histoires édifiantes sur le compte des jeunes néophytes tenues sur les fonts baptismaux par de grandes et nobles dames belges. Un événe-
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ment arrivé sur le steamer qui m'a l'amené en Europe m'a prouvé que ce n'étaient pas des calomnies.
Ce qui égare les bonnes âmes croyantes, c'est l'absolutisme de leur foi et leur ignorance de la psychologie du noir ; elles ne se doutent pas que les races humaines ont lentement évolué suivant le milieu dans lequel elles se sont développées; que leur état moral et intellectuel est le résultat d'une élaboration séculaire et que vouloir appliquer aux nègres d'Afrique la discipline morale à laquelle se sont peu à peu soumis les peuples européens, placés dans des conditions plus favorables à leur civilisation, c'est courir à un échec comme l'a prouvé l'utopie poursuivie à Libéria.
Protestants et catholiques versent dans le même travers, les premiers par leur bibliolâtrie, les seconds par leur intolérance.
Les protestants s'imaginent avoir sauve les noirs quand ils les ont rendus capables de lire la Bible. Une jeune et zélée évangéliste questionnée sur l'utilité de la connaissance de la lecture pour une négresse destinée à vivre dans un village indigène, me répondit avec un éclair d'indignation dans son regard étonné : Mais à lire la Bible, Monsieur !
La pauvre illuminée ne pouvait se figurer que si elle découvrait la parole de Dieu dans la Bible, c'est qu'au préalable, une longue éducation ancestrale l'avait implantée dans son esprit.
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Les catholiques, partant de l'axiome que seuls il possèdent la vraie foi, s'einiilnicnt avec un zèle d apôtres à convertir les païens, comme ils appellent les fétichistes et même les noirs déjà gagnés au protestantisme.
Cependant le père Liagre, plus instruit, plus observateur, en sa qualité de jésuite, me disait avec beaucoup de raison et non sans un(^ certaine mélancolie : '• Je puis bien, en cinq à six ans, leur faire réciter le catéchisme, mais je ne puis leur former une conscience chrétienne; il faudra plusieurs générations pour cela. »
L'expérience lui avait donc démontré que seule une adaptation progressive, parallèle à un progrès matériel et intellectuel, pouvait amener les noirs à laisser diriger leurs actes par les préceptes religieux des blancs.
Mais ce sont là des vues trop larges pour des gens qui confondent constamment la cause et l'effet. Pénétrés de l'origine divine de leur foi, protestants et catholiques ne sauraient admettre que les peuples sont eux-mêmes les auteurs de leurs religions et que c'est précisément pour cela qu'elles correspondent si bien à leur conception du bien et à leur besoin de consolation.
Au point de vue historique, le protestantisme me parait appelle à moins de succès auprès du nègre que le catholicisme. La religion de Luther, née d'une protestation contre les abus de Rome, d'un appel à la conscience individuelle, à la raison humaine, me parait plus éloignée
de rallie nègre qu'an cuUe plus ancien, plus pompeux, })lus livré aux formes et aux pratiques extérieures.
De plus, l'intransigeance catholique l'emportera nécessairement sur la tolérance protestante.
Les missionnaires catholiques emploient vis-à-vis des missionnaires baptistes l'argument dont Veuillot usait