‹ Croquis de France et d'OrientChapitre 10 sur 21 · LAVANT-DERNIÈRE LIONNE · texte numérisé non relu

LAVANT-DERNIÈRE LIONNE

Il s'est formé, comme on sait, une Association pour la protection de l'éléphant sauvage. Je n'en fais pas partie, même à titre de membre honoraire ; mais je ne voudrais pas la plaisanter. Je ne voudrais pas même demander trop" curieusement de quels moyens d'action elle dispose, dans des pays où le garde champêtre n'abonde pas, où le procès-verbal a peu de chances d'aboutir. Bien au contraire : je m'étonne que les esprits de large prévoyance, les coloniaux que l'opinion suscite et forme sur tous les points du territoire, n'aient pas encore songé à préserver d'une destruction totale, avec l'intéressant pachyderme, le félin que M. Buffon appelait encore le roi des animaux.

Royauté chancelante ! Rassemblez vos souvenirs

en effet. Connaissez-vous quelqu'un qui ait tué ou même vu un lion, non pas un lion de n'importe où, une contrefaçon ou un diminutif de lion, mais un lion de la belle espèce, un de ceux qui habitaient le nord de l'Afrique, et dont les montreurs de ménageries nous ont appris dans notre enfance : « Cet animal est le plus redoutable de la création. Rien n'égale sa majesté. Son rugissement remplit le Sahara où il se promène en maître. Sa force est si grande qu'il peut saisir un bœuf par les reins, et sauter les barrières et les haies les plus hautes, avec autant de facilité que s'il portait dans sa gueule un simple petit lapin ! »

J'ai interrogé de nombreux officiers revenus d'Algérie, des géographes qui avaient campé dans les forêts de l'Atlas, et quelques-uns m'ont répondu : i Jamais ». D'autre m'ont dit : t Un soir, j'ai entendu un grondement lointain; nos Arabes se sont prosternés, en murmurant: • Sidi! Le Maître ! » et j'ai rencontré, le lendemain, le pied du lion à moins d'un kilomètre du douar ». Un seul m'a raconté l'entrevue que le hasard lui ménagea avec une lionne d'Algérie, et il l'a fait avec une modestie qui ne m'a pas laissé de doute sur sa véracité.

C'était un vieux médecin-major retraité dans une ville de la Champagne. Derrière ses persiennes baissées, par où filtraient la lumière et l'ombre mouvante d'un jardin invisible, assis devant un verre de bière, le gilet déboutonné, les sourcils rapprochés par

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