‹ Croquis de France et d'OrientChapitre 2 sur 21 · RETRAITE D'AMOUR · texte numérisé non relu

RETRAITE D'AMOUR

sque Gontran vint s'établir à la campagne, ce ne fut pas pour obéir à un désir immodéré, ou même modéré de la vie des champs. Il l'ignorait et la méprisait au même degré. Paris, Nice ou Hyèrcs et une ville d'eaux s'étaient jusqu'ici partagé ses années. Et celles-ci, une trentaine, avaient passé légèrement, si légèrement qu'il n'en restait rien, pas même un souvenir d'ennui qui pût faire changer le régime. Il avait le goût du monde, ce qui se comprend; il n'avait que celui-là, ce qui se comprend moins.

Mais la raison d'économie conduit à des extrémités. Et c'est à elle, à elle seule, impérieuse, hélas 1 que Gontran devait de se trouver, depuis trois semaines, depuis les premiers jours d'août, chez sa belle-mère, au château de la Miette, que personne

n'habitait autrefois, et qui, petit à petit, rassemblait les épaves de la famille. Les châteaux sont des lieux de radoub, comme on sait, où chacun tâche à refaire sa barque.

Il lui importait peu que les tourterelles fussent arrivées, puisque les voisins ne l'étaient pas. Oh ! la rude chose, une campagne verte, égale, boisée, coupée de routes où rien ne passe que des charrettes, des bœufs et des blouses ! Il avait essayé d'en sortir à bicyclette. Mais non, le paysage tenait bon, toujours pareil, avec des arbres autour des champs, des ruisseaux gros comme des jets de pompe, et des chemins à poussière dormante. De guerre lasse, Gontran avait renoncé à s'amuser. Il s'ennuyait, ou du moins il prenait pour de l'ennui ce qui était une évolution extraordinaire de son esprit. Dans le silence d'une matinée, étendu sous un chêne, à cinquante pas de la terrrasse du château, et le regard tout confit dans le vert des pelouses descendantes, il se livrait à une occupation dont la nouvelle eût fait sourire d'incrédulité ses amis d'enfance et de jeunesse, et qui constituait pour lui un début, un involontaire essai de l'unique sport qu'il eût toujours négligé : il réfléchissait.

N'allez pas croire qu'il se permît de grandes réflexions profondes. Il commençait, sans même savoir ce que c'était, ni s'il continuerait. La jolie petite Gisèle, sa femme, qu'on apercevait sur la terrasse, entre deux massifs de verveines, le regardait parfois

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