SUEZ
la Compagnie anglaise transatlantique et tenu avec un confortable remarquable. Le service y est fait par des Indiens au teint de bitume et aux cheveux d'un noir soyeux ; leurs membres grêles et leurs tailles efflanquées, leurs vêtements longs et étriqués font un singulier contraste avec les amples^draperies et la large carrure des fellahs. Quand on voit ces êtres, à l'aspect triste et sauvage, aller, venir , sans faire aucun bruit, sans dire une parole, on se croirait dans quelque palais féerique où des gnomes fantastiques et muets sont chargés de prévenir tous vos désirs.
La cuisine, faite à l'anglaise, n'a aucun goût ; on passe avec chaque plat une petite pharmacie garnie de fioles et de pots à onguents destinés à relever les aliments. Les odeurs étranges qui s'en échappent ôtent vite l'envie d'en faire usage, et l'on se résigne à manger des mets insipides. Les marées sont très-sensibles dans la mer Rouge ; elles atteignent quelquefois trois mètres de hauteur, et, comme la plage est peu relevée, la mer à marée basse se retire de plusieurs kilomètres. On s'est servi de cette particularité pour expliquer comment les Hébreux fuyant TEgypte ont pu profiter de la basse mer pour couper au plus court, et comment le PAaraon qui les pour-
suivait, voulant suivre leurs traces, a pu être englouti par la marée montante. Napoléon, luimême, venant visiter les rivages de Suez, faillit subir le même sort, et ne dut son salut qu*à la vitesse de son cheval.