‹ Croquis égyptiens (volume 2)Chapitre 19 sur 41 · ESNEH · texte numérisé non relu

ESNEH

plus grande affection et le plus sincère respect. Je finis pa? le reconnaître.

A mon premier passage à Esneh, il était venu au bateau pour nous vendre d^s allumettes, mais, bousculé par ses camarades, il avait laissé tomber dans l'eau toute sa petite boutique. Il avait bien essayé de la repêcher, d'essuyer ses boites et de souffler sur ses paquets pour les faire sécher; mais il comprenait que tous ces soins étaient inutiles, et son désespoir était immense. Alors, pour le consoler, je lui donnai une pièce d'argent qui représentait à peu près la valeur de son fonds de commerce ; il la saisit avec empressèment et la mit avec avidité dans sa bouche ; c'est là ordinairement l'unique porte-monnaie des petits fellahs.

J'avais oublié cet épisode et j'ai vu avec plaisir que l'enfant s'en était souvenu et que sa reconnaissance égalait la joie qu'il avait éprouvée en retrouvant subitement sa fortune qui venait de se noyer.

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26 décembre.

Nous avons passé la nuit devant Luxor , et, le matin, nous profitons de Tobligeance de M. R..., le consul autrichien, pour visiter avec lui les ruines de Karnak. Il nous fait remarquer beaucoup de détails intéressants que nous n'avions pas vus la première fois; mais l'impression générale reste la même : c'est un cahos de ruines.

Les monuments de la XVIII® dynastie sont venus se superposer sur ceux de la XIP qui avait fondé Thèbes; cet enchevêtrement a ôté l'unité d'aspect et détruit les proportions majestueuses qui avaient présidé aux premières constructions. Puis les XIX® et XX® dynasties ont ajouté leurs conceptions grandioses, mais le plan général de l'ensemble en a été écrasé et déformé, La superbe colonnade de Seti P' a étouffé les autres salles, ainsi que les sanctuaires, sous sa splendeur gigantesque ; les pylônes de Sésostris ont rendu inutiles les anciens propylées et en ont

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fait abandonner Taxe central ; Ramsès III a osé encastrer un temple au beau milieu d'un péristyle. Enfin, avec les dynasties suivantes, on voit les Séconchis, les Osorchon, les Takelothis entreprenant des ouvrages trop considérables pour leurs forces et les laissant inachevés. Pour terminer, Philippe Aridée, le frère d'Alexandre le Grand, ainsi que Ptolémée Alexandre, viennent, sous prétexte de restauration, démolir, gratter, couper, encombrer les chefs-d'œuvres antiques et remplacer par leurs propres noms et qualités les cartouches des fondateurs.

Et c'est cet amas confus de monuments que les vandales de toutes les époques ont brisé, brûlé, renversé au point d'en rendre l'ordonnance presque inintelligible.

Les habitants actuels de Thèbes, avec leur imagination arabe, ont créé une foule de légendes sur chacune de ces ruines. Presque tous ces contes sont inspirés par la sensation que ces pauvres gens éprouvent en voyant exhumer de ces débris des objets d'art et des trésors. Leur pensée fantaisiste rêve de dragons gardant des lions d'or massif aux yeux de rubis ou dea ij^-

rures superbes qui appartiendront à celui qui saura trouver le « sésame » dont le pouvoir fait ouvrir les murs au bon endroit.

Ne peut-on pas dire que les ChampoUion et les Mariette, découvrant le sens des hiéroglyphes et s'aidant de cette science pour se guider dans leurs recherches archéologiques, sont les heureux possesseurs du « sésame » fantastique et tout-puissant?

On raconte, parmi le peuple, qu'une pauvre femme fellah vit un jour la terre s'entr 'ouvrir devant un des grands pylônes, et un esclave noir chargé de pièces d'or lui apparut. A sa yue elle tendit la main, selon l'usage égyptien, et l'esclave lui remit tant de pièces d'or que la pauvre femme ne sut plus où les mettre. Alors, pour en ayoir encore davantage , elle" court à la hâte cacher le trésor' qu'elle a déjà et reyient au py. lône chercher de nouvelles richesses. Mais l'esclave était parti. La femme retourna tristement à sa maison et voulut reyoir le monceau d'or qu'elle avait abandonné, mais elle l'avait caché si précipitamment que malgré tous ses efforts elle ne put jamais se souvenir où elle l'avait mis.

iV'est-ce pas là. la légende de tout ce peuple

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