KENEH
des danseuses venues pour la fête. A grand'peine on trouve une maison ouverte à la porte de laquelle se tiennent quelques commères. On les aborde.
— Il n'y a pas de danseuses, nous dit le drogman.
— Alors, allons nous-en.
— On en trouvera.
Après de longs pourparlers on nous introduit dans une ruelle sombre ; on nous fait entrer dans une cahute enfumée où vacille la flamme d'une veilleuse ; puis par une petite cour que la lune éclaire arrive une femme bâillant et s'étirant les bras. On vient de la réveiller ; ses yeux sont bouffis, ses cheveux en désordre et ses vêtements mal assujetis. Elle nous dit bonjour d'un air qui veut être aimable, et commenous ne paraissons pas enthousiasmés par ce début, on la fait retirer pour en amener une autre plus laide, plus vieille et plus endormie. Si bien que, voyant que nous sommes arrivés là à une heure indue qui dérange tout le monde, nous prenons congé de ce lieu de délices en nous sauvant au plus vite du côté de notre bateau.
27 décembre.
Nous descendons le fleuve par un vent du nord terrible qui soulève les eaux et nous retarde un peu. Les sables du rivage forment des nuages et des tourbillons ; cela fait au soleil de singuliers effets.
Comme Tair est un peu froid, je me promène presque toute la journée de long en large sur le pont du bateau avec M. de M...; nous allons d'un grand pas pour nous réchauffer; ce qui cause la stupéfaction des gens de l'équipage qui ne comprennent pas que nous marchions si vite pour n'aboutir à rien et que nous nous donnions tant de mal sans y être forcés ; ils préfèrent grelotter couchés dans les coins que de nous imiter. Au fond ils s'imaginent que nous accomplissons quelque pénitence religieuse et que nous sommes des derviches marcheurs.
Je n'ai pas encore pu m'expliquer pourquoi on a encombré le bateau de tout ce personnel de grands gaillards qui ne font que dormir, prier et