ACCIDENTS
casser les palettes de ses roues. Au lieu* de le remettre dans la bonne voie, tout le monde perd la tête; chacun crie, court, se remue et commande; on n'écoute plus ni le capitaine, qui prend une extinction de voix, ni le pilote, qui ne peut plus parler tant il a peur, car s'il nous arrive malheur il y va de sa tête; aussi c'est une confusion incroyable. La machine va toujours son train, continuant à faire frotter le navire et lui donner des soubresauts formidables. C'est bien la peine d'avoir quarante hommes à bord pour ne pas pouvoir être maître du bateau.
Au milieu de ce brouhaha, on voit trois ou quatre hommes impassibles qui s'inclinent du côté de l'Orient, se mettent à genoux, se relèvent et se prosternent; ils font leur prière de midi, et le vaisseau pourrait sombrer vingt fois qu'ils ne broncheraient pas.
On finit pourtant par faire comprendre au mécanicien qu'il doit arrêter sa machine et, un peu endommagés, nous reprenons notre chemin.
Le soir, en voulant stoper à Minieh pour passer la nuit, nous nous ensablons pour la troisième fois. Alors les mariniers, armés de longues perches, cherchent à nous dégager; ils chantent pour se donner de la force toutes sor-
tes de « Eleison! »» ou de « AU Allah! » Mais ils poussent mollement et nous ne bougeons pas. Il est vrai que le chef de l'équipage n*est pas là pour les commander ; il fait sa prière du soir et il faut attendre qu'il ait fini.
Je cherche à m'informer de la cause de toutes ces fausses manœuvres, mais personne ne me dit si c'est la faute du capitaine, du pilote ou du mécanicien ; je ne puis avoir d'autres explications que celle-là :
— Dieu l'a voulu !
Il me paraîtrait pourtant prudent de se renseigner exactement -et de remédier à ce dangereuxinconvénient. Indépendamment de la crainte que nous pouvons avoir de nous briser contre un récif, ces arrêts successifs nous ont retardés d'une demi-journée.
Je finis par découvrir qu'un des matelots est fortement enrhumé ; pour se guérir il a imaginé de se couvrir la tête et surtout les oreilles d'une masse d'étofies superposées, ce qui l'empêche complètement d'entendre ce qu'on dit autour de lui. Or, c'est cet homme ainsi afi^ublé qui, depuis le matin, est chargé de transmettre au mécanicien les ordres du pilote !
Je fais part de ma découverte aux hommes qui