LES CERTIFICATS
m'entourent, je leur fais constater que grâce à sa coiffure ingénieuse le matelot en question est tout à fait sourd. Ils sourient dédaigneusement et ne paraissent point convaincus. Ils aiment mieux croire que la main de Dieu s'apesantit sur nous et que toute la journée nous avons été l'objet d'une divine rancune.
Une autre comédie est celle des certificats.
Chacun veut, avant notre arrivée au Kaire, obtenir de nous des certificats de bonne conduite et de capacité. J'aurais supposé que les gens que le vice-roi emploie avaient tous des mérites reconnus et incontestables ; il parait qu'il n'en est pas ainsi, et c'est nous qui devons constater que le pacha a eu raison de les prendre à son service.
Le drogman, qui ne nous a servi qu'à nous ennuyer et qui ne connaît pas seulement les pays qu'il devait nous montrer, est venu le premier réclamer son certificat. Nous l'avons envoyé promener.
Mais le capitaine lui-même et le docteur ont réclamé de notre obligeance un satisfecit en forme. Pour ce qui est du capitaine, je trouve le
moment drôlement choisi pour solliciter nos compliments, car nous sommes échoués sur le rivage et voilà trois heures qu'on travaille inutilement à nous dégager. Quant au docteur, comme nous n'avons pas eu besoin de son ministère, je ne vois pas trop ce que nous pouvons certifier à son endroit. Aussi, pour plaisanter, jelui rédige la pièce suivante :
« Nous, soussignés, passagers du Férus, déclarons que pendant tout notre voyage dans la Haute-Egypte le docteur Osman Ibrahim s'est fort bien porté, que son appétit et sa gaîté se sont maintenus durant toute la traversée et que, grâce à ses soins constants, nous sommes revenus au Kaire fortement enrhumés du cerveau et dévorés par les moustiques. >»
Le docteur accepte de grand cœur la plaisanterie, en rit comme un fou, mais demande quelque chose de plus sérieux.
Alors dans un nouveau certificat je déclare qu'il a été pour nous d'une grande complaisance, d'une parfaite aménité et qu'il nous a consciencieusement accompagnés dans toutes nos excursions. Mais il parait que l'emphase arabe demande des termes encore plus élogieux, et il se retire presque choqué.