DERVICHES TOURNEURS
plutôt dû faire honte à son collègue. On intervint et la dispute se termina là pour le moment.
Puis à travers les rues pittoresques du Eaire nous retournons à l'hôtel.
6 janvier.
Cette fois-ci le musée est ouvert.
J'examine surtout les objets, pour la plupart trouvés dans les tombeaux et qui pourtant sont des ustensiles dont l'usage était journalier chez les anciens Egyptiens,
On avait en effet la coutume de mettre à côté du défunt les outils qui lui avaient servi durant sa vie, ou les parures, les ameublements qu'il affectionnait.
Ceci explique pourquoi l'on a trouvé les modèles gradués dont les sculpteurs se servaient pour former leurs élèves, ainsi que les palettes et les boites de couleurs des peintres ; pourquoi . l'on a exhumé des poids, des coudées d'architectes, des meubles, des paniers, même des provisions de bouche. Dans un seul sarcophage, celui de la reine Aah-Hotep, on avait rassemblé assez de bijoux pour que leur développement sous des vitrines remplisse une salle entière du musée, et chacun de ces bijoux est un chef-d'œuvre d'invention, de bon goût et d'adresse.
Il est à remarquer que les objets d'art des dynasties les plus anciennes ont quelque chose à la fois de plus parfait et de plus primesautier que ceux des époques postérieures. Sous la lyme dynastie , par exemple, les portraits sont vraiment des portraits ; on a cherché la ressemblance et l'on devine qu'on est arrivé à la rendre parfaite ; les muscles sont étudiés sur nature et sont très-réussis, le modelé est soigné, l'expression excellente. Puis on sent que l'art se réglemente , les méthodes créent les procédés , on prend un système pour faire les genoux, un autre pour dessiner les pieds ; les types des physionomies deviennent consacrés, ofSciels^ le sentiment est nul. A part une sorte de renaissance qui a lieu sous la XVIII"^® dynastie, on peut dire que le sentiment artistique va en s'amoindrissant pendant six mille ans et que l'inspiration est étouffée par la formule.
Un des monuments les plus beaux et les plus curieux du musée de Boulak est la statue de Chephren, le constructeur de la deuxième Pyramide. On a assez longtemps certifié que les architectes de ces vastes mausolées auraient été incapables de faire aucune autre sorte de monument et l'on a assez longtemps assuré que les
Pharaons qui y ont été déposés ne connaissaient pas récriture, pour qu'il soit intéressant de voir la statue de l'un d'eux, admirablement sculptée en diorite dure et portant profondément gravé sur le socle le nom de Chephren.
En parcourant les salles , je 'm'arrête devant une autre statue de la même dynastie ; elle est en calcaire colorié, et ce que j'admire, ce n'est pas seulement la beauté des formes , la noblesse de la pose , l'étonnante conservation des couleurs , c'est la physionomie qui me frappe ; cette tête me fait souvenir de quelqu'un, à s'y méprendre, c'est un vrai trompe-l'œil ; cette personne, dontj'ai l'image sous les yeux, je l'ai vue, je la connais et je ne puis pourtant me rappeler qui cela peut être. En réfléchissant, je trouve que cet homme contemporain de la IV"*® dynastie ressemble au petit joueur de tambour qui posait hier devant M...!
Et ce n'est pas la seule ressemblance que je trouve entre les habitants du Kaire et les portraits des personnages de Memphis ; le type s*est conservé d'une manière incroyable.
Il en est de même des ustensiles qu'on voit dans les vitrines et qui sont identiques avec ceux dont les Egyptiens modernes se servent