‹ Croquis égyptiens (volume 2)Chapitre 37 sur 41 · TOMBEAUX DES KALIFES · texte numérisé non relu

TOMBEAUX DES KALIFES

7 janvier.

Je vais prendre Georges, avec lequel je dois aller visiter les tombeaux des kalifes. Je le surprends en train de faire le portrait de Mohamed. Ce dernier est tout habillé de neuf ; il a surtout une grande melayeh blanche qui forme autour de son corps des plis aussi beaux qu'incommodes. Ce vêtement ingénieux, dû à la munificence de son nouveau maître (car il est décidément au service de Georges), l'a rendu joyeux et communicatif ; aussi il comble de ses largesses ceux qui l'entourent, il nous ofire des cigares, des oranges.... Est-ce avec ses appointements qu'il peut trouver à avoir un tel superflu ? Mystère !

Nous partons chargés de tout l'attirail du peintre ; Mohamed, bien entendu, ne porte rien; il a bien assez de se draper et de se redraper à tout moment; sa melayeh neuve l'agace, elle est encore raide et n'a pas pris la souplesse désirable pour l'envelopper convenablement ; aussi il ne fait que la quitter et la remettre, à la grande admiration de Georges, qui n'aurait jamais cru

qu'un morceau d'étoffe pût prendre tant de formes variées.

Les tombeaux sont hors de la ville. C'est le précieux Mohamed qui nous guide. Je m'aperçois qu'au lieu de nous mener du côté des montagnes où nous devons aller, il nous dirige sur la route de Suez. Je lui en fais l'observation ; il insiste dans son sens. Alors je monte sur une éminence et je vois derrière nous les hauts minarets des monuments que nous allons visiter. Je ne sais décidément pas ce que l'intelligent Mohamed a compris. Il n'y a du reste pas d'explication à

avoir avec lui, cet interprète improvisé ne sait pas trois mots de français.

Bientôt, nous apercevons l'ensemble des édifices. C'est une suite de suberbes mosquées , de ia plus belle époque sarrazine,et qui, malgré leur splendeur, sont maintenant complètement abandonnées au milieu des sables. Le site est tout-àfait désert et désolé et si nous n'avions avec nous pour gardien le courageux Mohamed, nous pourrions ne pas être rassurés au milieu de ces palais dont les dômes effondrés et les minarets chancelants attestent l'abandon.

Tout d'un coup arrive sur nous un cavas à l'œil furieux. Il apostrophe notre bédouin et paraît lui

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