CANAL DE SUEZ
sentir qu'à Suez même, où elle produira les effets que Ton constate à Tembouchure des fleuves sur les bords de l'Océan, avec cette différence, que le canal, à sa communication à la mer, n'ayant pas, comme une embouchure, la forme d'un entonnoir et ne produisant pas de courant contraire à celui de la mer, n'aura ni ras de marée ni mascaret. Le niveau de l'eau s'élèvera et s'abaissera de quelques mètres, voilà tout.
On a dit aussi que la jalousie de l'Angleterre serait un obstacle incessant. Mais si l'on réfléchit que les Anglais ont fait tout ce qu'ils ont pu pour entraver l'exécution du canal, que, de plus , le vice-roi l'a vu pendant longtemps d'un trèsmauvais œil, et que pourtant l'entreprise est sortie complètement de ses langes diplomatiques, on doit avoir une grande confiance dans l'avenir. Depuis la décision arbitrale de l'Empereur, l'affaire marche sans encombre sous la protection de la France, et cette nouvelle situation a permis de se passer du fameux flrman du Sultan que les consuls étrangers ont empêché de donner et qui est devenu inutile.
On a parlé d'ensablements qui pourraient être produits de deux façons : par l'éboulement des berges dans le canal, et par le sable qu'apporte-
rait à la longue le vent du désert. Pour ce qui est de l'éboulement des berges, il ne faut pas croire qu'une montagne da sable n'ait pas une certaine consistance si on lui donne l'inclinaison nécessaire ; je n'en veux pour preuve que les canaux des Pharaons creusés dans le désert, il y a plus de trois mille ans, et qui se sont trouvés assez conservés pour que la Compagnie, voulant les utiliser, n'ait eu qu'à y introduire de l'eau et à s'en servir. Quant au sable du désert amené par le kamsin, il lui faudrait des milliers d'années pour produire une épaisseur dangereuse ; et, à ce sujet, il ne faut pas oublier que le canal maritime est flanqué du canal d'eau douce, que ce dernier permettra de cultiver des terres à droite et à gauche et que ces cultures servi* ront de rempart à tout envahissement du sable. Chacun sait en eifet que partout où l'on peut répandre l'eau du Nil, la végétation arrive naturellement et que l'irrigation seule suffit à détruire le désert. Ainsi c'est encore le bon vieux Nil, sans lequel on ne peut rien faire en Egypte, qui viendra au secours de l'entreprise, et le canal d'eau douce, après avoir été en quelque sorte le créateur du canal maritime, en sera plus tard le conservateur et le gardien.