CANAL D£ SUEZ
On a encore objecté que la suppression de la corvée avait rendu les travaux de l'isthme impossibles, que depuis que l'on n'a plus cette masse d'Hommes travaillant par force mais non sans salaire, les chantiers sont pour ainsi dire abandonnés. Il est positif que cette mesure du vice-roi a porté un coup terrible à l'entreprise, car elle est arrivée juste au moment où la corvée n'était plus nécessaire que pendant un an- Mais les hommes manquant, on s'est retourné du côté des machines. Ce nouveau système est sans contredit plus coûteux, mais aussi il est plus énergique et plus rapide. Pour le moment, on est dans une transition pénible : le choléra et l'abolition de la corvée ont fait fuir les ouvriers, et les machines ne sont pas encore terminées ; mais cet embarras n'est que passager.
Il y aurait bien des choses à dire sur l'organisation des travaux, sur le système administratif, sur les devis, sur le temps et l'argent qu'ils nécessiteront. Mais ce serait toucher à des questions trop graves, à des intérêts trop considérables , pour qu'un simple touriste ose se le permettre. Il est incontestable que , quoi qu'il arrive, le canal se fera, et que, si les actionnaires ont la patience et le courage nécessaires, ils
peuvent mener l'affaire à sa réussite complète. Et à ce propos, il est encore une crainte que les
ennemis de cette œuvre gigantesque ont exprimée. Ils ont supposé le canal terminé et ont dit : Quand la communication sera établie d'une mer à l'autre, on ne s'en servira pas. La mer Rouge est très-capricieuse et presque impraticable : tantôt elle a des calmes plats qui durent plusieurs semaines, tantôt elle est sillonnée de tempêtes terribles, et les navires aimeront beaucoup mieux doubler le cap de Bonne-Espérance que de traverser l'isthme. A tout cela il est facile de répondre qu'un calme plat de plusieurs semaines est préférable à une traversée de plusieurs mois, et que la mer Rouge, malgré ses coups de vent violents, est moins dangereuse que la JManche, la mer Noire et tant d'autres, et tout le monde sait que le Cap est le plus mauvais passage qui existe. Cette objection, une des plus répandues, n'a aucune valeur.
Les ouvriers employés aux travaux sont de toutes les nationalités possibles; il y a même des Chinois et des Indiens. L'harmonie ne règne pas toujours entre toutes ces races et je suis convaincu que* si l'on réunissait ces hommes après le travail dans des sociétés musica-