CANAL DE SUEZ
les, cela produirait un très-bon effet. Il ne faudrait pas songer à les faire chanter ensemble, chacun ayant une langue particulière ; mais les instruments de musique plairaient à tous et les fanfares auraient le plus grand succès. Je sais bien qu'on rira en me voyant proposer ce moyen d union, mais je suis persuadé de son efficacité. Que dans chaque chantier on établisse un fonds d'instruments de cuivre et qu'on institue des chefs de musique ayant chacun trois chantiers à diriger; les ouvriers, même ceux qu'on déplace, trouveront toujours des instruments, en supposant qu'ils ne veuillent pas en devenir propriétaires, et tous^ exécutants et auditeurs, applaudiront à ce divertissement qui, au milieu du désert, les 'récréera davantage que la bouteille d'absinthe qu'ils consomment chaque semaine et les batailles qui viennent de temps à autre rompre la monotonie de leur exil volontaire.
2 décembre.
— Puisque vous êtes sur les bords de la mer Rouge, me dit-on, vous devriez aller voir la source que Moïse fit jaillir du rocher en frappant la pierre du bout de sa baguette.
— En effet, voilà qui me tente. Le rocher doit être pittoresque.
— Ce n'est pas un rocher, Teau se trouve au milieu du sable.
— Ah^ vraiment. La source est-elle abondante?
— Ce n'est pas une source, il y a seulement plusieurs flaques d'eau à fleur de terre.
— Tiens ! La végétation doit être superbe ?
— Oui, il y a quelques palmiers rabougris,
— A la bonne heure. Mais, dites-moi, Teau sans doute en est délicieuse ?
— Elle est saumâtre et il est impossible de la boire.
— Vous m'éton«iez. Est-ce bien loin d'ici ?
— Il faut prendre une barque. On a quatre heures de mer et une heure de marche dans le