‹ Croquis égyptiensChapitre 17 sur 64 · LE GUÉ · texte numérisé non relu

LE GUÉ

Nos ânes, qui connaissent le raccourci, partent au grand galop. Il y a bien de temps en temps un fossé à sauter ; ces braves baudets franchissent cela comme de vrais chevaux de course.

Pourtant l'un d'eux, le bourriquet de Son Altesse le prince de Galles, perd l'aplomb et s'abat ; mais au lieu de se coucher et de rester là comme font ses semblables en pareille circonstance , il se relève vivement à l'appel de la bride et repart sans avoir désarçonné son cavalier.

Voilà que nous arrivons à une large mare qu'il faut traverser. Les Arabes ramènent leurs longs vêtements sur les épaules et sur la tête et nous montons à cheval sur leur dos. Il faut toute leur vigueur et toute leur adresse pour ne pas nous laisser tomber dans ce cloaque où ils enfoncent dans la vase jusqu'aux genoux.

Après qu'on nous a fait passer, il faut eii faire autant pour nos ânes. Les Bédouins les prennent par les oreilles , la queue , les pattes, et à grands cris, à grands coups, les forcent à traverser l'eau. L'âne de Son Altesse le prince de Galles n'a pas, à ce qu'il parait, le pied marin , il craint l'élément liquide et proteste énergiquement contre cette fantaisie de lui faire mettre les pieds dans l'eau ; il se campe sur ses pattes

et se roule par terre plutôt que de faire un pas en avant. Les Arabes le prennent par les jambes, le chargent sur leurs épaules et lui font passer le gué. Màitre baudet paraît fort goûter cette façon d'aller , sa tête se balance à droite *3t à gauche avec une certaine expression de volupté, et la scène de ces tritons nus, portant cet animal au milieu de Teau , ne manque pas de pittoresque.

-^vant de reprendre nos montures, nous jetons un dernier regard sur les majestueuses Pyramides et sur le sphinx qui, depuis plus de trois mille ans, veille à leurs pieds, couché dans le sable.

Par trois fois, il nous faut avoir recours à nos hommes. Puis nous arrivons à un charmant village situé au milieu des arbres et couvert de palmiers ; il est pour le moment sur une presqu'île entourée d'eau et nous sommes obligés d'en faire tout le tour par un sentier étroit et glissant qui borde le canal. A chaque instant , nous rencontrons un obstacle; tantôt des gerbes de maïs, tantôt des moutons ou des enfants, et nos braves baudets enjambent, contournent, évitent avec une adresse et une sûreté de pied qui étonne et donne confiance, malgré le danger.

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