MINIEH
12 décembre.
Après avoir passé la nuit devant un petit village sans importance, nous nous sommes remis à monter le fleuve. La chaîne arabique s'en approche de temps en temps au point d y baigner ses rochers à pic.
Çà et là on aperçoit au bord du rivage des locomobiles à vapeur ou des filatures de coton aux immenses cheminées. Pour nous qui sommes à l'affût des monuments antiques, cela gâte un peu rillusion archéologique; on a beau chercher à se persuader que Ton voit des machines à vapeur du temps de Sésostris ou des usines bâties par Ramsès III, le charme est détruit et si les palmiers ne venaient au secours du voyageur, il se croirait à Manchester..
Nous arrivons à trois heures à Minieh, après avoir passé devant le temple de Serazieh, dédié à la déesse Âthor et taillé dans le rocher.
Minieh n'est que la répétition en plus grand de ce que nous avons vu à Beni-Souef. On nous
fait visiter une sucrerie en construction ; dans l'intérêt de la couleur locale et historique, nous aimons à nous figurer qu'elle a été fondée par la XII"*« dynastie des Pharaons.
En retournant au bateau nous voyons une soixantaine d'enfants de huit à dix ans qui portent du charbon pour notre machine ; les uns vont, les autres viennent et tous rappellent parfaitement ces longues traînées de fourmis qui courent sur le sable. Ils portent le charbon sur la. tête dans des couffes en feuilles de palmier et marchent très-vite; quatre ou cinq grands gaillards, le bâton à la main, se chargent d'exciter leur courage et frappent sur ces enfants comme sur des bêtes de somme. Ça peut encore passer lorsque leur confie est vide, les gamins s'en servent comme d'un bouclier et parent les coups de gourdin ; mais lorsque la confie est pleine, l'enfant reçoit sur les reins de rudes horions et se met à courir en sanglotant avec ses quinze kilos de charbon sur la tête.
Il est à remarquer que l'Arabe frappe toujours avant de gronder, de même que les sais, dans les rues, touchent les passants de leur baguette et les avertissent ensuite.
On peut à ce sujet faire un curieux tableau des