‹ Croquis égyptiensChapitre 26 sur 64 · BENI-HASSAN · texte numérisé non relu

BENI-HASSAN

milieu des bestiaux et des cultivateurs qui piochent la terre, vêtus d'une serviette passée autour des reins, on arrive à une première élévation sablonneuse sur laquelle setrouvent deux énormes villages inhabités qui peu à peu tombent en poussière. Alors on gravit la m )ntagne, qui est couronnée par deux assises calcaires superposées ; c'est dans la plus basse que l'on a creusé les temples.

Une particularité géologique, c'est que ces rochers de carbonate de chaux sont parsemés de blocs ératiques durs et polis. Quelle force les a ainsi roulés et apportés là ?

Les temples sont nombreux. Tous sont des chapelles funéraires. Dans chacun d'eux, on trouve un ou plusieurs puits, plus ou moins larges, plus ou moins profonds ; Tun d'eux a vingt mètres. Au fond est une chambre sépulcrale où l'on a déposé les momies en l'honneur desquelles le temple a été creusé.

Quelques-unes de ces chapelles sont inachevées ; la plupart sont magnifiques sous le rapport des dimensions et de l'architecture. Ordi nairement, un élégant portique supporté par deux colonnes et taillé dans le roc même les précède. A l'intérieur de nombreuses colonnes soutien-

nent le plafond, qui n'en a pas besoin, puisque tout est d'une seule pièce. Ces colonnes représentent quelquefois des tiges de lotus liées ensemble, ou bien elles sont à huit ou seize faces, et dans ce cas, si elles étaient un peu plus amincies par le haut, elles rappelleraient tout à fait Tordre dorique.

Les murs, les plafonds, ainsi que leurs supports sont couverts de peintures et d'hiéroglyphes.

Ces peintures sont fort endommagées , ce qui se comprend quand on réfléchit qu'elles ont cinq mille ans d'existence (Ousertesen 1®', XII""« dynastie), mais on peut pourtant distinguer les sujets qu'elles représentent; du reste chaque chapelle reproduit à peu près les mêmes scènes dans le même ordre, de sorte que ce que l'on n'a pu comprendre dans l'une d'elles, à cause des mutilations, est expliqué par les scènes représentées dans la p.artie correspondante d'une autre chapelle. Ainsi sur la face qui sert d'entrée, on voit ordina;irement des cultures, des récoltes, des bateaux couverts de rameurs, puis sur la façade de gauche un registre de chasse au bœuf sauvage, à l'antilope, à la gazelle; un registre de gens qui font la lessive, étendent et plient le

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linge ; un registi'e de danseuses, qui tournent, sautent, jouent au cheval fondu, enfin un registre consacré aux préparations cuKnaires. Sur la façade de droite, on a figuré des laboureurs, des étrangers qui arrivent de voyage, des jugements et des supplices ; on peut même constater que le courbache était inventé alors ; on y voit aussi représentées, des salles de bains telles qu'elles existent encore dans les bains maures avec leurs douches, leurs fumigations et leurs massages. Quant au fond de la salle, il est entièrement occupé par des scènes de lutteurs qui se prennent deux à deux et forment des centaines de groupes différents; c'est là qu'ordinairement les peintres se sont appliqués à donner du mouvement à leurs personnages ; les poses les plus compliquées, les plus hardies sont abordées et parfaitement rendues ; si parfois le dessin n'est pas irréprochable, le mouvement est toujours très-bien compris, et beaucoup de peintres de notre époque voudraient avoir trouvé la composition de quelques-uns de ces groupes.

Çà et là on a représenté sur les murs des personnages de grandeur naturelle ; on peut à peine les distinguer, car ils ont été l'objet de mutilations plus spéciales.

Au sortir des grottes on a une vue superbe.

On est entouré de montagnes pittoresques entrecoupées de larges vallées; devant soi le Nil déroule ses contours tranquilles, et à nos pieds, nous voyons fourmiller les mille ruines de la grande ville qui fut là.

Nous retournons à notre bateau et continuons à remonter le fleuve qui longe la chaîne arabique. A chaque instant on aperçoit dans des rochers des grottes semblables à celles de Beni-Hassan ; elles sont si nombreuses que nous ne pouvons nous y arrêter; il faudrait pour les bien voir la vie d'un archéologue, à la condition que l'archéologue vive longtemps.

Nous arrivons à la fin du jour aux rochers de Foda, qui se dressent à pic au-dessus de Teau, et sont selon Tusage troués de nombreuses chapelles. On prétend que ces montagnes sont pour le moment peuplées de voleurs qui viennent à la nage piller les petites barques, à moins qu'on ne leur fasse une trop vive résistance ; dans ce cas ils plongent sous Teau comme les canards et vont se réfugier dans leurs repaires de vautours.

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14 décembre.

Encore arrêté par les brouillards à la hauteur du village de Benoub.

Pour nous occuper nous allons visiter le village qui nous apparaît noyé dans la verdure des mimosas à gomme et des palmiers. Les hommes de l'équipage nous accompagnent pour aller chercher quelques menues provisions; comme ils appartiennent au vice -roi, ils sont vêtus militairement et font une escorte splendide.

C'est justement le jour oà l'on vient percevoir l'impôt dans la contrée ; aussi tous les habitants sont sur pied et paraissent fort émus. Nos janissaires improvisés imaginent de dire qu'ils viennent pour recruter des soldats par ordre du pacha. La plaisanterie prend parfaitement et le désordre se jette parmi les indigènes. Les jeunes gens qui travaillent dans les champs se sauvent à toutes jambes ; les femmes inquiètes sortent de leurs maisons, se groupent effrayées en se serrant les unes contre les autres et nous regardent avec de grands yeux hagards; les

hommes se prosternent à notre passage et nous accablent de bénédictions dictées par la peur. Jamais de notre vie nous n*ayons reçu tant d'hommages.

Nos matelots, enchantés de leur idée, rient comme des fous, ce qui n*empêche pas les populations d'être consternées.

Enfin, après avoir parcouru suffisamment Tendroit, nous reprenons notre bateau, assez satisfaits du petit effet qae nous avons produit.

Le fleuve s'approche de plus en plus de la chaîne Libyque, et après un grand détour qui nous en éloigne, nous finissons par y revenir et aborder à Siout, dont nous voyons depuis longtemps les minarets élancés.

La ville n'est pas tout à fait sur les bords du Nil ; nous trouvons des ânes qui nous y mènent au grand galop ; sans nous y arrêter, nous poussons jusqu'aux montagnes, où se trouvent des grottes sculptées.

Nous arrivons à une première, qui se compose d'un vestibule et de trois grandes chambres contiguês ; les dimensions énormes de ce temple lui donnent un caractère excessivement imposant ;

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nous retrouvons au plafond les traces d'un joli dessin en forme de grecque bleu-clair sur fond noir ; nous admirons aussi an reste de basrelief d'un fort beau modèle,

Puis en remontant encore nous visitons trois autres temples, toujours de grandes dimensions, et placés les uns à côté des autres. Je ne parle pas d'une quantité d'excavations et de puits funéraires que l'on trouve aussi mais qui n'ont pas d'importance.

Ces grottes, de la même époque que celles de Beni-Hassan,sont pourtant beaucoup plus endommagées ; les colonnes intérieures ont été, pour ainsi dire, dissoutes par le temps ; les péristyles ont servi à plusieurs reprises de carrières de pierres ; les peintures et les sculptures se devinent à peine ; à différentes époques on a creusé des trous et des puits qui ont détruit toute l'ordonnance de ces monuments et il est probable que depuis cinq mille ans ces temples servçnt de cimetière à toutes les générations. Il y a deux ans, au moment de Tépizootie qui a tué presque tous les bestiaux de l'Egypte, les habitants de Siout sont venus enterrer leurs animaux dans les fosses creusées pour les Pharaons; aussi le sol est un mélange d'os de momies et

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de chameaux, de crânes humains et de cornes de vaches.

Le docteur du bord, vrai musulman, a fait quoique Egyptien, ses études en France. Néanmoins il est étonné d'apprendre que ce soit sans le secours de la poudre que ces grottes aient été creusées. Pourtant il n'en est pas très-sûr, car il aperçoit des traces noires produites par les torches que les visiteurs ont allumées. D'ailleurs ces grands trous pratiqués dans la montagne l'intéressent médiocrement. Toutefois, pour se donner une contenance, il entreprend de nous expliquer les dessins et de nous faire distinguer les hommes des animaux. Mais cet amusement lui plaît peu. Il préfère marmoter des prières et dire son chapelet à la gloire de Mahomet.

La vue qu'on a de la montagne est curieuse ; elle offre ces oppositions tranchées dont l'Orient est prodigue. A nos pieds est le cimetière, plus considérable que la ville elle-même et entièrement blanchi à la chaux ; dômes arrondis, tombeaux rectangulaires, murailles dentelées, tout est blanc comme la neige. Après cette zone écla^ tante, on voit des jardins de palmiers d'un ton

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