‹ Croquis égyptiensChapitre 27 sur 64 · SIOUT · texte numérisé non relu

SIOUT

vert jaunâtre. Puis s'étend la ville, couleur de

boue du Nil ; les maisons, construites en briques

crues, sont éclairées par le soleil qui est derrière

nous ; elles n'offrent ainsi ni ombres portées ni

silhouettes et forment une teinte plate et grise ;

les minarets éblouissants qui en jaillissent et

dont on ne voit pas la base semblent tenir en l'air, on dirait des flamèches étincelantes qui

tombent sur la ville. Ensuite vienûentdes champs labourés et humides aux tons noirs. Plus loin, le fleuve argenté. Plus loin encore, des montagnes roses. Enfin, le ciel bleu. Et tout cela d'une harmonie parfaite, mais d'un fantastique complet.

En revenant nous visitons Siout et ses riches bazars. Chaque quartier est séparé par des portes aux seuils gigantesques ; il faut que nos baudets fassent des prodiges d'adresse pour les franchir et nous des prodiges d'équitation pour nous tenir en selle.

NotM rencontrons des masses d'enfants de tout âge qui ne sont vêtus que par les mouches qui les couvrent et pendent en grappes noires à tous leurs orifices.

Nous repartons, et pour passer la nuit nous

152 CBOQUIS ÉGYPTIENS.

nous arrêtons à Niheleh, qui est sans contredit le plus beau village que j'aie vu en Egypte. Les maisons, soigneusement construites / sont surmontées d'étages élevés d'une forme babylonnienne; gracieusement enluminés de blanc et de noir, ils servent à loger des pigeons. Presque chaque maison a un jardin, et partout des palmiers aux courbes élégantes viennent dominer les pigeonniers majestueux. Les rues sont larges et bien percées. Au soleil couchant, elles prennent un air de grandeur singulière ; il nous semblait, en nous promenant à travers ce village colossal, aux terrasses superposées, que nous parcourions une de ces antiques capitales comme on les rêve quand on pense à Cléopâtre ou à Sémiramis; chaque maison avait les contours d'un palais, et les habitants, aux amples costumes, sortaient gravement de leurs portes comme des prêtres d'Isis franchissant les Naos.

La nuit tombait. Les troupeaux de vaches de Nubie, de chèvres d'Abyssinie, aux longues oreilles, de moutons du Soudan, à la queue monstrueuse, rentraient en se pressant et soulevaient dans les rues des nuages de poussière. On aurait dit des torrents qui passaient ! Au couchant , des files de chameaux , revenant du

NIHELEH. 153

travail, découpaient sur l'écarlate du ciel leurs ' silhouettes majestueuses.

Les habitants de ce village sont Coptes et se croient chrétiens. Ils sont fort riches , ce qui explique la grande tournure de leurs habitations, mais ils craignent de le laisser voir, à cause des impôts dont on pourrait les surcharger. Ils voient rarement des Européens , car les voyageurs ne s'arrêtent pas là d'ordinaire ; aussi les femmes se sauvaient à notre approche, mais les hommes nous ont fait très -bon accueil en nous disant que , comme chrétiens , nous étions leurs frères. Ils n'ont ni église, ni mosquée. Cette religion incertaine des Coptes est trèsrépandue dans la Haute-Egypte ; les moines italiens en profitent pour y établir des couvents et ramener dans l'orthodoxie romaine ces hommes qui prétendent pourtant avoir un christianisme plus pur que celui de l'Europe, car ils ont conservé en grande partie la religion telle que les premiers Apôtres l'ont apportée en Afrique. Une chose à remarquer, c'est que tous les Coptes sont lettrés et ont des goûts d'ordre et de bienêtre , ce qui les fait différer essentiellement des Arabes. Si on rapproche cette particularité de ce fait que les livres Coptes sont écrits dans la

langue des hiéroglyphes, on est tenté de se demander s'ils ne descendent pas des anciens prêtres égyptiens, qui auraient adopté sans peine le christianisme comme résumant la plupart de leurs croyances.

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