OXFORD
se retire me laissant un peu attrapé d'avoir si bien réussi.
Aussi je rappelle une dernière fois pour le récompenser de la petite comédie qu'il a jouée sans trop s*en douter.
Mistriss B... rencontre dans les ruines son ânier de la veille ; elle lui avait fait Tobservation qu'avec sa mauvaise chemise déchirée, qui lui tenait à peine aux épaules, il était un peu cho^ hing, et le garçon avait désiré lui faire voir qu'il possédait de beaux vêtements pour les jours où il ne courait pas dans les broussailles. En effet, il est méconnaissable avec son abbaye bleue en poils de chameau retombant en longs plis sur ses talons, son tarbouch d'Esneh, qui lui surmonte la tête comme une petite mitre brodée > toute blanche et bien propre , son ample melayeh d'Ethiopie qu'il drape gracieusement autour de , son corps. Il nous aborde en vrai gentleman et» comme aujourd'hui il n'est pas à nos ordres, il daigne se promener avec nous ; après avoir fait un peu de conversation pour jouir de l'effet produit par son costume^ il prend congé en donnant à tous , surtout à mistriss B..., de vigoureuses
tlIt^À'K.
poignées de main. Du reste, ce jeune feUah de treize ans a raison de faire des économies les jours de travail, car il nous a appris qu'il était marié et père de famille.
En retournant à Luxor , nous avons franchi de nombreux pylônes écroulés; à chaque pas on voit surgir de terre quelque chef-d'œuvre mutilé ; toute une population de dieux, de sphinx, de colosses habite ces plaines historiques. Dans un seul point, autour d'un bassin creusé en forme de fer à cheval, il y a des centaines de statues de Pascht, la déesse à tête de lionne, symbole du plaisir et de la volupté^ de ce qui dissout et anime, de ce qui épuise et fructifie; ces statues, de grandeur naturelle , taillées dans le granit gris à grain fin et dur, forment à ce lac une bordure féerique.
Avant de quitter ce sol intéressant^ nous visitons les vastes salles du temple de Luxor et nous reprenons notre bateau.
21 décembre.
Dans la matinée nous arrivons à Esneh, qai a la réputation d'être la Capoue de l'Egypte. La ville nous a paru assez insignifiante. Elle est un peu animée par un détachement de bachi-bozouks aux costumes éclatants et variés.
On trouve là le péristyle très-bien conservé d'un temple. Le style des bas-reliefs est lourd et sent un peu la décadence. Les colonnes, au contraire, sont plus minces et plus élancées que de coutume et, pour faire les chapiteaux, on a épuisé toutes les combinaisons des fleurs et des feuilles du lotus, du papirus et du palmier; aussi pas un n'est semblable à l'autre et tous sont fort beaux. Le reste du temple sera déblayé tôt ou tard.
Après avoir repris notre navire, nous arrivons au coucher du soleil à Edfou, dont nous apercevons depuis longtemps le pylône énorme qui se dresse dans la plaine.
EDPOU. 20â
22 décembre.
Nous allons de bonne heure contempler le superbe temple d'Edfou, en admirer les détails remarquables et l'ensemble imposant.
C'est, jusqu'à présent, le monument le plus complet que nous ayons vu. Edifié parlesPtolémées, il a toute l'ampleur des constructions des anciennes dynasties et a, de plus, une certaine grâce qui indique une influence grecque.
Il a été entièrement déblayé depuis quelque temps ; c'est le premier temple dont nous pouvons voir le plan complet et l'aspect que l'architecte a voulu donner.
On y entre par ce gigantesque pylône que l'on aperçoit de si loin et qui se compose de deux fortes tours, à forme pyramidale, réunies par un portail très-élevé ; il ne nionte pourtant qu'aux deux tiers des tours. Sur la façade de ce pylône on a sculpté , de grandeur colossale, les représentations d'Horus , le dieu de lumière, qui a daigné se faire homme, et de sa mère, Athor, la vierge immaculée qui se confond souvent avec
JH)4 CROQUIS ÉGYPTIENS.
Isis. Des roiSy hauts comme des maisons, tenant par les cheveux des liasses de prisonniers yaineus, les offrent à ces divinités. A droite et à gauche du portail, se trouvent les débris de deux colosses en forme d'épervier mitre, oiseau symbolique d'Horus. On voit encore à l'intérieur de la porte le système de plaques tournantes qui servait à faire ouvrir et fermer les lourds battants de bronze qui ornaient Feutrée du temple.
Ce pylône majestueux donne accès dans une vaste cour ornée tout autour de hauts portique j à colonnes. Puis se présente un péristyle aux piliers énormes, dont les chapiteaux sont d'une richesse et d'une variété admirables. De là on passe dans un majestueux vestibule qui communique avec un grand nombre de salles latérales et mène à un hypostyle orné comme le péristyle de colonnes superbes. Une salle élevée sert de pronaos, et enfin on arrive au sanctuaire ou naos ; ses murs sont inclinés extérieurement et il est isolé, au moyen d'un couloir, de toutes les salles qui l'entourent. Sur la droite est une petite chapelle très-ornementée qu'on retrouve à la même place dans tous les temples, et qui devait contenir les objets sacrés les plus précieux.
Tout est couvert de sculptures peintes, et l'en-