‹ Croquis égyptiensChapitre 35 sur 64 · OMBOS · texte numérisé non relu

OMBOS

Une heure après, notre steam-boat s'arrêtait devant une montagne de sable qui s'avance sur le fleuve ; elle est dominée par quelques maisons ruinées, bâties en briques crues. Nous gravissons cette élévation qui se termine par une sorte de cratère ouvert du côté du fleuve ; au centre du creux se présente la splendide ruine du temple d'Ombos.

L'édifice se compose de deux temples juxtaposés, l'un dédié à la trinité de Sebek, le dieu à la tête de crocodile, l'autre à la trinité d'Harouès, le dieu du Sud. Un pylône précédait ce monument, mais le Nil, qui empiète toujours sur cet antique territoire et qui, de concert avec les sables du désert, l'anéantira tout à fait, le Nil, dis-je, a fait crouler la moitié du pylône; l'autre partie se dresse à pic sur le fleuve comme un monolithe titanesque.

Le site d'Ombos est un des plus m^ijestueux que je connaisse ; pendant que notre bateau nous en éloigne de toute la vitesse de sa machine, nous ne pouvons nous lasser de confempler cette riche colonnade posée sur le front de la montagne comme un diadème. Le soleil couchant lui donne des tons dorés dont l'effet est magique.

33 décembre.

A dix heures du matin, nous arrivons à Assouan (Syènedes Romains), dont le paysage rocheux, escarpé et verdoyant nous présente le Nil sous un nouvel aspect. . * Le port, défendu par de pittoresques écueils de granit rose^ offre aux regards un ensemble de maisons en amphithéâtre et de bouquets de sycomores, de palmiers, de doums et de gom~ miers poussant au milieu de rochers tourmentés. Des ruines aux silhouettes imposantes dominent ce site intéressant.

Nous parcourons la ville. On voit que les Euro, péens y sont rares, car devant nous les enfants se sauvent, les femmes se cachent, les hommes font des gestes de mépris ou portent à Tœil le pouce de la main gauche étendue pour se préserver du mauvais regard.

Nous visitons un temple qui n'a de remarquable que sa nouvelle extraction des décombres ; il n'y a pas un mois que Mariette-Bey Ta découvert.

Nous marchandons quelques objets du Soudan et des poteries que Ton fait très-bien ici ; on nous en demande des prix exorbitants. Nous les laissons à leurs heureux propriétaires, bien persuadés que, selon l'usage égyptien, au moment de notre départ on nous accablera de ces objets et qu'on nous les abandonnera pour quelques bakchichs.

L'indigène, qui voit l'antiquaire ou le voyageur payer au poids de l'or de vieux débris ou certains costumes étrangers, en conclut que le voyageur et l'antiquaire sont des imbéciles, et il leur offre avec un grand sérieux des cailloux roulés, de vieilles bretelles ou des bouchons de carafe dont il demande plusieurs guinées.

Nous traversons le Nil pour aller visiter l'Ile d'Eléphantine où il y a une ruine sans importance, une vue splendide sur le fleuve et des îlots nombreux, enfin une population éthiopienne fort curieuse.

Les jeunes filles courent par les chemins, ornées d'un voile qui tient à leurs cheveux nattés en petites tresses et luisants de graisse. C'est là tout leur vêtement, car je ne parle pas des nom-

breux colliers, des bracelets, des boucles d'oreilles et des ceintures formées d'une frange garnie de coquillages; le voile est toujours flottant derrière [elles, ce qui permet d'admirer les détails de ce costume singulier, la couleur de leur peau bronzée et la laideur de leurs formes.

Il y a du reste à Assouan plusieurs races mélangées. Celle du fellah est sans contredit la moins belle ; il n'a plus ici le type des habitants de la basse Egypte, son nez est camard et ses yeux abrutis. Les figures les plus intelligentes sont celles des barbarin^ et de certains nègres. Les barbarins ont le profil énergique et la pose digne, ils sont généralement d'honnêtes gens et alimentent de serviteurs fidèles le Kaire et Alexandrie. Les nègres ont la physionomie ouverte et franche, ce sont de bonnes bêtes de somme aimant la gaîté et l'insouciance. On voit aussi là des personnages à peine vêtus, aux cheveux crépus et longs ; ils viennent de TAbyssinie pour faire un peu de commerce et acheter des alcooliques ; leurs têtes ébourifiiées sont efirayantes et leurs yeux ont quelque chose de fauve qui terrifie.

Les gamins d'ÉIéphantine paraissent avoir grand'peur de nous. Quelques-uns, envoyés par

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