‹ Croquis égyptiensChapitre 37 sur 64 · PHIL · texte numérisé non relu

PHIL

Nous sommes partis de bon matin pour cette excursion splendide. Après nous avoir fait parcourir d'anciens cimetières arabes dont les inscriptions en écritures couphiques rappellent le temps des batailles livrées par les lieutenants de Mahomet, nos ânes nous ont fait traverser une vallée à fond de sable formée à droite et à gauche par des rochers de granit fendillés, morcelés et bizarres. Puis nous avons débouché sur les rives du Nil, dont les eaux rapides roulent entre des blocs escarpés qui se superposent et forment de hautes montagnes grisâtres et sombres.

Au milieu du fleuve il y a des masses d'îles, les unes rocheuses et arides, les autres couvertes de verdure. A chaque pas que l'on fait les plans se modifient, la vue tourne, l'aspect change et l'on croirait que tous ces rochers aux contours aigus et nets sont les portants d'une dé-« coration théâtrale que quelque pouvoir surnaturel fait avancer et reculer, de manière à varier à l'infini les combinaisons des arbres verts, de la pierre brune, de l'eau bleue et des maisons blanches ; de manière à faire des oppositions subites de lumière et d'ombre, de sites sauvages et de paysages riants ; à montrer enfin au voyageur étonné des aspects heurtés, invraisemblables et toujours charmants.

Cheminant le long des rives rapprochées qui se contournent, nous nous trouvons tout d'un coup en face d'une île élevée, surchargée de monuments élégants et grandioses qui blanchissent à travers les palmiers verdoyants. C'est Philse.

Une assez jolie barque poussée par quatre barbar ins jeunes et vigoureux nous porte dans l'tle que nous parcourons enthousiasmés, allant de merveille en merveille. Tantôt c'est un énorme naos qui dans ses flancs sculptés contient un sanctuaire et toutes les salles accessoires ; tantôt c'est un pylône gigantesque et élancé qui dresse dans les airs ses tours majestueuses; d'autrefois ce sont de charmants kiosques, formés de colonnes variées ; suspendus sur les eaux, ils mirent dans le fleuve leurs chapiteaux de fleurs de lotus confondus avec les têtes de palmiers qui les ombragent Là est un petit temple, ici un obélisque, plus loin une double colonnade qui aboutit au Nil par un vaste escalier. Partout se présentent des échappées de vue qui ouvrent sur les rives pittoresques des perspectives ravissantes et, si une voile blanche vient à se détacher sur Tonde limpide et profonde, le tableau est complet.

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