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Vers le milieu du siècle dernier, le service du pilotage à l'entrée du Saint- Laurent n’était pas syndiqué comme nous le trouvons aujourd’hui. Etait pilote.qui voulait bien le devenir et se soumettre pour cela à rude épreuve. Avaiton quelque habitude des choses de la marine, le goût des courses sur mer: il suffisait de s'entendre avec un pilote breveté, branché, comme on disait alors, — et l’on était apprenti-pilote. Il ne restait qu’à accompagner et servir son patron pendant quelques années, à parcourir le fleuve du haut en bas et du bas en haut jusqu’à Québec, à traverser quatre ou cinq fois l'Atlantique en gabier, et, J’hiver, à étudier, à apprendre par cœur, afin de pouvoir les réciter en
anglais sans broncher et sans y rie comprendre, les bearings, ou relèvement hydrographiques du Saint Laurent.
Ce t, entendons-nous bien tou de suite. Ce pilote n'était pas l'officie de marine à qui il incombe à bord di navire, ‘de prendre la hauteur de astres, en déduire la latitude, les angle:
» les azimuts”, Eh! non.— Qu'est-ce que tout cela aurait pu leur faire à nos pilotes, non hauturiers, mais la.
Maneurs, chargés seulement de conduire
brume, et à travers une jonchée d'tles et d’ilots aux abords ins, les bâtiments de haut bord ou de quelque tonnage ? Ne leur suffisait-il pas de connaître ces faits géographiques locaux,
heure, à tel point de la marée, un vaisseau de tel tirant d’eau pouvait risquer de sauter pardessus la batture. de l’Ile-
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aux-Lièvres ou la Pointe de Saint-Valier ?
Le service de l'apprenti auprès de son re entraînait pour lui une autre o tion, parfois très-grave celle-là.
C'était de prendre soin de la chaloupe
chaloupe avec laquelle il s’en allait offrir ses services aux vai ux marchands qui
ient l'entrée du port de Québec.
Ces pilotes allaient individuellement et au premier rendu aborder les vaisseaux soumis à la loi du pilotage, et luttaient entre eux d’adresse et d’audace pour courir sus à la voile en vue.
Ah ! oui, la chaloupe du pilote, elle avait son grand rôle à jouer dans la vie et les succès professionnels de son maître !
Etait-ell: solide, bien arrimée, bonne
? Elle allait relancer le client bien en aval de la station actuelle du pilotage, et jusque dans les eaux de l’Ile d’Anticosti, Et si, le plus souvent, le capitaine du vaisseau à conduire était
mme de bonne composition, et permettait au pilote d’accrocher sa chaloupe à la toue, il arrivait aussi qu’un chien de mer, maître du bord, fatigué du pain de marine ou d’alcools trop riches, ne voulait pas entendre raison et eût envoyé à tous tes diables chaloupe et pilote, si celui-ci n'avait trouvé quelque moyen de $se séparer de son embarcation. C’est alors que la bravoure, l'endurance et les premières notions de l'apprenti sur la navigation trouvaient leur importance dans les bonhes grâces et les intérêts du patron. On partait chacun de son côté, à la grâce de Dieu et du bon vent, pour ‘&agner le port, l’un en côtoyant dans les petites eaux des rivages ei des battures, l’autre en suivant les grands courants du chenal.
La chaloupe du pilote, non pontée, avait tout au plus des coursives le long du plat-bord, et, entre deux mâts volants, üne boîte ani servait de rouf où l’équipage trouvait un abri durant les nuits d’escale, Une litière de paille entre les
maîtresses Varangues, d’épaisses couvertures de laine, quelques ustensiles de cuisine étaient à peu près tout ce qui emménageait ce réduit, où l'on n’entrait guère, du reste, que pour dormir.
Pour voilure, un simple foc, deux brigantines avec une troisième plus petite en artimon, et telle était la chaloupe du pilote. :
Jean Langlois et Charles Roberge, le premier, pilote breveté, l’autre, apprenti de quatrième année, tous deux de l'Ile .
d'Orléans, tous deux dans la vigueur de l’âge, n'ayant Pas encore atteint leur trentième année, après avoir fait la station du Bic, s'étaient laissé drosser, pendant une nuit pleine d'étoiles et par
Au-matin, nulle voile n’apparaissant à Phorizon, ils mirent le Cap sur un flot pour y descendre, s’y reposer à pieds fermes des bercements de la houle, et surtout y faire cuire quelque viande, dans leur marmite incommodément ins-
Ne
tallée d'ordinaire au milieu de la cuvette de l’embarcation. |
C'était un flot tout à fait nu, dépourvu de toute végétation, recouvert l’une épaisse couche de guano, survolé par une nuée d'oiseaux aquatiques de tout plumage. Deux ou trois arpents de chenal seulement le séparaient de la rive nord ; mais dans ce passage s’engageait un courant trèsirapide. :
On jette le grappin à mer basse ; on débarque les ustensiles, et bientôt une flambée de petits bois secs, trouvés tout à point dans les relais, s'élève joyeuse et pétillante entre deux crans. Il y fait bon, et le temps passe en cette matinée pleine de soleil et de senteurs marines.
Mais pendant qu’on réfectionne et qu'on devise, la marée sournoise a monté, à derrièfe cette pointe où l’on ne voit point la chaloupe. Et la chaloupe, dont la touée était trop courte, depuis un quart d’heure a levé tout doucement son grappin qu’elle traîne maintenant dans
em
le courant rapide, comme une cavale
emballée, rênes flottantes au cou.
. Hélas ! cette embarcation qui dérive et s'enfuit, n'est-ce pas leur vie qu’elle emporte impitoyablement au fil de l’eau ?
, Sans abri, bientôt sans feu, sans vivres et sans eau, que deviendront-ils, incapables, l’un et l’au , de nager et de traverser le petit chenal qui les sépare de la rive ?
Ce foyer qu'ils activent, sur lequel ils
tresse, il est trop près de la rive, qui se confond avec l’ilot lui-même, et là-bas, dans le grand chenal, où l’on bouline et l’on chante, se doutera-t-on jamais que
les voiles passent-elles sans s’amener, sans autrement barbeyer que pour- les
virages.
. Et la journée s'écoule dans ces alternatives d’appels et d’espoirs déçus.