‹ Croquis et marines [microforme]Chapitre 49 sur 53 · SR · texte numérisé non relu

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La nuit peut-être, la flambée sera plus apparente, plus insolite aussi : on viendra peut-être, conduit par la bonne Providence des naufragés ardemment invoquée!

Mais, non! la nuit a passé sous lé scintillement froid des étoiles, sans autre bruit sur les eaux que celui des ébats du Pourceau de mer ou la rumeur dolente du flot et du jusant accoutumés. rs,

Ab ! elle fut bien triste la réfection que les deux marins s'étaient pourtant promise si joyeuse ! Leur pot-au-feu, il a fallu dès le premier jour le rationner:.

Puis, les jours et les nuits se sont déjà succédé plusieurs fois sans apporter d'autre changement à leur misère qu’un dénument final. Plus rien à manger, plus rien à boire dans le creux des rochers où s’est épuisée la réserve d’eau douce tombée du ciel. Le ‘varech dont ils se chargent l'estomac, il brûle maintenant la gorge ; le guano que l’horrible faim leur a mis dans la bouche, il répugne à tout leur être et leur laisse au cœur des nausées mortelles.

TROP COURT DE TOUÉE 197 a — À la cinquième aurore pourtant, Sainte \nne, la bonne patronne des marins en Périls, qu’ils avaient particulièrement in- Voquée depuis la veille, dans des prières et des vœux ardents, fit luire à leurs yeux Un rayon d'espérance. Sur le rivage, Un tronc de bouleau était venu atterrir tla nuit. De s’en saisir, le morceler en trois billes à grands coups de hache, en faire un radeau, leur valut déjà un regain de vie. Ils allaient traverser cette Passe qui les retenait captifs. Ils étaient sauvés !

Mais, non ! Pas encore ! Ce radeau ne flottait que pour un seul d’entre eux...

Il fallait se séparer... Pour l’un, c'était

Jean Langlois et Charles Roberge s’aimaient comme deux frères. Dans cette aventure, le péril commun leur avait encore mis au cœur des attaches plus infrangibles ; mais l'épuisement, la torture de la faim, de la soif, la passion de vivre, allaient-ils, en cet instant suprême, en ce macabre isolement, sous l'œil seul

—… — Se

mo de Dieu et les protestations de leur âme, étouffer chez l’un et l’autre la généreuse inspiration de l'amitié ? | —Tirons à la courte paille, dit Jean, et celui de nous deux qui gagnera, partira.

Et Jean lui-même fut le favorisé du sort..,, Puis, il était le plus faible des deux...

Charles, Roberge, plus robuste, plus grand, s’aperçut avec horreur qu’il surgissait de ses veines encore remplies d’un Sang trop chaud, de son cœur navré au souvenir des siens, du fond de sa conscience momentanément enténébrée,

lageur, Un compromis criminel, une pensée diabolique qui tendait à le jeter sur son maître et son ami, à porter ses mains nerveuses à cette gorge, râlant déjà la mort, et d’une énergique étreinte lui ravir le droit acquis par le sort de s’en aller seul!

Non ! pourtant, non! Il ne voudra jamais cela. Il ne veut plus même re-

TROP COURT Ds TOUÉS 199 :

sa force :— —“ Jean ! pour l'amour de Dieu, vat-en ! Ne me regarde pas ; oui, va-t-en au

plus vite, que je ne sais pas ce qu’il :

Pourrait arriver: mais ne m'oublie pas loi, Jean ! | Là Jean Langlois traversa le petit chenal Sans encombre. Sur la terre ferme, il s’orienta pour Pouvoir atteindre au plus vite quelque habitation qu’il ne devait ver éanmoins qu’à des milles et

humain :

angeant de toutes les baies et de tous les petits fruits qu’il trouvait sous sa

interrompirent sa course pendant quel-

ques heures, au Cours desquelles affuè-

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