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200 CROQUIS ET MARINES Rp nes nu nsssein rent à son esprit, plus vives et plus lancinantes, des inquiétudes mélées de ‘regrets sur le sort de son compagnon abandonné. :
Le lendemain matin, il se remit en route et rencontra par bonheur un sauvage qui lui donna un morceau de pain, en selsissant traduire et expliquer, par des gestes autant que'par des cris expressifs, qu'il y avait sur un flot un être humain eh agonie! Le coureur des bois et des grèves se montra généreux. Il conduisit Jeun
Langlois à la cache de s5n canot d’é.
corce, et bientôt sous ses vigoureux coups d’aviron, l’tlot de m<lheur fut rallié.
Rien n’y accusait plus la présence de
Charles Roberge. La légère pirogue fit
rapidement le tour des crans. Rien nulle part! Il fallait voir de plus près.
Mettant pied à terre, d’une voix -angoissée, le pilote appela :—“ Charles ! où es-tu ? ” 0
À cet appel d’une voix humaine, comme d’une fosse au linceul de goémon, creusée
F5 LSFFS pe ÉTÉ
MO COUT 2e rouÉn 201 mm dans le rocher, un spectre se dressa de
toute sa taille pour retomber tout aussi-
tôt inerte et sans voix. Mais il n’était encore qu'évanoui. De s'être entendu appeler l'avait arrêté de mourir !
Les soins de l'amitié fidèle et le moyen de salut maintenant assuré complétèrent le sauvetage obtenu de la Providence par la patronne des naufragés,
Var A = 22 ENT e CEE 3 #.. 54%, pe. (c. 1 "Cr (14 NC IC 7) PS ON EN Ke Lee:
L'ÉPAVE AUX ÊTRENNES
le Saint Laurent,un brick venant des Antilles fut jeté, la nuit, par une forte bourrasque, sur la batture de Saint-Valier. Dans ce voyage tardif le bâtiment, qui devait hiverner à Québec, apportait une lourde cargaison de sucreries et de fruits tropicaux. Vu la saison trop avancée et les froids trop subits qui couvrirent promptement les eaux du fleuve d’une glace épaisse, il fut impossible de renflouer l'épave, dont les propriétaires, refaits de leur perte par les compagnies d'assurance, se désintéressèrent. Les assureurs eux-mêmes n’ayant pas jugé pratique d’en faire un dé-
t très-complet, il resta bien des choses suceulentes dans cette cale que les
Ve
204 CROQUIS ET MARINES A ——————— — glaces et les neiges eurent bientôt fait d’enserrer de tous côtés.
Dire que le délaissement ainsi opéré par les armateurs et les assureurs devait prêcher aux habitants de la rive le mépris des fri , serait représenter À contre sens ce que nous en savons et pouvez vous-même imaginer.
Pour célébrer des anniversaires, multiplier les fêtes à la tire, faire la noce à tout propos, on n'avait qu’à aller se ravi-
dans les soutes encore richement approvisionnées du brick. On allait au raisin, aux amandes, aux noix des îles, à la cassonade, sur les glaces bouleversées et à la bise glaciale, par groupes joyeux, comme en juillet, sous l’ardeur du soleil, ‘à la cueillette des fraises dans les prés fleuris. |
Aussi, à la fin de décembre, était-ce bombance presque continuelle dans un bon nombre de maisonnettes du bord-del’eau. On s’invitait les uns les autres alternativement à ces agapes innaccoutumées, autour même de pauvres tables
sur lesquelles plus d’une fois avaient passé les maigres services de la misère.
Î1 n’y avait pas à craindre les surprises et les dépourvus, puisque les excursions d’approvisionnement au bâtiment naufragé se faisaient en plein jour, au vu et au su de tout le monde ; et, à une journée près, il était toujours facile de prévoir la date ainsi que le lieu de la fête prochaine.
Le petit Phili e, enfant d’une pauvre famille qui habitait une masure dénuée de tout, à l'extrémité du village, aurait pu faire le décompte et de ces excursions et des excursionnistes. Il leur fallait passer devant cette pauvreté avant de s'engager sur la batture, où le sentier serpentait capricieusement pour . éviter ici une ornière dangereuse, à la soudure, par exemple, à un tumulus de glace trop haut et trop pressé,
Dans son expérience des choses du fleuve, durant les huit années seulement qu’il avait passées sur cette grève et dans cette vie, il ne manqua pas d’être fort intrigué, quand il vit tout un groupe
nt ‘
se :
206 CROQUIS ET MARINES om d’excursionnistes gagner la première fois ces parages, à cette date, ordinairement peu fréquentés, Il les suivit longtemps du , Ces joyeuses gens, et ce n’est qu’après les avoir perdus de vue au tournant de la pointe de rocher masquant l'épave, qu’i les abandonna dans le monde inconnu de sa géographie, pour les suivre encore longtemps ‘dans le. monde irréel de ses rêves. Mais le grand intérêt qu’il leur avait jusque-là gratuitement porté devait bien autrement s’aviver, lorsque, sur les quatre heures de relevée, il vit le groupe atterrir derrière la maisonnette, et dans l’exubérance d’une gaieté comme d’une générosité inouie, se plaire à lui remplir les mains de friandises dont il n’avait pu encore soupçonner l'existence.
. Et presque chaque jour ensuite les mêmes.
choses se renouvelant, il en était venu à se démander quel Fays de cocagne pouvait bien cacher cette pointe de terre et de rochers glacés qui s’'avançait là-bas, au nord-est, d’où l’on revenait si riche et si généreux.
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. L'ÉPAVE AUX ÉTRENNRS 907 mit On parlait, comme ça, dans la maisonnée, non sans quelque dépit, de coureurs de grève et de pilleurs d’épave, avec certaines moues d'autant plus dédaigneuses ou jalouses qu'on ne pouvait ou qu’on n’osait s’y aventurer soi-même ; mais cela ne faisait que jeter un voile encore plus mystérieux sur cette plage de délices.
On avait aussi parlé devant lui d'un paradis terrestre ! N'était-ce pas celui du Petit Jésus qui, depuis bientôt huit jours, lui tendait les bras ouverts dans sa belle crèche illuminée à l’église ; du Petit Jésus qui, disait-on, se plaisait à surprendre de ses munificences, durant la nuit de Noël, le sommeil des enfants riches et sages ? N’aurait-il pas établi là quelque réserve qu’on
t ainsi piller à son insu ?
Quel mystère à élucider pour Fifi dont la maman trop besogneuse n’a pas eu le temps ou le souci de lui en rien apprendre! C'était déjà agréable pour lui
- Cependant de se tenir à l'affût des pas-
sants, et, sans leur rien demander, d’en recevoir, comme un péage, de si bonnes choses ! Mais il y avait petit frère et petite sœur, qui partageaient chaque fois son avoir, et que Petit Jésus oubliait toujours comme lui du reste. |
Ah ! si, avec quelques années de plus, une capote épaisse, des chaussures plus . chaudes, il avait pu aussi lui partir sur la glace, parcourir ce sentier dont il voit le sillon se dérouler et contourner la pointe du paradis, comme il eût gaiment tenté l'aventure, pour apporter à petit frère et petite sœur, non plus leurs parts d’une aumône, mais quelque chose comme une richesse légitimement acquise par . son dévouement, sa bravoure, son endurance et ses peines !
—“Viens avec nous, Füi, lui crièrent, la veille du premier de l’an, cinq ou six gamins qui, paniers aux mains, sacs de classe au dos, s’en venaient prendre le sentier de la batture. .
—“Viens au bâtiment naufragé! ”
.… L'occasion était trop bonne, la tentation trop grande ! L'idée généreuse d’acquérir par lui-même des étrennes pour les siens l’emporta sur toute réserve et sur toute prudence ; il suivit s ‘#compagnons. .
Le soleil commençait à peine sa descente du zénith ; l'après-midi, par ce temps relativement doux, leur offrait une excursion plaisante et facile. Ce fut un enchantement pour Fifi de les suivre à la file indienne. Ils n’en finissaient pas de lui promettre merveilles, sous la direction d’un Jason de douze ans, qui connaissait la toison d’or, pour en avoir deux fois déjà couru l'aventure.
Il est bien loin cependant le cap mystérieux qui grandissait toujours sous l’œil avide des expéditionnaires ; elle est bien
fatigante, cette marche irrégulière, acci-
dentée, à tout moment rompue ! Toutefois, tant de petits pas rapides et multipliés les amènent enfin à l'extrémité de cette pointe où l’on aperçoit, à la bande sur tribord, l’étrave enfouie dans la glace, les roufs et la mâture enneigés, le
à bâtiment à la fois lamentable et enchanté!
En faire prestement l’abordage, non pas la hache au poing et le couteau aux dents, à la façon d’un Surcouf, mais paniers au bras et fringale au palais, ne fut pas encore la partie la plus difficile ; ce fût plutôt d’effectuer un choix judicieux, raisonnable et décisif de toutes les bonnes choses entre mille qu’il faudrait tout de même laisser là. Du gaillard d'avant au gaillard d’arrière, du faux pont à la cale, tous les compartiments furent scrupuleusement visités grâce aux nombreuses effractions qui en avaient déjà ouvert les voies.
Puis enfin, chargés d’un précieux butin, les fibustiers songent à une prudente retraite. Le soleil est déjà tombé dans un épais nuage gris tout près de l’horizon .
]\ vent s'élève, le vent des îles, qui chasse devant lui une trombe de neige et gémit en passant dans les enfléchures.
—“A térre, les enfants ! le temps se grimone’”, commanda le guide enjoué.
L'ÉPAVE AUX ÉTRENNES 211 —————————__—__ Mais comment descendre, maintenant ?
marée a monté, la glace de même, et en retraîtant de quelques pieds, celle-ci a laissé le brick de toutes parts entouré d'eau. Il faut attendre le baissant : or dans une hewc ou deux, ce sera la brunante. :
L’inquiétude monte à l'esprit des puimes qui, après avoir interrogé leur for intérieur pour y découvrir la cause provocatrice d’un pareil châtiment, en sont venus à s’interpeller ouvertement et sans respect humain : “Cout’donc, — c’était pas voler, hein !”’
Non, ce n’était pas voler, assure le guide, puisqu'il y en a tant d’autres, sans le compter ou en le comptant, qui y sont venus Sans malchance. Et la preuve que ce n’était pas voler, c’est qu’il trouve le moyen de partir tout de suite, sans attendre le baissant. On passera par les :
martingales du grand foc, sans trop regarder l’eau, la main appuyée sur le beaupré, au bout duquel ce ne sera qu’un jeu de sauter dans la neige.
L'idée était bonne ; l’exécution en fut néanmoins pénible, pour plusieurs ; très pénible pour Fifi, apeuré, transi, dont le sauvetage fut, hélas ! beaucoup trop longtemps retardé, par ses hésitations, ses larmes, ses regrets poignants, pendant que la morsure du froid s’acharnait de plus en plûs cruellement sur ses pauvres membres fluets trop peu vêtus.
—“Viens vite, Fifi, la poudrerie augmente ; on va arriver à la noirceur.”’
La noirceur, pour Fifi, elle est déjà là, tout au fond de son âme d’enfant découragé, qui, en prenant pied sur la batture, pour avoir été pendant trop longtemps exposé, timide et indécis, au grand vent de neige, sur le devant et dans les agrès du brick, sentit, à la raideur douloureuse de ses jambes, qu'il lui serait presque impossible de marcher. De secourables . compagnons veulent en vain le soutenir ; au bout du cap, la bourrasque devient trop rageuse et trop glacée, la panique les entraîne dans une course folle, Elle dit
nent
à leur irréflexion encore plus qu’à leur égoïsme de ne pas périr avec le petit
* Pauvre, qui est tombé et ne veut plus
se lever.
—“"Attends, Fifi, ils vont venir te chercher ! ”
Il a attendu, le pauvre petit martyr, mais il n’a vu rien venir, rien que l’ouragan de neige homicide, danser, macabre, autour de lui et finalement l’ensevelir vivant en son épais linceul. Il fait trop noir, maintenant, c’est fini ; on ne viendra jamais ! Il n’y voit plus rien de ses yeux où les larmes sont congelées : il n'entend plus rien que le hurlement méchant de la tempête, la respiration haletante de sa poitrine. Il ne comprend rien peut-être, qu’un regret ineffable d'êtres et de choses qu’il ne doit plus revoir ; des parents en pleurs, une demeure lointaine ! sauf le Petit Jésus, qui l’attend sans doute dans son vrai Paradis de délices !
Le lendemain, dans toutes les demeures | du bord de l’eau, les bonnes gens conviés
LA ne
men à l’allégresse ne pouvaient s'empêcher de rappeler souvent dans leurs conversations la scène navrante que tous s'étaient empressés d’honorer de leurs sympathies :
la pitoyable maison pauvre, près de la batture, où le cadavre d’un enfant dégelait lentement dans ses quatre planches de bois brut. |
“La bise geint, la porte bat, Un ange emporte sa capture.
Noel, sur la pauvre toiture, Comme un De Profundis, s’abat !
Couverture ; Il eut si froid sur son grabat !”’
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