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jardin public, mille plaisirs, roille divertissements y sout reunis : la c'est un theatre ea plein air sous de superbes ombrages ; plus loin un concert, ailleurs un cafe, une restauration, comnio on I'appelle en Danemark ; de capricieuses allecs sprpentent au travers dos pelouses et des massifs de fleurs ; en un mot, vous trouvez la tout ce qu'il fautpour passer agreablement votre temps. Lo jour a disparu, et la nuit, calme et etoilee , le remplace ddja depuis longtemps lorsque nous regagnons notre hotel.
in Aout.
Nous retournons encore au Musoe des « Aiitiquites du Nord » et faisons une derniere promenade dans la villc. Dans ces rues, aux maisons au style flamand , regne la vie et Ic mouvement d'une grande capitale.
Nous prenons apres dejeuner le train pour Korsor. La vapeur nous emporte et nous fait traverser cette belle et immense ile de Seeland.
Nous sommes bientot a Roskilde. Son antique cathedrale, fondee en 980, est le Riddarholmen du Danemark, et renferme les tombeaux de ses rois. Deux sepultures y attirent I'attention : co sont celles de Marguerite et surtout celle de Christian IV. Ce prince fut le plus grand homme de la dynastie d'Oldenbourg, qui arriva au trone avec Christian ?■■, en 1448.
De Roskilde a Soro, la Seeland nous offre tour a, tour de vastes jjlaines, des prairies, des champs admirablement cultives, des forets ; peu de villages, car les demeures des paysaus sont dissemiu6es sur les proprietes. Ailleurs ce sont des lacs aux eaux limpides et dans les 6chappees des bois un clocher, un chateau detachent sur le ciel leur silhouette elegante.
Soro et son lac pittoresque sont deja derriere nous , et bient6t nous arrivons a Korsor.
De la gare au bateau-poste de Kiel, il n'y a qu'un pas ; nous nous embarquons, et nous voila partis pour I'Allemagne. Les passagers sont nombreux, les cabines presque toutes prises, et avant que nous ayions pu reussir a trouver un coin pour passer les neuf ou dix heures de traversee, nous voguions deja dans les eaux du Grand-Belt.
A liotre droite, les ombres du soir uous laissent deviiier uue ligne noire : c'est la terre de Fionie. Tout en regagnant ma cabine, veritable tiroir de commode, je m'apercois qu'uu formidable chargement de pores , a destination de la Prusse, encombre le gaillard d'avant. Ces enrages quadrupedes fontun vaoarme epouvantable, une musique infernale, qui n'a pas Fair d'iuquieter le moins du monde nos compagnons de route. — Plus habitues que nous, sans doute, a ce genre de passagers, ilsdorment tranquillement dans leurs tiroirs. — C'est en vain que nous appelons Morphee a notre sccours, peine perdue : I'odeur, le bouleversement incessant de I'entre-pont ne nous laissent pas former I'ceil. De guerre lasse, nous allons au salon prendre un the ; ce soi-disant the n'est autre chose qu'un legcr dejeuner. Nous passons ensuite le reste de la nuit sur le pent.
Avant I'aube, nous sommes par le travers de I'ile de Langeland et ne tardous pas a entrer daus le golfe de Kiel.
Un magnifique lever de soleil vient heureusement nous dedommager de la nuit blanche que nous vcnons de passer. Les rivages du Holstein nous apparaissent tout baignes de lumieres, et nous avancons rapidement dans la vaste et profonde 6chancrure qui sert de port a Kiel.
L'aspact du paysage est triste et nu ; seuls de grands hois de pins descendent jusque dans la mer, etnous distinguons des masses d'ouvriers qui encombrent les immenses chantiers de la marine militaire allemando.
Quant a la ville elle-meme, je ne sais trop qu'en dire : elle m'a paru aussi triste que le pays ; tout semble s'y 6tre concentr6 dans les chantiers et ateliers de I'Etat. Du reste, veritables oiseaux de passage, nous passons du steamer a la gare, et filons a toute vapeur sur Hambourg, ou nous arrivons dans la matinee par un soleil splendide.
20 Aofli.
L'ancienne ville hans^atique, maintenant riche, populeuse et cOmmergante, ne fut a I'origine qu'un miserable comptoir de tranquants, et Charlemagne dut faire construire un chateau-fort pour les proteger contre les incursions des Normands ct des Esclavons.
La ville est traversee par I'Alster, gui y forme deux magnifiques lacs. Des rues 6troites et tor entueuses', des canaux fangeux, encaisses dans leurs murs noirs, sont le partage du vieuX quartier : on dirait une yieille cite flamande. C'est dans cctte partie de cette petite capitale allemandc que nous allons visiter le Mus6e Godefroy, veritable eutassement d'objets d'histoire naturelle. Dans ce fouillis apparent do reptiles et d'oiseaux empaiiles, de squelettes, de quadrupedes et de poissons, de coquilles fluviatiles ou marines, de mineraux, do roclies, de nids et d'oeufs d'oiseaux , d'armes des peuplades sauvages de I'Oceanie, regne un ordre cache. On pourrait dire de cette collection :
« Chez elle un beau dosorclre est un effetde I'art. »
En effet , vous n'avez pas plus tut demande une chose, que I'objet vous est presents.
La Neustadt (nouvclle ville) , au contraire, est une reunion de palais, et sur les bords des lacs de I'Aster les plus ravi.^santes villas, les plus coquets chalets se mirent dausde belles ondes transparentcs; d'autvts cottages se cachent dans les bosquets, s'entourait de belles corbeilles de fleuis. Et dire que ces delicieuses retraites sont habitees par de lymphatiquos Allemands, pour qui la bierc, s^n- doute, vaut bien mieux que le site pittoresque qui' s'otfre inutilement a leurs regards ! II est vrai que ces gros Hambourgeois ne Tentrovoient qu'au travers les nuages de leurs 6normes pipes de porcelaine.
Le Jardin zoologique est un des plus beaux d'Europe. II serait trop long et fastidieux de faire ici renum6ration des animaux de tous genres et de toutes especes : bipedes ou quadrupedes, reptiles ou habitants des airs, qui peuplent les pares, les sorres, les lacs et les volieres. Tout ici est largement compris et execute, et, ■pour doter Hambourg d'une merveille, ses 6diles ont employe un excellent moyen : chaque citoyen est actionnaire ; sans ce titre, il n'a pas le droit d'entrer dans ce pnrc magnifique.
Si les Hambourgeois sont S, bon droit fiers de lour jardin d'acclimatation, ils le sont non moins de leurs so>ibrjttes, qui, seules, pretendent-ils, ont su conserver I'esprit national dans toutc sa
fraicheur et toute sa puret6. Copendant, ces fiUes, jeunes il est vrai, n'ont memo pas la beaute du diable, cette fraicheur de la femme aux premieres etapes de la vie : decolletees, court vetues comme la •laitiero du bon Lafontaine , un nceud de dentelle au soinmet de la tete, elies sont peu attrayantes avoc lours gros bras nus, rougis par le soloil, leurs pieds et leurs mains 6normes. Dans les rues , sur la promeoade de I'Alster, vous les voyez le nez au vent, I'air provocateur et polisson, promener des bebes joufaus et toutenruban63. Si jamais unmot spiritual estsortide leur grande bouche, a coup sur, elles en sout bien innocentes. Pour mon comiite, je les trouve passablement mat6rielles et empatees ; on dirait une sorto d'ebauche de femme, une maquette non encore
dSgrossie.
21 Aout.
Une dcrniere visite a la ville , une cbarmante promenade en gondole avec nos amis sur les bassins de I'Alster, et nous prenons le train pour Amsterdam. Nous traversons rapidcment et de nuit les tristes plaines sablonneuses du Hanovre , coupees de temps a autre par de maigres sapins ; c'est cnsuite sa capitale, puis Mkiden, Osnabruck et Munster, dont le nom. nous rappelle un des chefs-d'oeuvre de Meyerbeer. Nous aporcevons meme sous les rayons argentes de la lune la sombre silhouette de sa gothique cathedrale.
Nous quittons la Westphalie , et nous entrons bientct dans cette Prusse-Rhenane tant vantee.
Au point du jour, le 21 aoCit, laissant le Rhin a notre gauche, nouspassons a Vesel. Comme un dernier adieu k i'AUemagne,. nous voynns sortir de sous terre de la vaste citudelle, une fourmiliore humaino aox casques pointus; ils sont bien six mdle hommes ; ils vont faire I'exercice dans les immenses plaines qui entourent le fort.
Deja, nous apparaissent les polders mar^cagcux de la Hollande ; nous croyons en avoir iini avec la Prusse , et nous en sommes tout joyeux. Vain espoir ! nous avions compte sans la douane, et a la frontiere il nous faut de nouveaa passer entre les griffes de grands blonds galonnes, surveill6s par un chef a mine rebarba-
tive. ,\'ayant vieii a demeler avec le fisc , nous soniuios aussi tot libres que le pormet la lenteur germaniquu. Je crois que ces grands Teutons ne sont actifs qu'au maniement des armes.
Nous continuons notre route sur Amsterdam, que nous atteignons bient6t par Arnheim et Utrecht.
A I'hotel des Pays-Bas, oil nous etablissons nos penates temporaires, nous sommes fort bion, il faut le reconnaitre : la proprote hollandaiso y regno en toutes choses dans toute sa scrupuleuse rigucur. Nous avons egalement le plaisir d'entendre parler notre langue ; mais, ici comnie ailleurs, gare au revcrs de la medaille, et nous payons dier I'agrement d'etre compris. La vie est a un prix exhorbitant, ct le florin (2 fr. 43 c.) est I'unite monetaire ; aussi on trouvc tout nature! do nous demander trois florins pour un dejeuner compose d'oeufs sur le plat et d'un bifteck aux pommes. A ce prix, deja fort respectable, ajoutez celui du vin et vous aurez une idee de ce que coutent les repas. Tout ici se cote sur le meme pied, do sorte que notre note se montait au reo-lement a un total formidable pour chacun do nous ; si bien qu'au premier abord, nous preniona les florins pour des francs ; mais la triste realite se decouvre enfin, et il faut s'executcr.
Oette note me remet en memoire I'incident qui nous arriva a un des musees de peinturo La porte etait ouvorte et, sur I'uu des battants, un ecriteau anuonj^aitque I'entree 6tait gratuite ; quand nous voulons sortir, tout est ferme, et nous ne pouvons obtcnir notre liberte qu'au prix d'un florin. Si cette malheureuse piece blanche joue un grand role dans les hotels et musees, d'autres endroits de la ville ont des curiosites qu'il faut pnyer aussi largement. Demaiidez-le plutdt a deux de nos compagons de route, ils pourront vous donner a ce sujet mille details d'un brulant interfit. La HoUando d6cid6ment est le pays des milliounaires ; aussi, amis lecteurs, n'y allez que la bourse largement garnie. Le paysage, du reste, n'est ni beau, ni varie : des canaux boueux, des polders, desmoulins, des moulins, des polders, des canaux; puis des plaines plates, unios, sans un arbro pour reposer sa vuo. '
Au douzieme siecle, lacapitale de la Hollande n'etait qu'un village de pecliours; elle s'accrut rapidoment, ct maintonant sou
coiumerco est tres-irnportant. La ville est coustruito sur pilotis et traverses par un nombre consid6rable de cauaux, aux eaux saumatres et dormaiites, qui la divisent en 90 lies reliocs par plus de 300 ponts-levis. Les maisoiis sent construites dans le genre fiamand, et les rues, quelquofois plantees d'arbrcs, sent traversees par les canaux, eucombres de navires. Tout cela est singulier d'aspect, et le regard, fatigue de cette monotonie,clierche en vain une place ou un carrcfour.
Amsterdam cependant possode quelques monuments remarquables' ainsi la Stadhuis, ou ancienne maison de ville, datant du dix-septieme sieole, merite I'attention du touriste. Mais qu'est cet edifice, ainsi que le Singel et le Poids-Saint-Antoine, aupres du Crippenliaus, ou Museo de peinturo ?
La sont reuuis les plus beaux tableaux de I'Ecole fiamande ct hollandaise. Ici, c'est Rembrandt avec sa Le^on d'anatomie, son chef-d'oeuvre; plus loin, Teniers, Van Ostade, Wouvermans, Gerard Doov et tant d'autres avec leurs scenes populaires ou do vie int&'ieure, et leurs kormes ; Paul Potter avec ses toiles d'animaux; Ruysdael avec ses paysages; Rubens et Van Dick avec leurs tableaux de piete, de mythologie et d'histoire.
II y aurait de quoi faire un volume, si j'enumcrais toutes les merveilles quo nous admirous ; aussi je renonco a en faire une longue et fastidieuse enumeration.
Ce qu'il y a do curieux et do tout particulier , et qui frappe I'oeillc moins artiste, c'est cet agatisme qu'ont revetu cos toiles admirables. Cette patine toute particuliere a deux causes : la fac,on dont les psintres broyaient leurs couleurs et la matuore dont lis en faisaient usage. En effct, les artistes hollandais de cette epoque preparaient eux-memes leurs couleurs et les employaient par glacis et non par epaisseur, de sorte qu'elles se fondaient harmonieusement ensemble et arrivaient a former avec le temps ce que nous voyous maintenaut : co cachet tout special impossible a imiter.
De BOS jours, en voulant produire beaucoup en pen de temps, on sacriBe I'avenir a I'effct du moment. Voyez plut6t le « Radeau de la Mdduse. Si Gericault n'y avait pas employe le liitumc a
^jMf^aBflrf^W/i^ife:^'
profusion, cette belle page de I'Ecole iraucaise ue se serait pas abimee.