‹ Croyance et Suggestion: Le Pythagorisme et Apollonius de TyaneChapitre 11 sur 20 · RS A · texte numérisé non relu

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* Elle aussi était alors en pleine évolution. Elle sentait

confusément l'élan des consciences vers une morale plus haute, faite de vertu, de charité et d'amour, l'aspiration de l'âme à une Providence toute puissante et indéfinissable, celle que les tribus sémites avaient jusqu'alors jalousement gardée au fond de leur cœur, entre leur double désert le ciel et l'Arabie. : }

Et à ce moment, les philosophes étaient en possession «es deux idées qui devaient révolutionner -le. monde, l'unité divine et la résurrection des morts.

Mais la philosophie était faite pour des âmes d'élite et non pour la foule. Avec son ciel désert, son dieu qu'il réduisait à une force immatérielle, avec sa fière doctrine du devoir qui n'admettait comme récompense que l'approbation de la conscience, avec sa dédaigneuse attitude en face du destin auquel il ne demandait rien, et en face du néant qu'il regardait sans trembler, le philosophe, en entrant en lutte avec celui qui ouvrira le ciel qu’avaient fermé Aristote, Epicure et Zénon, le philosophe faisait per avance figure de vaincu.

Ou, s’il voulait vaincre, il ne lui restait, comme suprêm2 chance, que de s’entourer, lui aussi, d’un merveilleux

factice, de faire des miracles, d'accomplir des prodiges

- comme les prêtres de ces dieux qu'il niait, afin d’éveiller

l'émotion nécessaire à l'auto-suggestion des foules. À C'est ce que tentera Apollonius de Tyane.

he mille ro où se e développe ets 'affiruie la person. . alité d’ Apollonius de Tyane fut celui des prètres et. des … philosophes. Un ‘est. pas. indifférent de Tlétudier quelque peu, car il emprunta aux uns et aux. autres certains pro- cédés, certaines manières d’ être, qui l'assimilent tantôt, au prêtre, tantôt au philosophe : bref, il garda de leur

pate. une empreinte indélébile.

--Les prêtres de ce temps, consacrés ‘au service d’un dieu.

ou d'une déesse, formaient un véritable clergé qui ne se - différenciait que par É costume et les rites. Ils sugges- | tionnaient les foules par leur étranges cérémonies, leurs initiations si compliquées qu'Apulée sortit livide des mystères d’Isis et que l’on refusa à Apollonius l'initiation - a ceux d'Eleusis, | | Tout leur-était bon pour provoquer l'émotion : les scènes sanglantes tels les Galles de Cybèle qui s'émascu- Jaient devant le peuple, les scènes scandaleuses, tels Les ‘mystères de Ja déesse syrienne dont Apulée nous a laissé

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l'obscène descriptionY Is frappaient l'imagination par

leur genre ‘de vie. L'Eg gypte avait déjà, des cloîtres où

‘s'enfermäient les serviteurs de Sérapis, la vie érémitique avait commencé dans les vallées du Nil et du Jourdain. Les Esséniens, qui mettaient tout en commun et prate quäient une rigoureuse abstinence, interdisaient ‘aux femmes l'approche des communautés qu'ils avaient établies sur les bords de la mer Morte et où ils opéraient des

guérisons miraculeuses. Philon d'Alexandrie nous décrit

la vie édifiante des Thérapeutes qui étaient non seule-

ment les médecins des corps, mais aussi les médecins des âmes. |

Comme les prètres faisaient un peu partout figure de thaumaturges, beaucoup de gens se disaient prêtrés qui n'étaient que des magiciens. Ils risquaient gros, car contre eux, la loi était atroce. Elle condamnait au feu ceux qui pratiquaient la mjagie, aux bêtes ceux qui l’étudiaient. Mais tout le monde, païens, chrétiens et juifs, croyaient en eux, jusques et y compris les gouverneurs de province et les empereurs. Aussi lessprodiges, les miracles étaient-ils nombreux. Pline, l'ancien, qui ne croit pas à Dieu, à peine à la vertu, les accepte avec une imperturbable gravité. ‘

Mais c’est dans les temples d'Esculape, où fréquenta

surtout Apollonius, que les pratiques de suggestion pro-

voquée étaient portées à leur comble, L'on commençait par de longues cérémonies préparatoires. Le malade, le plus souvent un possédé, jeûnait plusieurs jours, se livrait à de multip'es purifications et sacrifices. Puis il absorbait

des remèdes étranges, passait une nuit au milieu des ser-

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