‹ Croyance et Suggestion: Le Pythagorisme et Apollonius de TyaneChapitre 13 sur 20 · PAPA · texte numérisé non relu

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à | Philostrate nous conte que quelque Le ae :la . Sr k “ naissance d Apollonius, 1e dieu d’ Egypte Protée apparut Pen songe à sa mère et lui annonça qu ele mettrait biens a tôt au monde sa nouvelle incarnation. De fait, cet hom- 5 me prodigieux. fut un véritable Protée. Se z Ar à Au physique, il était. d’une beauté ‘étrange, i? presque |

br

surhumaine. Grand, d’ une maigreur d’ascète, : tgujours ne

vêtu d’une blanche tunique de Jin, il avait les cheveux À d’un blond roux qu ‘il portait longs, séparés en deux ©:

parties comme ceux du Christ, et descendant régulière

ment sur les, épaules. Quand il entraït dans l'amphithéà- ‘5

tre, l’on s'écartait de lui comme d’un fantôme, les hom-

mes avaient peine à supporter la fixité de son regard qui semblait lire au plus profond des âmes, et pourtant, fascinés, ils ne pouvaient malgré eux détacher leurs yeux : de cette pâle apparition. Il suscita dans sa vie les passions | les plus désespérées sans que, perdu dans son rêve, il

leur accorda la moindre attention. Une Hadile du tem-

«pied dé Diane S ‘égorg ea pour ui à à Ephèse avec le couteau

ag ne) ch

dés: sacrifices ; ‘un gouverneur de Cilicic se fit massacr en 1 4

son cœur, vers sa mission spirituelle, et, pour la servir,

elles se transformèr ent en une vague poésie, un charme Le

ï indéfinissable qui se répandaient autour de lui et Lui, ‘at-

tiraient partout des disciples.

- Au point de vue mental, déméêler ce qui forme Je fond

même de sa personnalité n'est pas chose facile. Ainsi que nous Tavons exposé plus baut, nous en chercherons la clef en tâchant d’ éclairer, autant que faire se peut, ses “tendances subconscientes. Deux fils d'Ariane nous guideront dans ce laby rinthe : la psychologie nous fournira l'un, la psychiatrie l’autre.

Apollonius descendait de ces Grecs d’Asie-Mineure qui vivaient depuis longtemps fort nombreux à Tyane et à Césarée de Cappadoce, et l'on trouve chez lui, prédomi-

nante, l'influence de la race.

« Deux occupations, aux yeux des Grecs, distinguaient

l'homme de la brute et le Grec du barbare, le soin des affaires publiques et l'étude de la philosophie » (Taine). Or, à l’époque où nous sommes, les affaires publiques, pour un Grec, n'existaient pour ainsi dire pas : depuis plus d'un siècle la patrie de Périclès était réduite en province romaine.

Mais si les hommes avaient dégénéré, la pensée, elle,

rayonnait toujours sur le monde, le Grec restait par ex-

cellence 6 philosophe-né, et dans la personnalité com-

var les cohortes romaines trois jours après qu'il l'eûtre- : | poussé. La force | même de in auto- -suggestion orienta toutes les forces de son affectivité, Loute la tendresse de

plexe d’Apcllonius, il Rous faut déterminer tout ce qu’elle uut à l'héritage ancestral.

Grec, il fut par son esprit spéculatif, sa/curiosité intellectuelle, la finesse de ses raisonnements, le goût inné qu’il avait pour la philosophie, le tour captieux qu'il savait donner à ses paroles, le sens pratique qu'il avait de la vie, l'acuité que revêtait son analyse psychologique. Il se tire de tous les mauvais pas avec une dextérité infinie, tantôt par un tour de passe-passe, comme ferait un Scapin, tantôt par la sublime insouciance de-la foi, comme ferait un apôtre. Il a le sentiment des nuances, la grâce ‘légère des paroles, l’aisance du discours, l'élégance de la preuve. Tantôt il ergote, comme le dernier des sophistes, tantôt, pour convaincre ses auditeurs, il leur conte une parabole dont le style est si simple, la poésie si fraîche, si pur l'accent et si prenant le charme, que, malgré soi, l’on se prend à songer à celles qui parsèment de leurs fleurs délicates la trame inspirée des Evangiles.

Il fut souple dans sa pensée, souple dans son action, sachant, comme le subtil Ulysse, prendre les honmes et s'en servir avec un art prodigieux, déjouant leurs embüches sans avoir l'air d'y prendre garde, trouvant à chacun le défaut de la cuirasse. Il usait avec un art si délicat de l’apologue et de la dialectique qu’il retenait l’attention des plus indifférents ; il avait un esprit si pénétrant, une sagesse à la fois si fine et si pratique que des empereurs vinrent lui demander conseil pour régner.

L'on conte qu’Apelles, étant venu voir Protogénès, ne voulut pas dire son nom, prit un pinceau et traça sur un

panneau une mince ligne, si légère et si -ténue, qu'elle

| Sn < elle ae pour le faire reconnaître. . Au temps où |

parlait Apollonius, il lui suffisait de faire entendre sa de voix ét les hommes, éperdus d’ admiration, S inclinaient

dans la poussière pour adorer le Maitre. LS UE

que de la race Hellène, car si le Grec avait tout pour par- *

Mais Apollonius n'est pas un représentant caractéristi-

ler à l'esprit, il lui manquait beaucoup pour atteindre

l'âme. Sa religion était toute superficielle et n'avait pas la

grandeur tragique de celle des peuples de l'Orient ou des peuples du Nord. In ‘eut jamais cette inquiétude de

l'âme, cette hantise des sombres problèmes de la vie et. - de la mort, cette terreur de l’éternité qui inclinent les

hommes à la méditation. Pour lui, la vie c'était l’enivrement de jouir de la douce lumière du jour, la mort un voyage inévitable où l’on partait en souriant.

Il n'exerça son intelligence que pour la satisfaction de l'exercer, et, comme il n’aimait pas les recherches vai-

nes, il ne s’attarda jamais aux vérités premières. «O0.

Grecs, D. disait à Solon, un prêtre Egyptien, vous n'êtes que des enfants ! ».

Or, si Apollonius sut charmer l'esprit des hommes, il

sut aussi trouver lé chemin qui menait à leur âme. Car,

sur ce fonds ancestral qui lui fournit les moyens, il gref-

fa une tendance mystique, grâce à laquelle il trouva son but, et que nous retrouvons d’ailleurs chez ses parents qui, trois fois par jour, pendant quinze ans, le plongèrent dans la fontaine Asbamée dont l’eau rendait les parjures hydropiques.

* Pendant toute la durée de sa longue existence, le mys-

de ÉD HRON T.eRe L "A: \ \ ticisme fut, en effet, le trait dominant de sa personna-

lité.

Crut-il jamais à sa propre divinité ? Rien ne peut nous le laïsser supposer, car il subsistait trop en lui du Grec sceptique et souriant qui gar dait toujours sur son esprit assez d’auto-critique pour l'empêcher de s'identifier à son ie) Me | Mais, en tout cas, il crut fermement à sa mission quasidivine, et, s’il se laissa complaisamment adorer, s’il encouragea même par ses façons d’agir la créance en sa di- vinité, il le fit sous l'empire de son auto-suggestion qui trouva chez lui pour se développer un terrain particulièrement propice.

Son mysticisme explique sa curiosité inlassable des religions orientales, l'attrait irrésistible qu'exerca sur lui le problème .de l’origine et de la destinée humaines, soucis, de prime abord, fort étonnants chez un Grece. Il nous explique aussi Le spiritualisme profond qui l'anima sans toutefois parvenir à le faire sortir des formes du paganisme. Car, s’il sut parler à l'âme, s’il trouva dans son esprit mystique cette source de charité et d'amour où s'abreuve notre, mélancolie, il ne trouva pas dans son cœur les éléments d’une religion nouvelle dont il put être le dieu. Il Jui manqua toujours cette faculté créatrice, née de la pure émotion, cette fraîcheur de l'âme, cette pureté d'inspiration, cette imagination jeune et vibrante qui rayonnent autour d'elles un charme profond. Il usa de dialectique et de raisonnements pour prè- . cher ses opinions ; il n’usa pas de l’ardeur de sa foi pour

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se prêcher lui-même ; s’il eut la poésie des paroles il n’eut

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