Voy. Haug, die Gàlhà'sdes Zaralhustra, I, 34, p
MITHRA
possède au loin les campagnes, ô saint! je l’ai créé pour qu’il fût invoqué, adoré à l’égal de moi-même. » Ainsi Mithra est émané d’Ahoura-Mazdé, c’est-à-dire du dieu unique et éternel; il en est la production et l’image. Et comme Dieu se manifeste à nous sous une double face, l’une physique et l’autre morale, Mithra nous présente aussi ces deux aspects. Quoiqu’il soit appelé la lumière qui pénètre tout, qui donne la vie, il ne se confond pas pour cela avec le soleil, la lune, les étoiles, que l’Avesla distingue nettement de lui. L’astre du jour n’est en quelque sorte que le miroir de sa clarté, car pour parler avec le Mihir-Yascht, c’est Mithra qui est le vrai soleil dont les rayons viennent éclairer les montagnes, et son œil vigilant contemple la terre des Aryas. On s’aperçoit que, même dans cette conception physique d’un Mithra médiateur entre Ahoura-Mazdâ et l’homme, il y a encore quelque chose qui n’est pas tout à fait la matière. Mithra est une lumière, comme celle dont nous parle l’évangéliste saint Jean ; elle se confond avec Dieu même et n’a rien de périssable ni de passager. Écoutons plutôt leMihir-Yascht : Ahoura-Mazdâ, le Créateur, a préparé au sommet du Hara (la montagne sainte), cime élevée et éclatante, une demeure à Mithra le vigilant; là, pas de nuit, point de ténèbres, point de vents, soit brûlants, soit glacés, ni la pourriture meurtrière, ni l’ordure d’où naissent les démons, ni les vapeurs ne peuvent s’élever jusque-là. » Mithra est à la fois la lumière passive et active, celle qui illumine les objets et celle qui les voit. De là l’invocation à ce Dieu, sans cesse répétée dans l’Avesta : « O toi y aux dix mille regards l » Ce qui
MITHRA
nous fait reconnaître en lui une personnification de l’omniscience divine et justifie cette épithète : « aux mille oreilles, » et les qualifications à' éveillé, de vigilant, de témoin de nos pensées, de nos paroles et de nos œuvres, qui lui sont plusieurs fois attribuées. Mithra, comme le dit encore le Mihir-Yascht, est l’expression de la vérité, de la justice et de la bonne foi, la personnification de la loi mazdéenne et son défenseur. Cet aspect est la forme morale dont je parlais tout à l’heure ; il nous fait saisir l’union étroite des deux natures, union qui s’observe également chez les divinités du panthéon hellénique. En Perse, comme en Grèce, l’esprit passait aisément du type physique au type moral, par un effet de cette métaphore instinctive qui nous fait prendre, dans le monde sensible, l’image des vertus immatérielles.
Une fois devenu la personnification de la vérité et de la bonne foi, Mithra reçut le caractère de médiateur entre Dieu et l’homme, comme l’appelle l’au-
teur du Traité sur Isis et Osiris '. Il est l’ange qu’Ahoura-Mazdâ envoie pour gouverner les hommes, pour secourir ceux qui l’invoquent, défendre le pauvre et l’opprimé, répandre sur le sol la richesse et la fécondité. Aussi, par une conception analogue à celle qui avait conduit les Hébreux à se figurer l’ange du Seigneur ^ sous les traits d’un guerrier armé du glaive, Mithra est