Xénophon, Cyropédie, VU, v. Cf. Economiq., iv
MITHRA
comparativement moderne qu’il soit, dans sa rédaction, ce livre n’en est pas moins un exposé de la vieille cosmogonie perse. Le philosophe de Chéronée, d’accord avec le Boun-Dehesch, nous représente Ormuzd comme habitant de la lumière éternelle et ayant en lui l’omniscience, tandis qu’Ahriman est l’ignorance par excellence, qui réside dans les ténèbres. Entre eux deux s’étend un vaste espace appelé Vdï, c’est-à-dire l’espace vide', sorte de clair-obscur où la lumière se mêle à l’obscurité. M. Spiegel, en comparant les expressions houzvàresch aux expressions védiques, a reconnu dans Vâï l’air, l’atmosphère. Ce Vâï est le siège de la lumière créée que personnifie Mithra dont le nom trouve là son explication; car il est formé d’un radical impliquant l’idée de mélange et d’intermédiaire, ainsi que le montre M. Spiegel. Et, en effet, Plutarque, d’après Théopompe, appelle Mithra médiateur.
Cette conception achève de nous faire comprendre l’union, en Mithra, de l’idée physique du passage des ténèbres à la lumière, et de l’idée morale de l’union de l’homme avec Dieu par la vérité, la bonne foi et la justice. L’homme, suivant les Perses, ne pouvait atteindre à la lumière incréée; mais il trouvait dans Mithra une lumière plus accessible à son intelligence, un être moins éloigné de sa propre essence. C’est là une conception qui se retrouve dans presque toutes les religions, sous des formes plus ou moins claires ; le maz-
1 . Voy. la traduction du premier chapitre du Boun-Dehesch donnée par M. Spiegel dans le tome XI de la Zeitschrift der deutschen morgenlændischen Gesellschaft, p. 102.
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déisme l’avait dégagée des fables dont elle était ailleurs obscurcie.
Mithra, une fois adoré comme une personne divine, inférieure cependant par sa nature à Ormuzd, reçut un culte, et c’est de ce culte qu’est sortie la religion mithriaque. L’historien Duris, cité par Athénée*, et qui est un peu postérieur à Théopompe parle de fêtes importantes et mystérieuses, célébrées en l’honneur de Mithra. Le jour où l’on sacrifiait à ce dieu, dit-il, il n’y avait que le grand roi qui pût s’enivrer et se livrer aux plaisirs de la danse , interdits au contraire ce môme jour à tous ses sujets. On voit par là quel caractère de sainteté avait le culte du dieu perse. Les textes zends nous apprennent qu’une partie de chaque jour, celle qui est comprise entre l’aurore et le midi , lui avait été consacrée. On lui dédia tout entier le 16 de chaque mois, et le septième mois du vieux calendrier perse portait son nom. La fêle à laquelle Duris fait allusion est celle de Mihragân, qui tombait le 15 du mois de Mithra et durait six jours. Au dire des écrivains orientaux, c’était à ce quantième de l’année que Dieu avait créé la terre, formé les corps pour être la demeure des esprits, et ils rattachent à ce môme anniversaire le triomphe du héros Féridoun sur Zohak. Des écrivains comparativement modernes nous ont conservé la description de quelques circonstances de cette solennité. Le roi se faisait parfumer avec l’huile hân, il se vôtissait d’un manteau magnifique d’étoffe de