IV
MITHKA.
que certains le tiennent pour une puissance particulière. Un Père de l’Église, Julius Fimiicus Maternus, qui a composé, sur les erreurs des religions profanes, un traité rempli de faits curieux, voit dans Mithra une personnification humaine du feu. On s’explique du reste aisément ces confusions, à une époque où le vieux dogme mazdéen était oublié, et où on ne connaissait de la religion de Mithra que les monuments élevés par les Romains en commémoration des mystères qu’ils avaient été puiser dans la Perse. Il est même probable que jusque dans ce pays la notion primitive de la divinité avait fini par s’altérer, car dans la dispute que soutient contre Manès, vers l’an 277, Archélaüs, évêque de Cascar en Mésopotamie, Mithra est complètement identifié avec le soleil. Mais le livre curieux où est exposée cette controverse, livre composé originairement en syriaque, déjà traduit en grec au temps de saint Jérôme, et dont nous possédons une vieille version latine, ne nous fait connaître que ce mazdéisme altéré dont le manichéisme cherchait à tirer une religion nouvelle. Manès, en effet, n’était qu’un réformateur des anciennes croyances perses, qui s’efforçait d’opposer au christianisme des idées dont il n’avait pas l’invention. Ainsi que l’a montré M. Roth, il exagéra l’élément dualiste qui se trouvait en germe dans le mazdéisme, et éleva Ahriman à la hauteur d’Ormuzd. L’ancienne religion perse laissait, au contraire, à ce dernier la victoire finale; son adversaire n’était, comme Satan, qu’un esprit révolté et malfaisant. C’est bien à tort que les chrétiens nous représentent le manichéisme et les sectes gnosliques comme de simples hé-
MITHRA
résies. Ces sectes constituaient réellement des religions distinctes de celle de Jésus, elles étaient entées sur de plus anciennes. Eu fait de religion, rien ne se crée effectivement de toutes pièces, et les croyances, comme tous les phénomènes de la nature, se transforment, se modifient, mais ne s’improvisent pas.
Le prétendu Denys l’Aréopagite ‘ voit dans le Mithra un dieu à triple forme. Cette idée est vraisemblablement astronomique, car elle se lie à la conception des saisons ; elle devait tirer son origine de l’identification du médiateur perse avec le soleil. On voulut même, comme on le voit par saint Jérôme trouver dans le nom de Mithra (MEIGPAIS) un anagramme du nombre 365 , en vertu de cette habitude encore actuellement répandue en Orient, de composer des devises faisant allusion à un événement avec les lettres qui en rappellent la date. Ce chiffre de 365 est celui des jours de l’année, et il nous ramène à l’emploi des noms mystiques qui figurent sur les abraxas d’un usage si fréquent chez les sectes gnostiques. Kopp, dans sou excellente Paléographie^ cite une de ces pierres portant le nom de Mt'ôpaÇ.
Saint Paulin, évéque de Nola, nous a laissé, dans ses vers, une peinture des mystères de Mithra où l’éclat de ce dieu solaire est opposé aux ténèbres de la nuit pendant lesquelles il était adoré®. M. Windischmann a réuni d’autres témoignages qui établissent la confusion, chez les Grecs et les Latins, de l’astre et du dieu, et