‹ Croyances et légendes de l'antiquité, essais de critique appliquée à quelques points d'histoire et de mythologieChapitre 125 sur 278 · Voy. Windisclimann, IfitAra, p · texte numérisé non relu

Voy. Windisclimann, IfitAra, p

3. Ulpien, en définissant le latin specus (Cf. Windischmann, p. 64), dit : locus unde despicitur. Specus, spelunca appartiennent à la tiiémc racine que le latin specio , que le grec oxoiceîv, oxo’mXc;, que le zend çpaç (épier), et le sanscrit paç.

MITURA.

sion du même phénomène. Milhra ravit les bœufs ou les vaches qui sont, pour le chantre arya, l’emblème constant des feux du jour C’est à quoi font allusion ces vers de Stace adressés au soleil et que l’on ne saurait comprendre sans la connaissance du mythe mazdéen ;

AJsis, O memor liospitiis, Junoniaque arva Dcxipr amas, seu te roseum Titana vocari Genlis Achæmeniœ rUu, seu prœstet Osirin Frugiferum, seu Perse! sub rupibus aniri Indignala sequi torqucntem coriuia Hilhram.

Tliebaid., I, 716 et suiv.

Commodien nous trace un tableau analogue et rapproche le mythe perse de la fable romaine :

Verlebalque bovcs aliènes semper in aniris Sicut et Cacus Vulcani filius ille *.

Les chrétiens s’indignaient de ces récits symboliques, naïve expression du naturalisme des premiers âges, dont ils ne saisissaient que le côté matériel et le sens littéral ; et choqués d’une crudité qui contrastait avec la pureté de leur morale, ils les anathématisaient comme des inventions impies. Le mythe leur faisait prendre Mithra pour un dieu voleur, conception indigne de la sainteté de l’idée divine Gomme l’allégorie morale tendait de plus en plus, dans les spécula-

1 . Voy. cependant à ce sujet la note de M. Michel Bréal, dans la Zeitschriji für die vergleichende Sprach/orschung (1861), où il montre l’identité de Cacus et du vent Kouii'a;.

2. Voy. ce que dit Poridiyre gur l’Antre de la Nymphe, c, 18.

3. Voy. J. Firmicus Maternas, De error. profan. relig,, c. 5.

MITHRA

lions religieuses de leur temps, à se substituer à l’allégorie physique, il leur répugnait de faire servir la personnification des phénomènes naturels à composer des légendes divines. Ils ne comprenaient même pas qu’il en pût être ainsi. De là l’incapacité radicale des premiers chrétiens à concevoir le polythéisme antique ; leur partialité pour un évhémérisme superficiel qui prétendait expliquer toute la mythologie par l'histoire d’hommes qu’on aurait pris pour des dieux.

La doctrine des mystères mithriaques était toute pénét rée de cet antique symbolisme physico - moral ; mais, au lieu de tendre à un anthropomorphisme qui effaçait graduellement toute trace des personnifications des objets de la nature, ainsi que cela était arrivé pour le polythéisme hellénique, elle reposait sur un symbolisme purement astronomique qui se prêtait du reste beaucoup mieux aux conceptions spiritualistes. Cette théologie astronomique fait le fond des mystères de Mithra, et l'enlèvement des taureaux, rappelé tout à l’heure, s’y retrouve quelque peu modifié et gardant encore son caractère sabéiste, malgré la forme anthropomorphique qu’il affecte. Déjà, comme le remarque judicieusement un jeune et savant orientaliste, M. Michel Bréal, les mythes astronomiques ont pris dans l’Avesta un caractère de réalité terrestre qui a donné le change à bien des érudits*. Toutefois, ainsi que cela s’était produit pour les mystères de la Grèce, pour

1 . Voy. la diggertatlon de ce savant, intitulée : De la géographie de V Avesta, fragments de critique zende, dans le Journal asiatique, 1862, t. XIX, p. 497.

HITHRA.

ceux d’Élcusis en particulier', des idées étrangères à la conception primitive, empruntées d'autres théogonies, s’y introduisirent. Le syncrétisme y lit pénétrer des idées égyptiennes, syriennes, phrygiennes, etc.

J’ai dit plus haut que c’est vers l’an 68 avant J.-G. que les mystères de Mithra commencèrent à être connus du monde gréco-latin ; ils y obtinrent un prodigieux succès, et comptèrent des milliers d’adeptes. Le polythéisme antique cherchait alors à réchauffer ses membres glacés au foyer encore ardent des croyances orientales. Mithra était adoré non-seulement dans la Perse, mais en Arménie, en Gappadoce, où se faisait déjà sentir puissamment l’influence romaine. Le roi Tiridates, arrivé à Rome pour se faire couronner, disait à Néron qu’il était venu l’implorer comme un autre Mithra'^. Pendant plus de deux siècles, c’était à qui irait faire des dévotions au dieu perse, objet des railleries de Lucien®. Etau temps d’Hadrien, son culte était si populaire qu’un écrivain grec, Pallas, en composa, à ce sujet, un traité spécial que Porphyre nous fait connaître *. J’ai déjà parlé du grand nombre des monuments mithriaques, bas-reliefs ou inscriptions, qui ont été découverts et qu’ont recueillis nos musées.

Tout en conservant son caractère exotique, Mithra avait pris place dans le panthéon gréco-latin, ou pour mieux dire, dans ce panthéon cosmopolite devenu la re-

1. y aj. mon Histoire des religions de la Grice antique, t. II, p. 303 et 8uiv.

?. Dion Cassius, lxiii, 5.

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