‹ Croyances et légendes de l'antiquité, essais de critique appliquée à quelques points d'histoire et de mythologieChapitre 126 sur 278 · De l’abstinence, iv · texte numérisé non relu

De l’abstinence, iv

MITHRA

ligionde rerapire,aux derniers siècles du paganisme. Il est fait sans cesse allusion à son culte, chez les auteurs de cette époque, comme à une chose universellement connue. Ce culte, dont les initiations mystérieuses frappaient vivement les imaginations, était pour les chrétiens un objet d'horreur ; ils l’accusaient de recourir à des sacrifices humains; et ces rites barbares avaient sans doute pour but des expiations. On sait déjà par les anciens que les Perses offraient de nombreux sacrifices à Mithra. Ces cérémonies étaient entourées de formes étranges pour les Grecs et les Latins, mais qui n’en avaient que plus de puissance à leurs yeux. L’empereur Julien s’efforça de les remettre en honneur', et voilà ce qui l’a fait accuser d’avoir immolé des victimes humaines.

M. Windischmann a fait voir combien ces mystères qui dérivaient de la grande fête célébrée chez les Perses, en l’honneur de Mithra, ont été défigurés dans les mithriacismes des derniers siècles. Mais on doit reconnaître, d’autre part, que plusieurs des rites usités dans les mystères se trouvent déjà indiqués dans l’Avesta et que des allusions y sont faites, notamment dans le Mihir-Yascht. Tel est l’emploi du baptême et de la confession. La purification par l’eau joue, on le sait, un grand rôle dans la législation de Zoroastre. La déesse qui représentait la pureté, la sagesse suprême présidant à la production des êtres, personnification de la fécondité qui descend du ciel, Ardvî Goura Andhila, était proprement celle des eaux célestes^. Son culte

J. Voy. les Céiartde cel empereur, c. .30, éd. Harles, p. 98.

2. Voy. la dissertation de M. Windischmann, intitulée : Die per-

MITHRA

devint comme celui de Mithra le point de départ d’une religion spéciale, l’adoration de la déesse Anahîd ou Anaïlis, confondue par les Grecs avec leur Artémis, et pour laquelle une vive dévotion existait en Asie Mi- . neure. La conception de cette Anahîd, qui semble avoir été le prototype de la Diane d’Éphèse et de la déesse de Comane, fut sans doute altérée par les Phrygiens, les Gappadociens et les Lydiens, mais M. Windischmann a montré que cette altération n’avait pu faire disparaître sa physionomie perse primitive.

L’idée inculquée aux initiés des mystères de Mithra, qu’après avoir été soumis à des épreuves terribles ils deviendraient des guerriers invincibles , n’est pas non plus étrangère à la loi mazdéenne qui faisait de Mithra un guerrier vainqueur des méchants. Il y avait aussi dans les cérémonies mithriaques une sorte de communion ou plutôt une offrande de pain qui se retrouve dans l’offrande des daroun, petits pains mentionnés par le texte zend ; le parsi fait encore de nos jours cette offrande.

Les sacrifices humains se rattachaient-ils à d’antiques usages de la religion perse, à une idée de rachat? M. Windischmann n’a pu le découvrir, et l’on paraît manquer d’éléments pour décider la question. Des victimes humaines ne semblent pas, au demeurant, avoir été une condition habituelle du culte mithriaque, car les empereurs romains qui avaient interdit ces horribles sacrifices dans la Gaule, ne les eussent certainement pas tolérés dans ce culte étranger. S’ils perécutaient avec

aiiche Anahita oder Anaîtis, dans le lome VIII, part, i des Mémoires de la première classe de l’Académie royale des sciences de Bavière.

MITHRA

tant d’acliarnomcnl le chrislianisme calomnié dans leur esprit cl auquel on reprocliail de prétendues cérémonies barbares, ils n'auraient pas laissé des rites du même ordre s’accomplir dans le secret des initiations mitbriaqucs. Et les victimes humaines que, dans sa démence, Commode immolait à Milbra*, n’étaient pas certainement les offrandes obligées de son culte.

Quoi qu’il en soit, ces mystères offraient un fonds exclusivement mazdéen que M, W'ndischmann a fait ressortir avec autant d’érudition que de sagacité. Quant à ces grades, à ces degrés nombreux d'initiations, désignés par des noms bizarres et qu’ont longuement décrits les auteurs, nous ignorons à quelle époque ils avaient été établis, mais leur physionomie n’a rien de grec ni de romain.

Le mithriacisme s’était aussi associé à une doctrine de la transmigration des âmes puisée à la même source que le culte lui-même et qui avait subi à son tour des altérations successives. Cette doctrine tenait de près à la théogonie mazdéenne sur laquelle M. Windischmann a répandu de précieuses lumières dans un appendice de son mémoire consacré à Gayô-Maratha et à Çaosyâç. Ces deux personnages mystiques jouent un rôle important dans le mazdéisme. Gayé-Maralha { Kaiomortz) ^ l’homme-taureau qui semble être le prototype du Minotaure des Crétois'^; il est l’ancétre de l’humanité qui doit être sauvée par Çaosyâç. C’est l’homme pur par excellence ; il a été tué par Gahi , le génie de l’impu-

Page 1