Pausan., vin
DE NÉMÉE
des dieux de cette contrée est invoqué comme le protecteur des troupeaux, comme celui qui les défend contre la dent des loups ; jamais on ne demande son appui contre leslions. De même Timportalion du culte de Pan, en Italie, où la divinité arcadienne fut identifiée avec Lupercus, n’amena point dans la péninsule, de tradition dans laquelle le lion figure. Et cependant, si le lion avait existé dans le Péloponnèse, l’Arcadie et l'Élide auraient dû lui fournir ses dernières retraites; les pâturages, les montagnes boisées, les cours d’eau, bref, tout ce que le lion recherche, abondant dans ces deux provinces. Il aurait trouvé là de nombreux bestiaux pour assouvir sa voracité. Le souvenir de la présence de ce carnassier, propre à faire sur les esprits une impression profonde, aurait dû se rattacher à celui des Dryopes, des Caucones, des Pélasges, des Lélèges, et en général, des anciens habitants de la péninsule. Or, loin de paraître dans les légendes de l’Arcadie, c’est, au contraire, dans celles de la Corinthie, que nous voyons figurer l’animal. Et cependant, il aurait dû fuir en premier lieu de ce canton de la Grèce, de bonne heure très-fréquenté, à raison des migrations perpétuelles des peuples de l’Attique dans le Péloponnèse , ou vice versa. Sans doute, près des étroits défilés de Grommyon et des monts Onées, dans le passage dilTicile appelé encore aujourd’hui Kakiscala, c’est-à-dire mauvaise montée, des brigands tels que Sciron ou Pityocamptès , ont pu s’embusquer pour attaquer les passants; mais ce n’était
1. Antiq. romain., i, 31, p. 84, éd. Schweighœuser. CF. Vairon, Fragm., p. 363, éd. Bip.
LE LION
pas là une localité que les lions aufaieitt reclieCcliéé. Slrabon ' nous dit ailleurs que le territoire de Môgare, où se passe la prétendue aventure d’Alcalhoüs, était très-stérile. Elle ne convenait guère à la demeure d’Un lion, et s’il s'était établi momentanément là quelque animal de celte espèce, on l’aurait vu ravager d’autres cantons de la Grèce; car une fois que le lion a pris l’habitude d’attaquer l’homme, il répète souvent ses attaques'^.
Ainsi ce qui caractérise la légende du lion de Némée et celle que je viens de rappeler, c’est précisément l'apparition insolite, dans la contrée, d’un animal qui devait lui être étranger. Ce lion arrive on ne sait d'oùj comme Théocrite en fait précisément l’observation : car enfin, dit-il, la terre d’Apis ne nourrit pas de pareils animaux ®. Et il ajoute que l’on y trouve seulement l’ours, le sanglier et le loup.
Voilà de bonnes raisons pour rejeter la réalité du lion de Némée. Mais, objectera-t-on peut-être, la paléontologie prouve que cet animal a vécu en Europe à une époque anté-historique. Sans doute le lion a pu exister en Grèce dans ces âges reculés où le Péloponnèse ne faisait encore qu’un seul continent avec l’Asie Mineure, bien que les dernières recherches faites près du mont Pentélique, en nous révélant l’existence d’une foule d’espèces éteintes, ne nous ait pas cependant fait retrouver des ossements de lion\ Mais quand môme il