Til. Lir., lib. V, cap. xxxiii
CAML’LLS
de l’aulre ; d’ailleurs, comment croire qu’une divinité honorée par une petite population confinée près du lac d’Iseo, dans le val Gamonica, qui a gardé leur nom, ait imposé son dieu tutélaire à toute la Gaule et à la Grande-Bretagne ?
Ottaviano Rossi ‘ a bien produit, à l’appui de l’origine camunienne du dieu Camulus, une médaille représentant le dieu Mars, debout sur un tertre, la main gauche appuyée sur un bouclier et la droite sur un javelot, avec la légende : Camulo invicto Camuli. Cette médaille déciderait sans aucun doute la question de topicité, si elle ne portait pas tous les caractères de la supposition. On doit, de l’aveu de plusieurs habiles numismatistes et notamment de celui de mon excellent confrère et ami M. Adrien de Longpérier, la regarder comme une de ces nombreuses médailles inventées par les amateurs du dix-septième siècle, pour venir en aide à leurs idées, médailles qui n’ont jamais eu d'existence que sur le papier, et dont le style seul dénote l’origine controuvée. On voit mémo que dans la prétendue légende le nom de Camuni a été changé à dessein en celui de Camuli, afin de rendre complète l’identité entre les deux noms.
D’ailleurs une inscription découverte à Clermont- Ferrand^, porte la dédicace CAMVLO VIROMANDVO, ce qui fournit une nouvelle preuve que Camulus n’était pas plus la divinité locale des Camuni que celle des
1. Ollaviano Rossi, Le memorie Bresciane, opéra istorica e simbo- /ica,p. 86, 87. (Brescia, 1616, in-4®.)
3. Voy., clans la Revue de numismatique , année 1838, p. 407, le mémoire de M. de La Saussaye.
El GRANNUS,
Rémois, et montre qu’il était adoré également par les Viromandui, d’où il suit que cette divinité était commune à toute la Gaule.
Serait-il trop hardi de chercher encore dans le nom du dieu Camulus l’étymologie du nom d’une ville située bien loin des Gaules, Camuliana? Cette ville est, selon toute vraisemblance, celle à laquelle Justinien donna plus tard son nom, Justinianopolis Elle n’avait été jusqu’alors qu’un château ^ élevé au milieu d’une plaine isolée de toute route et placé dans cette partie de la Cappadoce qui avoisine la Galatie. Or, il n’est nullement impossible que cette forteresse ait été construite par les Gaulois établis dans cette dernière province et qu’ils l’aient mise sous la protection du dieu des combats. Si donc cette étymologie est fondée, il faut en conclure que le culte de Camulus avait été porté jusqu’en Galatie par les populations celtiques, et ce serait encore là une preuve de la généralité de l’adoration de cette divinité.
Au reste, je ne présente cette conjecture qu’avec une extrême timidité. Si l’absence de tous renseignements sur Camuliana, qui n’est citée que par les auteurs byzantins donne d’une part un champ plus libre aux hypothèses, elle impose de l’autre une plus grande réserve.
1. Au cinquième concile giinéral, un nommé Basile est qualiQé de Justmianopolitamis Camulianorum prxsul , et de Prœsul Justimaiiæ tioi'ce Camulianensium.
2. Voy. Mannert, Géographie der Griechen , I. VI, part, ii, p. 57C.
3. Procopc, De Ædif,, V, 4. Ccdrcnus, f. I, p. G85, éd. Bekkcr. Constantin. Porphyrogenct., Themata, liv. Il Hierocles, p.70l.
CAMDLUS
Maintenant que j’ai établi le caractère du dieu Camulus, il me reste à rechercher l’origine de son nom.
L’analogie du mot Camulus avec le nom de Camillus, identifié par certains antiquaires avec celui de Cadmillos, Casmillos, Casmilos et Gadmos , cahire de Saraothracc , pourrait donner à penser que le dieu gaulois était originaire de cette île et que son culte avait été apporté dans la Celtique par les Phéniciens. Une simple analogie de nom ne sufllt cependant pas pour autoriser une semblable identification. Il n’est point démontré que le Camillus des Latins d’origine étrusque tire son origine du Cadmos ou Cadmillos de la tétrade de Samothrace; mais lors même que les rapprochements produits par certains érudits, et notamment par Creuzer sembleraient suffisants pour faire admettre que Casmilus était un emprunt fait à la théogonie asiatique par les Étrusques, il n'y aurait encore rien là qui établît l’identité de Camulus avec Casmilus.
Nous n'apercevons entre la religion des Gaulois et celle des Étrusques, que ces analogies éloignées qui paraissent tenir à la ressemblance des idées religieuses chez les divers peuples de race pélasgique ; elles n’autorisent pas à faire découler l’une des deux religions de l’autre. Il est sans doute incontestable que les noms commençant par la syllabe cam étaient fort communs chez les Étrusques et les Rbétiens, issus de la même souche. M. Lud. Steub a réuni un grand nombre de
1. Voy. Guignlaut , Relig. de. l’anliquiié, t. Il , liv. v, p. 293, 487