‹ Croyances et légendes de l'antiquité, essais de critique appliquée à quelques points d'histoire et de mythologieChapitre 162 sur 278 · Cœsar, Dt bell. gall., V · texte numérisé non relu

Cœsar, Dt bell. gall., V

2. Yoy. Uuchalais, Description des médailles gauloises de la Bibl. roy., p. 467. Steiner, o. c., n° 290. De Saulcy, dans la Revue de numismatique, année 1862, t. VII, p. 28.

3. Shaw, Gaelic Dictionary, \° Cama. M. A. Leprévost avait déjà cherché l’explication du mot Camulus dans le celle Camhal, Comhal, vaillant.

4. Cr. Britannia after the Romans, 1. 1 , p. 139. (London, 1836, ln-4°.)

CAMDLU3

pays celtique ' , nous rappellent précisément cette forme, dans laquelle Vu devait être bref. Je crois aussi reconnaître le radical camh prononcé cham, avec l’aspiration du c celtique, dans l’expression de chamailler^ dont les anciens lexicographes français ont proposé une étymologie inadmissible Sans doute que ce radical cam se confond avec celui du mot kampf^ signifiant combat, dans les idiomes germaniques, et qui est lui-même dérivé du gothique *. On trouve en effet au nord de la Gaule un Campodunum, aujourd’hui Kempten, où ce

1. Voy. Appendix ad Acta S. Patrie», p. 268, ap. Colgan, Trias thaumat.

2. On nomme encore chamaillade , dans le Bas-Berry et sur les frontières de la Marche , une danse où l’on imite un combat.

3. Nicot, dans son Thrisor de la langue française, dit que chamailler, c’est frapper à coups d’épée, de hache, ou autre chose de fer sur un harnais de fer ou sur un fer rude. « 11 semblé , ajoute-t-il , que le mot soit ainsi dit parce que anciennement les liommes d’armes étaient armés de hauberts, qui étaient faits de mailles de fer, sur lesquels étaient ruez et donnez les coups en eux combattant, taschant à desmailler et ouvrir. Aucuns dient que ce mot vient de malleus et malleare, latin, ce qui n’est pas du tout hors de propos. » Celte étymologie n’explique pas la présence de la syllabe initiale cha.

4. Kampf, kamp, en suédois, camp, camp, en anglo-saxon; camdon signiOe, dans cette dernière langue, envie de combattre. Certains philologues le font dériver, ainsi que l’italien campione, le français champion, l’espagnol campeador, du latin campus, champ de bataille, lice. Je ne saurais admettre cette étymologie. Il me semble impossible que les populations celtes et germaniques n’aient point eu , avant de connaître les Romains , un mot pour exprimer l’idée de combat. Les Francs n’ont-ils pas gardé le mot guerre , sans emprunter le bellum romain; très-vraisemblablement les Allemands, qui avaient subi moins que les Celles l’influence latine, conservèrent le mot qui exprimait chez eux l’idée de combattre. Telle est aussi l'opinion d’un bon juge en cette matière, M. A. de Chevullet”, qui se refuse à voir dans le

* Origine et formation de la langue française, t. I, 2* éd. p. 31S.

ET GRANNUS.

radical est associé à un mot incontestablement celtique. Peut-être appartient-il à la même famille que le mot Cimbr, Cimr, qui paraît, d’après la remarque de Fréret, avoir eu le sens à" hommes forts et guerriers *.

Ainsi l’étymologie que je crois pouvoir assigner au nom de Camulus, nous ramène précisément au caractère sous lequel le dieu s’offre à nous sur les monuments. Camulus était chez les Celtes l’analogue du dieu Tyr chez les Germains. Il n’y a rien, au reste, que de trèsnaturel de chercher dans la mythologie nationale , et en quelque sorte indigène d’un peuple guerrier, l’origine de la divinité qu’il révère comme l’arbitre des combats. C’est, en effet, l’une des premières qu’il a

mot champ, chanp , avec le sens de guerre, bataille, un dérivé de campu* , et le rattache à la mfime racine que kampf.

I. Voy. V Itinéraire d'Antonin, éd. Pinder et Parthey. Cf. Mém. de Fane. Acad, des inscr. et belles-lettres, t. XIX, p. 501 . J’ai cherché vainement le radical camh, camul , dans le sanscrit, la langue mère du celte et du teuton ; à moins que ce mot ne soit dérivé du sanscrit carma, action, dont l’r serait tombé, je ne vois aucune étymologie satisfaisante. On trouve, il est vrai, en sanscrit, le radical cam; mais il exprime , comme dans le nom du dieu de l’amour, Cama , l’idée de désir, et dès lors il ne saurait être considéré comme ayant donné naissance au nom du dieu celle de la guerre. Dans l’Amara* Cocha on rencontre , parmi les noms du dieu liindou de la guerre , Cartikeya, celui de Coumüra, c’est-à-dire le jeune homme *. Ce nom a pu à la rigueur devenir, par la substitution si fréquente de l’r à l, coumala, d’où camul , camhul. 11 est à remarquer que ce surnom de la divinité guerrière des Hindous est l’un des premiers qui lui soit donné, et comme il est emprunté au nom d’un astérisme , il a]>partient vraisemblablement à une ancienne époque. On comprendrait , dans cette hypothèse, du reste peu vraisemblable, comment il aurait pu passer des Aryas aux races qui , sorties de leur sein , sont venues peupler l’Europe occidentale.

* éd. Loiscleur-Deslongchamps, p. 8, lib. I, ch. i, sect, i.

CAMULUS

dû invoquer, l’une de celles dont le nom a dû le moins être emprunté à des peuples étrangers et ennemis. La plupart des populations barbares connues des anciens, les Sabins*, les Scythes, les Sarmates*, avaient un dieu de la guerre. Le culte simple qu’elles lui rendaient, les simulacres grossiers qu’elles s’en faisaient, en plaçant en terre une lance ou une épée, indiquent à quelle antiquité remontait chez elles l’existence d’une semblable divinité. Ces nouvelles considérations sont de nature à infirmer encore l’origine phénicienne assignée au dieu Camulus.

Les images que se faisaient de Camulus les Gaulois avant la conquête romaine, devaient être du genre de celles qu’avaient les barbares qui viennent d’être cités. C’est seulement à l’époque impériale que les arts plastiques, qu’ils commençaient à cultiver, leur permirent de s’en faire des représentations moins grossières. Mais le caractère national de ce dieu s’effacait alors pour faire place à celui de Mars®. Sans doute que c’était à de grossiers autels de Camulus qu’avait succédé le temple consacré à la divinité romaine qui s’élevait dans l’Armorique {\%Fanum Martis de la table Théodosienne), et si l’on en croit la tradition, celui de la cité des Petrocorii , placé au lieu où fut bâtie la cathédrale

1. Varron, Fragm., éd. Bip, p. 375, Clem. Alex,, Protreptic.,

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