EXAMEN CRITIQUE
l)KS SOURCES AUXQUEI.LES A PUISÉ EUSÈBE , ÉVÊQUE DE CÉSARÉK , TOUR LA COMPOSITION DE SON UISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE*.
On no saurait étudier l’iiistoirc des deux premiers siècles du christianisme, sans être frappé d’un fait, c’est la pénurie des témoignages contemporains, le petit nombre de documents réellement authentiques qui nous sont parvenus. Pour se l’expliquer il n’y a d’admissible que deux hypothèses ; la première , c’est que les néophytes écrivaient peu; que, pour la plupart ignorants et illettrés, ils n’ont pas relaté par écrit les événements accomplis sous leurs yeux; proscrits et persécutés, plus préoccupés de répandre oralement la parole du Sauveur que de raconter leurs propres aventures, ils auront négligé de dresser les annales de leur foi. La seconde, c’est que la grande majorité des mo-
1. La première édition de ce travaii a paru, en 1847, dans la Revue de philologie, de littérature et d’histoire anciennes, t. II.
LA PREMIÈKE HISTOIHE
nuraenls ccriis, remonlanl aux temps apostoliques, a péri par une déplorable fatalité.
De ces deux suppositions, la première est la moins vraisemblable; elle ne peut être vraie que par un côté : en ceci que l’histoire proprement dite préoccupait peu les premiers fidèles, qu’ils ne composaient pas de livres historiques à la façon de ceux dont Eusèbe et ses continuateurs nous ont dotés. M. Michel Nicolas, dans une savante étude critique sur les Évangiles*, a fort bien montré que les successeurs immédiats des apôtres, tels que Polycarpe, Clément, Ignace ne s’attachaient qu’à la tradition orale, et à l’appui il a cité un passage tiré des écrits du premier qu’Eusèbe ^ nous a transmis , où apparaît manifestement cette unique préoccupation de transmettre les paroles sorties de la bouche des apôtres. Mais si les néophytes ne rédigèrent pas d’annales, ils n’en écrivaient pas moins. Les épîtres qui nous sont restées de saint Paul, de saint Pierre, de saint Jean, de saint Jacques, celles, fort anciennes, qui portent les noms de saint Clément et de saint Ignace , prouvent que l’usage d’écrire était déjà répandu chez les chefs des communautés chrétiennes, dès les premières années de leur établissement. Elles accusent l’habitude qu’avaient les sectateurs, alors fort clair-semés, du Christ, de correspondre entre eux et de s’envoyer de mutuelles exhortations. Les Actes des apôtres démontrent le désir que ressentaient les fidèles de connaître les circonstances principales de la prédication de l’Évangile