‹ Croyances et légendes de l'antiquité, essais de critique appliquée à quelques points d'histoire et de mythologieChapitre 169 sur 278 · Bevue (levmanûiue , 1. p., p · texte numérisé non relu

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LA PnEMIÈRE lUSTOIHE

politiques. Quelque nouvel ('dit de persécution, lanomination d’un évêque, la rétractation d’un fidèle, étaient les seules péripéties qui vinssent arracher les néophytes à la méditation et à la prati(|ue des vertus évangéliques. L’apparition de nouveaux écrits, c’était là, pour le christianisme naissant, l’événement capital, et l’histoire du premier Age de la foi se trouve en grande partie dans la polémique théologique, dans cette lutte acharnée de cultes et de dogmes où les vaincus étaient frappés d’anathème. Eusèbe devait donc donner à son Histoire ecclésiastique une couleur plus littéraire que politique, et ce fut là encore une raison pour lui d’introduire dans son ouvrage la critique des auteurs auxquels il recourt ; car il écrit précisément l’histoire de ceux qui lui fournissent les éléments de son livre. Quand même la nécessité de répondre aux objections que soulevait chez tant d’esprits l’origine divine du christianisme, de démontrer que l’Eglise était en possession, par voie traditionnelle, de la doctrine apostolique , ne lui eût pas imposé la loi de donner, des sources auxquelles il puise, une appréciation critique, les courtes biographies qu’il sème dans son livre l’y auraient naturellement amené. On comprend que le point de vue auquel se place l’évêque de Césarée donne à sa critique un caractère qui ne saurait satisfaire nos habitudes modernes de discussion. Chrétien zélé et convaincu, ce qu’il cherche, ce n’est point à démontrer rationnellement la divinité de la religion de l’Évangile; il a pour but de faire ressortir, par l’ensemble des événements et la comparaison des principes, l’origine surnaturelle de la foi catholique. Aussi

DU CHRISTIANISMK.

ne se réfère-t-il jamais aux hérétiques, ne cite-t-il point leurs écrits. Il ne semble généialenient les connaître que par les réfutations qu’en ont faites les orthodoxes. La pureté de la foi, voilà son critérium, sa base critique, et c’est ce qui nous explique pourquoi Eusèbe , si précieux pour ce qui touche à l’histoire de l’Église orthodoxe, est insuffisant et inexact, parce qu’il est prévenu et passionné, quand il parle des communions dissidentes. Avec lui on tourne donc dans un véritable cercle vicieux. Il prétend nous démontrer la constance de la tradition par l’accord des docteurs et des plus éminents disciples de l’Évangile , et ce sont les principes qu’il a d’abord posés comme étant ceux des apôtres, qui lui servent de pierre de touche pour distinguer si tel ou tel docteur, tel ou tel confesseur est digne de confiance.

Ce qui fait réellement la grandeur, l’élévation du but qu’Eusèbe poursuit dans son livre, lui enlève d’autre part sa valeur historique. Gomme il ne se propose pas tant l’exposition des événements que la démonstration par l’histoire d’une question dogmatique, on a toujours la crainte, en le lisant, qu’il n’ait subordonné les faits à son but théologique. L’aversion qu’il témoigne pour les hérétiques donne à penser qu’il les a peints sous des couleurs trop noires. C’est ainsi qu’on le voit ajouter foi à toutes les horreurs débitées sur les sectateurs de Simon le magicien S sans faire attention que dépareilles horreurs étaient racontées par les païens sur le compte des chrétiens, et que de telles accusa-

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