‹ Croyances et légendes de l'antiquité, essais de critique appliquée à quelques points d'histoire et de mythologieChapitre 176 sur 278 · Ibid., liv. III , c. xxxi · texte numérisé non relu

Ibid., liv. III , c. xxxi

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j’admire donc la sincérité qui le rend si conforme à Thistoire sainte »

Malgré cette tendance critique et presque rationaliste au point de vue chrétien que montre Eusèbe, il est loin de s’étre toujours tenu en garde contre une crédulité qui, il faut le reconnaître, était propre à presque tous les hommes de son temps, mais plus particulièrement aux chrétiens, que leur foi vive rendait moins circonspects. Il régnait alors un goût de surnaturel qui accréditait facilement des légendes, de fausses nouvelles, des assertions hasardées, pour peu qu’elles eussent un caractère merveilleux. On les répétait comme les partis politiques répètent souvent de nos jours ce qu’ils aiment à croire, les bruits qui flattent leurs espérances et servent leurs rancunes, sans se préoccuper d’en vérifier sévèrement l’authenticité. Les dieux de l’Olympe grec et latin trouvaient bien des incrédules; il y avait une foule de philosophes qui se piquaient de mépris pour les croyances du vulgaire, mais la superstition entretenue par l’ignorance des lois physiques était générale. On la rencontre aussi bien chez les disciples les plus éminents du stoïcisme que chez les sectateurs des doctrines de l’Égypte, de la Syrie, chez les Chrétiens que chez les Gnosliques. Chaque école avait ses superstitions et son merveilleux. Elles s’accusaient réciproquement de crédulité ; elles étaient également crédules. L’étendue de l’empire romain, la profonde inégalité de l’instruction et des lumières, facilitaient singulièrement la propa-

i. Hist. eccl., liv. Il, c. x.

LA l'REMlLKE lIlSlOUtK

galion des faits surnaturels et des récits merveilleux. On les acceptait sans difficulté, on était divisé seulement sur la manière de les expliquer. Les uns les rapportaient aux dieux, les autres aux démons*. On mettait ici sur le compte de la magie ce qu’on donnait là pour un effet de la grâce divine. Souvent même un parti admettait le surnaturel sur lequel se fondait le parti opposé, quand il y trouvait des arguments en faveur de sa doctrine. Les trois premiers siècles de notre ère furent donc encore une époque de foi vive, non sans doute aux antiques fables de la Grèce et de Rome, tombées en discrédit, ne vivant plus que par la poésie et par le culte officiel , mais à l’amas de rêveries mystiques , de pratiques secrètes et mystérieuses , de spéculations sur les rapports transcendants entre l'homme et les êtres supérieurs, qui était sorti de l’Orient; c’était là une condition éminemment propre à la formation de toute religion nouvelle qui parviendrait à s’emparer de ces aspirations religieuses mal définies, et à les rattacher à un sentiment plus moral et plus élevé de la destinée de l’homme. Yoilà ce qui explique le triomphe du christianisme.

Eusèbe ne pouvait conséquemment échapper à ces idées de surnaturalisme qui étaient de son temps , et il serait injuste de les lui reprocher comme des erreurs personnelles; mais la critique n’en doit pas moins les signaler. L’évêque de Césarce croit aux présages , à ceux par exemple, qui, selon Josèphe, annoncè-

I. Voy. mon ouvrage iiililulé : la Muijie et l'Amroloijie dans l'antiquité et au moyen üye. (Paris, 18G0.)

DU CIIlUSTlANLSMi;.

rcnl la clcslruction de la nationalité juive Ce grand événement que les plus clairvoyants pressentaient, près d’un siècle à l’avance, apparut d’abord aux chrétiens comme devant se lier à la fin du monde; aussi n’est-il pas aisé de décider si dans les prophéties de l’Évangile qui se rapportent à cette finale catastrophe , c’est l’allégorie ou des faits matériels tirés des circonstances du siège de Jérusalem qu’on doit chercher. Imbus des mêmes idées, les Juifs, comme les Chrétiens, devaient donc supposer que des présages terribles seraient les avant-coureurs du grand événement, et, une fois le fait accepté, ils crurent à leur accomplissement. La foi de Josèphe et celle d’Eusèbc s’accordaient ainsi à admettre les pronostics dont le premier nous parle, et que répète l’évêque de Césarée. Il circulait, aux deux premiers siècles de notre ère, une foule d’oracles apocryphes tels que ceux des Sibylles * que les Chrétiens accueillaient avec faveur, parce qu’ils y trouvaient des prédictions sur la mission du Christ. Yoilà pourquoi Eusèhc enregistre dans son livre le prétendu oracle qui annonçait l’avénement de Vespasicu, oracle qu’il trouve moyen de rapporter au Sauveur.

Pour les légendes des saints, l’auteur de V Histoire ecclésiastique est beaucoup plus réservé; et quand on compare ce qu’il en raconte aux hagiographies du

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