‹ Croyances et légendes de l'antiquité, essais de critique appliquée à quelques points d'histoire et de mythologieChapitre 178 sur 278 · Ibid., liv. II, c. x · texte numérisé non relu

Ibid., liv. II, c. x

les hérétiques ‘ ; mais il faut reconnaître qu’Eusèbe, dans ses écrits, les a moins pratiquées que les Alhanase, les Basile et les Chrysostôme. L'hérésie inspirait alors une telle horreur que tout moyen paraissait légitime pour en préserver les fidèles, et Origèiie ® distingue formellement la fraude -Av/rt de la fraude cO 7.EVŸ;, c’est-à-dire celle qui est employée à bonne intention , de celle qui est employée à mauvaise intention.

Après avoir fait connaître le caractère général qui ressort de l’examen de VfJisloire ecclésiastique d’Eusèhe, pour achever d’apprécier dans quelle mesure nous devons faire usage de son livre, aussi précieux d’ailleurs par l’instruction qu’il y déploie qu’à raison de l’absence d’autres monuments historiques chrétiens contemporains , il me reste à rechercher les sources auxquelles il a puisé.

Les matériaux dont Eusèhe fait usage appartiennent à trois catégories distinctes : 1“ les Actes des martyrs, les lettres, les édits et en général les pièces tirées des archives; 2" les ouvrages écrits soit par des auteurs chrétiens, soit par des juifs, soit par des païens; 3“ les traditions orales.

La première catégorie a fourni à l’évèque de Césaréc une abondante moisson; mais cette classe de monu-

1. Cf. Suicer, Thesaur, eccles., v° <W);xâTaê*oi; , Munscher, Hist. du(jm. christ., t. 111, p. 39 et 40.

2. Eusèbe montre, par la phrase suivante, que l’li6résie élait à scs yeux le plus grand des crimes : « Palmas, dit-il, ordonnait de recevoir les pécheurs qui se convertissent de quelque péché que ce soit, et même de l'hérésie. »

3. Oi'igen. Puulli colt., 11, 8. Cf. Musheim, Dissert, ad histor, ecclcs, pcrtiii., vol. 1, p. 89 et suiv.

DU CHRISTIANISME

ments n’est pas, il faut le reconnaître, d’une autorité toujours sûre. Les altérations y furent si nombreuses à celte époque qu’il était difficile, surtout à un esprit prévenu, de toujours déméler la fraude. Denys, évéque de Corinthe, se plaignait, au dire d’Eusèbe*, que quelques-unes de ses lettres eussent été altérées, qu’elles eussent subi des retranchements et des additions. Théodore , évêque d’Iconium , . en écrivant à son père, constate de nombreuses suppositions dans les Actes de saint Gyr et sainte Juliette ^. Écrits par des hommes enthousiastes et peu éclairés , les Actes et les Lettres ne sauraient être regardés comme des documents décisifs. Ils n’offrent guère plus d’autorité que nos modernes pamphlets. Rédigés souvent bien après l’événement, lorsque le récit avait déjà passé de bouche en bouche, ils reproduisaient les altérations inévitables dues à la tradition orale Une fois consacrés par l’usage et la vénération, ces écrits échappaient à la critique; car, ainsi que le remarque le célèhre Frédéric Auguste Wolff *, une fois qu’un livre est consacré par l’usage public, le respect dont il est entouré nous empêche d’y voir ce qui peut s’y rencontrer d’absurde et de ridicule. Sans doute Eusôbe, qui avait été collaborateur de saint Pamphile et qui nous a laissé une Histoire des martyrs de la Palestine, devait s’être familiarisé avec ce genre de documents, mais ce qu’il

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