I. In Lazar., p. 304, dd. Conibef
320 l’évangile
descendants de Selh et d’Énos. La Mort n’a point été effrayée par leur taille prodigieuse , elle s’est montrée sans respect pour leur beauté irréprochable et les a renversés, frappés sans pitié. Quelles paroles pourraient rendre les horreurs de cette prison? Des spectres assiègent l’entrée de ce lieu repoussant et funeste. La Mort et les mauvais démons veillent à la porte; le ver affamé est comme l’administrateur de ce lieu où il rampe, sans cesse occupé à dévorer les plus beaux corps '. »
Après avoir esquissé ce tableau où toutes les figures de l’éloquence et de la poésie hébraïque ont pris une personnalité et comme un corps, saint Éphrem change tout à coup scs couleurs et nous trace une peinture où reconnaît facilement le modèle de la seconde partie de VEvangile de Nicodême.
« Cependant , tandis que la Mort était dans la joie de son triomphe, que l’Enfer s’enorgueillissait de sa victoire, alors qu’ouvrant ses portes, il engouffrait indistinctement dans son sein les hommes de tous les âges et de toutes les générations, et que, comme un tyran cruel, il sévissait également contre les bons et les innocents, n’épargnant pas môme les hommes les plus saints, voilà que son audace va jusqu’à mettre la main sur celui qui est la sainteté et l’innocence même, jusqu’à vouloir réduire au nombre de ses sujets celui qui est la force et la puissance ; il l’entraîne dans son ténébreux empire , il l’y dépose. Succès éphémère , car il n’a pu l’y retenir ; ce roi triomphe de son
1. s. Ephrœmi Necrosima , c. xxix, ap. Opéra , t. VI, p. 380.
DE NICODÊME.
ennemi par son courage et sort de ce séjour, dans tout l’éclat de son triomphe; il se saisit de la Mort, la terrasse dans son propre empire pour l’enchaîner ensuite et l’enfermer dans un cachot éternel. Il saisit en outre et foule aux pieds ce lâche brigand qui s’en prend sans cesse à notre espèce ; il déracine cet Enfer dont l’estomac insatiable dévore tous les mortels, et décompose tous les corps. Les mauvais démons tremblent à sa voix ; les antres ténébreux de l’Enfer s’ébranlent ; il culbute et l’armée de la Mort et son chef. En présence de sa défaite, la Mort poussait des hurlements lamentables qui faisaient retentir tout l’Enfer.
« Aux rugissements du lionceau les portes du Tartare se sont brisées; les murs de la cité de délices se sont ébranlés ; les forts sont tombés, dès que la voix du Christ, du fils du Très-Saint, s’est fait entendre. La Mort a été frappée de terreur ; elle a courbé son front orgueilleux qui osait s’élever à l’encontre du Christ, qui l’a châtiée, renversée et foulée à ses pieds. Le Christ a appelé à lui Adam qui croupissait au fond de cet obscur cachot, il l’a déchargé de ses chaînes et rendu à sa gloire première '. »
En un autre endroit du même discours nous rencontrons une personnification de la mort non moins énergique : « Voilà, dit-il, que la Mort dévore dans nos demeures les mortels de tous les âges; qu’armée de sa verge, elle en frappe avec fureur et précipite au tombeau les enfants avec leurs parents; qu’elle jonche le sol de cadavres et en disperse les os *. »