‹ Croyances et légendes de l'antiquité, essais de critique appliquée à quelques points d'histoire et de mythologieChapitre 223 sur 278 · UNE LEGENDE DES PREMIERS TEMPS DU CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

UNE LEGENDE DES PREMIERS TEMPS DU CHRISTIANISME

Les légendes sont une des formes les plus ordinaires, je dirai volontiers les plus inévitables du sentiment d’admiration ou d’amour qu’entretient le culte de la Divinité, qu’enfante le souvenir des grandes actions et des héros. A la longue, la vie des saints personnages, des guerriers en renom, aussi bien que les mythes sacrés, se grossissent d’une foule de traits, d’anecdotes supposées , de fables en un mot , qui finissent par prendre place dans l’histoire et que ne tarde pas à consacrer la vénération universelle. Pour dégager la réalité de ces décorations d’emprunt, au milieu desquelles la crédulité la transporte , il faut patiemment remonter la succession des âges, enlever couche par couche ces additions qui ont dénaturé le fait primitif. Alors on s’aperçoit que la légende n’a point été une pure création de la vénération, de l’enthousiasme crédule. Sans doute ce sentiment en fut comme l’agent formateur, mais l’ignorance et la confusion des événements, des mots, des choses, des époques et des lieux,

LA VÉKOMC>LE,

ont fourni les éléments de la fable. Une analyse sévère des différentes parties d'une légende et le rapprochement des faits qu’elle sépare, avec d’autres analogues ou contemporains, pourra permettre de retrouver la voie suivie par l’imagination pour arriver à composer la légende dans son ensemble.

Je veux appliquer celle mélhode à une légende bien connue des premiers âges de la foi, qui nous a valu une sainte et fut le point de départ d’une dévotion jadis fort répandue.

En recherchant, il y avingt ans, dans un Essai sur les légendes pieuses du moyen âge, l’origine de la célèbre légende de sainte Véronique, j’avais accepté en partie l’opinion de Mabillon et de Papcbroeck et supposé que le nom de B£pcvi'y.T), Bérénice, donné dans X Evangile de Nicodême à la femme qui fut guérie d’un flux de sang par le Sauveur, était une altération par métathèse des mots Vera icon. Ce nom servait à désigner les images du Christ, et il fut appliqué plus tard, par confusion, à la sainte femme qui, suivant une légende fort accréditée aux derniers siècles, reçut sur le voile dont elle essuyait la figure inondée de sueur de Jésus, l’empreinte auguste appelée Samte Face. Telle était, en effet, l’idée qui s’offrait le plus naturellement comme explication du nom de Bspsv-xï], donné pour la première fois dans X Evangile de Nicodême, c’est-à-dire vraisemblablement au commencement du [cinquième siècle Mais les explications les plus naturelles ne sont pas toujours les plus vraies, et une étude nouvelle du sujet m’a

Page 1