‹ Croyances et légendes de l'antiquité, essais de critique appliquée à quelques points d'histoire et de mythologieChapitre 224 sur 278 · Voy. ui-de88U8, p · texte numérisé non relu

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convaincu que l’erreur sur laquelle repose la légende n’était ni si simple, ni même si grossière.

Le nom de Bspsvîxïj n’eut d’abord rien à faire avec les mots Vei'a icon; il provient de l’altération d’un tout autre nom , npsjvîxY) ou IIpsûvixoç attribué à cette même hémorrhoïsse par les Valentiniens, une des sectes gnostiques les plus influentes. C’est ce que nous apprend Origène dans son traité contre Celse : « Les Valentiniens, écrit-il, dans leur doctrine men- « songère, parlent d’une certaine Prounice à laquelle « ils donnent le nom de Sagesse et dont ils veulent que « cette femme de l’Évangile qui eut une perte de sang « durant douze années, ait été le symbole. Celse, qui « en a entendu parler et qui confond les idées des « Grecs, des barbares et des hérétiques, change cela « en la vertu d’une certaine vierge Prounice *. »

Entre ces mots de BîpovtxK] etde IIpsuvix-^; appliquésl’un et l’autre à l'hémorrhoïsse, le premier vraisemblablement au commencement du cinquième siècle, le second au deuxième, la ressemblance est si grande qu’il est naturel d'admettre que l’un n’est qu’une altération de l’autre. Remarquons d’ailleurs que les manuscrits de V Evangile de Nicodème varient sur la forme du mol BcpivîxY). L’un des manuscrits de la bibliothèque de Munich ^ porte B^pvîxïj , forme qui se retrouve, aussi dans saint Jean Damascène ® ; tandis que dans

\ . npouvmx'' Tiv» oooiav PoûXcv-ai s! àirô OùotX«vTi'vcu i'JOfiâîIoust xaTa TTiv TTEîvXavrpiEvifiv ooipiav xî oûu.€oXcv tivai PcùXovrai xaî ctcd^txa sTcCTiv aîu.oppo(iü<jav , etc. Origen., Àdv. Cels., lib. VI, § 299, ap. Oper., p. 068 , ed. Delarue.

2. Cf. Thilo, Codex apocnjphus Novi Teslamenti , p. SCO, note.

3, Orat. ///, De imagiiiib. , ap. Opéra, ed.'Lequien, 1. 1, p. 368.

336 LA VÉRONIQL’E.

une description anonyme de Constantinople, publiée par le P. Gombefis ‘ , le nom est écrit B£pîvs{/.r,. Or la forme Bsp'/iy.r] se rapproche encore davantage de llpcuvîy.7], et telle est la raison qui me la fait tenir pour plus ancienne que BspovfxYj , dernier terme d’une suite d’altérations qu’on avait fait graduellement subir au nom primitif; car cette épilbèle de llp:uvfy.ïi était aussi incomprise des légendaires grecs des premiers siècles, que de Celse, et on s’efforça naturellement de la rapprocher d’un nom connu, tel qu’était celui de Bepîv(y.T|, forme macédonienne de «hspîvîxY;.

Les Grecs étaient, on le sait, dans l’usage d’altérer les noms étrangers dont le sens leur échappait, de façon à les ramener è des noms qui leur fussent intelligibles. Et quoique le mot npsûv.xi; appartînt à la langue hellénique, le sens que lui attribuaient les Valentiniens ne pouvait être saisi du vulgaire. On s’explique donc que l’auteur de YEvangile de Nicodême ou quelque autre légendaire auquel ce faussaire l’aura emprunté, ait fait de la Prounice, l’hémorrhoïsse type de la sagesse chez ces gnostiques, une femme Bernice ou Bérénice.

Ce qui aura dû aider à cette métamorphose, c’est que dans les homélies attribuées à saint Clément et qui • ne sont vraisemblablement autres que l’ouvrage apocryphe appelé: Récognitions de saint Pierre'^ ^ on parle d’une femme nommée BêpvtxY;, qui est qualifiée de

1. Inccrii, Brèves demoiistratioiies , ap. P. Combefis. , Oriyiii, rerumque Constantinopol. manipul,, p. 24. Ces variantes viennent ù l’appui ilu Tait de l’alléralion d’un nom primilir.

2. Voy. f.eillier, Histoire yinérale des auteurs sacrés et ecclésiastiqics, t. 1, p. CI 1.

fille de Justa la Ghananéenne Cette Bernice reçoit à Tyr, Clément, Nicétas et Aquila, arrivés de Césarée de Straton, et leur raconte les miracles de Simon le vMagicien dont ellea été témoin. Or l’hémorrhoïsse était, suivant une légende accréditée au temps d’Eusèbe d’une ville de Palestine, appelée aussi Césarée et surnommée Panéadeou de Philippe. Le rapprochement se sera présenté à l’esprit du légendaire qui aura confondu ces deux femmes des temps apostoliques. Quoi qu’il en soit, il n’en demeure pas moins très-vraisemhlahle que le nom de Bpsuvl/.y; dérive de Ilpsuv/Av;.

Une foisl'hémorrhoïsse baptisée du nom de Bérénice , on lui chercha une filiation. On l’identifia avec Bérénice, fille de Salomé sœur d’Hérode, et épouse de saint Âmadour puis la confondant avec un martyr d’Antioche, Bspovixô;, on la fit souffrir pour la foi dans cette ville L

Puisque la Prounice des Valentiniens a été l’ancétre de Bérénice l’hémorrhoïsse, il nous faut chercher ce que c’était que cette femme allégorique prise par Celse, comme par les légendaires, pour une vierge réelle.

Nous trouvons, dans presque toutes les théologies gnostiques, le nom de Prounice, llp;'jv'.7.5; , appliqué à

1. Ifomil., IV, ap. Coleler., Pair, apostotic., ed. J. CIcric., 1. 1 , p. 067. Cf. Clemenlis Epitome de gescis S. Pétri, ap. Coleler., O. c., I. 1, p. 703.

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