DE L’ASIE OCCIDENTALE
AVEC L'iNDE TRAfiSGAÎIGÉTIQlB ET LA CHISB
llOüTE QUE SUIVAIENT AU NEUVIÈME SIÈCLE DE NOTRE ÈRE LES ARABES ET LES PERSANS POUR SE RENDRE DANS LA MER DE CHINE
Quoique les anciens nous aient laissé fort peu de renseignements touchant la partie de l’Asie située à l’Est de rplimalaya et au delà du golfe de Bengale, on ne saurait douter cependant qu’ils ne reçussent, par l’intermédiaire des caravanes venues de l’Hindoustan et des navires qui , de la côte de Malabar, abordaient en Éthiopie, en Arabie et en Perse , des denrées tirées de la Chine et de l’Inde transgangétique^. La route que suivaient ces navires montés par des hommes du littoral des golfes persique et arabique, resta longtemps la môme, et comme rien ne
1 . Ce Mémoire a été publié pour la première fois dans le numéro d’avril 1846 du Bulletin de la Société de géographie de Paris,
2. Voy. ce que dit Cosmas Indicopleustès qui écrivait au milieu du sixième siècle, de Mando, xi, p. 337, éd, Montfaucon.
DES ANCIENS RAPPORTS
change dans ces pays, ou du moins comme les changements ne s’accomplissent que Irôs-lentement , il y a lieu de supposer qu'au neuvième siècle de notre ère, les Arabes et les Persans se conformaient encore à l’itinéraire, adopté dix ou douze siècles auparavant, par les navires originaires de la Taprobane et qui importaient des articles de commerce en Perse, en Assyrie, en Arabie, en Ethiopie et en l’Egypte Il est donc intéressant de déterminer les lieux précis qui se trouvent mentionnés dans une curieuse relation arabe, jadis traduite par Renaudot , et dont M. ReLnaud nous a donné une version nouvelle et plus fidèle. Les détails que cette relation renferme étant en grande partie fournis par un marchand persan, Soleïman, qui avait fait lui-mème le voyage de Chine, il y a lieu de penser qu'ils sont exacts. Mais, quels qu’ils puissent être, leur valeur est assurément plus grande que celle de tout autre document fourni par les géographes arabes postérieurs; ceux-ci, en effet, écrivaient loin des parages
1. Les navires <*"yptiens au temps des Ptolémées se hasardaient rarement dans la mer des Indes (Voy. SIrabon, livre II, cli. fj, 13, p. 118, éd. C. Muller et Diibner), et ne dépassaient guère Myoshormos sur la mer Houge où abordaient les embarealions venues de rinde et de l’Arabie (Strabon, livre XVl, c. 4, 24, p. 781). Les
grands marehés des Indiens étaient dans l’ile de Taprobane, c’était de là qu’on exportait à l’Occident l’ivoire, l’écaille et d’autres denrées. (Strabon, liv.fll, eh. 1, 14, p. 72). Cf. Pompnniiis Mêla, de Silu
orbis, III, 8 et 9.) Les marchandises destinées à la Perse cl à l’Assyrie étaient apportées de la Taprobane à Parygaza au nord de la eôte occidentale de l’Hindoustan, d’où d’autres bâtiments les conduisaient dans les ports du golfe Persique. Voy. Heeren, Ideen über die Politik, den Verkehnund den Uandel der Allen Welt, 3'^ édit. T. Il, p. 619 et suiv., 685 et suiv.
■r^.oogle
DE l’asie occidentale. 3S5
qu'ils faisaient connaître , et leurs renseignements étaient souvent incomplets ou infidèlement recueillis. M. Reinaud, dans sa nouvelle traduction» a franchement abordé le problème devant lequel Renaudot avait reculé ; il s'est efforcé de lever, à l'aide de sa riche érudition, les diflicultés nombreuses que présentent tant de déterminations géographiques. Il y a souvent réussi ; cependant plusieurs points dans son livre laissent des obscurités; car il convient avec modestie qu'il n’a pu d'un coup éclaircir tous les points, et depuis, acceptant quelques-unes de mes idées, il a bien voulu leur donner place dans sa belle Introduction à la géographie d’Aboulféda. La roule tracée par M. Reinaud entre Syraf et Khan-Fou est, à mon avis, susceptible de modifications importantes, que je vais tenter d’indiquer.
Selon l’habile orientaliste , dont la traduction me sert de guide*, la mer d’IIcrkend s’étendait depuis les Maldives jusqu’à la chaîne de rochers qui s’avance du continent indien vers File de Geylan, et qu’on nomme le Pont d’Adam. Une telle circonscription me semble ne pas s’accorder, avec ce qui est dit de cette mer, au commencement de la Relation Voici le texte : « Cette « mer renferme, dans la même direction que Sérendyb, « quelques îles qui ne sont pas nombreuses, mais qui « sont très-vastes et dont on ne connaît pas l’étendue « précise. » Or, dans les limites entre lesquelles M. Reinaud place la mer d’IIerkend, il ne se rencontre