Relation, trad., t. 1, p. G
356 DES ANCIENS RAPPORTS
point d’Ilcs auxquelles ces deux observations puissent s’appliquer. De plus, si ces îles sont dans la même direction que Sérendyb, c’est-à-dire si elles se présentent à un navire venant de l’Ouest et allant en Chine, à peu près à la même latitude que Geylan, mais naturellement au delà de cette île, elles doivent être situées plus à l’Est, et dès lors au delà de la mer d’Herkend, telle qu’elle a été définie par le savant orientaliste.
D’après la relation, il semblerait plutôt que ces îles sont celles de la Sonde, placées aux yeux des Arabes, peu rigoureux en fait de latitude, environ sous le même parallèle, en petit nombre, et dont plusieurs sont effectivement très-vastes : remarque qui tend à nous faire admettre que, loin de se terminer au Pont d’Adam, la mer d’Herkend s’étendait des Maldives à la côte N. et N. 0. de Sumatra, à la pointe d’Achen, par exemple. Cette supposition va être bientôt confirmée par des rapprochements plus significatifs. La relation ajoute qu’au nombre de ces îles est celle que l’on nomme Al-Ramny ‘, qui est partagée entre plusieurs rois, et dont l’étendue est de 800 à 900 parasanges. Pour M. Reinaud, cet Al-Ramny est Pile Manaar, réunie, si l’on veut, à plusieurs îles. Mais l’étendue assignée par Soleïman est bien vaste pour d’aussi petites îles. Il est vrai qu’Abou-Zeid parle plus loin de parasanges carrés; mais, lors même qu’iPen serait ainsi, cette superficie serait encore trop considérable pour des îles telles que Manaar et ses adjacentes. Si réellement, comme le
1. Ce nom est écrit dans le texte arabe tantôt Al-Ramy, tantôt Al-Rahmy, tantôt Al-Rameny.
DE l’aSIE occidentale.
pense M. Reinaud, les navires arabes fréquentaient le détroit de Palk, il leur était facile de faire le tour de ces îles, ou d’être informés par les gens de la côte, de leur étendue approximative et de leur configuration ; on ne peut donc supposer aucune confusion à cet égard, et l’assimilation proposée pour Al-Ramny demeure insuffisante.
D’ailleurs entre Soleïman, qui avait été à Al-Ramny, et Âbou-Zeid, qui n’écrivait que d’après des renseignements recueillis, le choix n’est pas douteux, il faut s’en rapporter au premier. Édrisi nous dit aussi ‘ que la longueur de celte île est de 700 parasanges ; ce qui cadre pleinement avec le témoignage de Soleïman. Voudra-t-on faire d’Âl-Ramny une portion de Geylan, en admettant que les Arabes, comme les Chinois de cette époque, divisaient l’île en plusieurs? La supposition serait peu admissible ; car la relation , en nous disant que Sérendyb est entouré de tous côtés par la mer indique par là que cette île était connue dans toute l’étendue de ses côtes , et dès lors elle devait constituer aux yeux des Orientaux une seule île. Remarquons, en outre, qu’après avoir décritles Maldives, Soleïman ajoute : « La dernière de ces îles est Séren- « dyb, sur la mer d’Herkend ; c’est la principale de « toutes*. » Or, si Sérendyb avait répondu pour les Orientaux à plusieurs îles , cette expression serait
1. Géographie d’Édrisi, trad. de l'arabe par Ain. Jaubert, I. I, p. 74.