‹ Croyances et légendes de l'antiquité, essais de critique appliquée à quelques points d'histoire et de mythologieChapitre 24 sur 278 · Voy. Lassen, Ind. Alterth., t. I, p · texte numérisé non relu

Voy. Lassen, Ind. Alterth., t. I, p

4 . De ay, se mouvoir, agir. Comparez le latin agere et ig-nit, qui ea vient aveo modiflcalion de la voyelle radkale, comme dans $Hbigere pour sub agere, etc, Ag, dans un sens plus circonscrit, signifie te contourner, se mouvoir en ondulation; de là le nom du serpent (Ag) appliqué aussi au soleil. Voy. O. Bothtingk et Roth, Sanskrit Worterbuch, l, 1, p. 23 et 27.

LA RELIGION

rinde, voyant briller au linnament les feux mystérieux du soleil et des étoiles, et les rapprochant de celui qui brûlait à son foyer, et qu’il avait obtenu par le frottement du bois, crut posséder dans sa demeure une émanation des êtres célestes, une manifestation d’Indra. Agni, la llanime du foyer, fut regardé par l’Arya comme le feu même du ciel descendu pour - habiter parmi les hommes. Ce qu’était Indra dans le ciel, Agni le fut sur la terre. Celte croyance trouvait une apparente conlirmation dans l’incendie que produit parfois la chute de la foudre. Alors vraiment le feu du ciel venait allumer la bienfaisante flamme du foyer.

Agni est donc dans la théologie védique la divinité venue sur la terre pour éclairer les humains et leur prodiguer ses bienfaits. C’est par excellence le protecteur de la maison, Grihajjuti, de la société, Viçpati. Il dissipe l’obscurité de la nuit, qui effrayait déjà l’Arya, autant qu’elle effraye encore le timide Hindou. Il réchauffe les membres engourdis; il réunit autour de lui la famille; en cuisant les aliments, il la nourrit. De là le soin extrême que met l’Arya à entretenir cette tlamme domestique, qui s’élevant sans cesse vers le ciel, semblait remonter au lieu d’où elle était descendue. L’entretien du feu devint ainsi tout naturellement le fondement du culte védique. La combustion du foyer sacré s’offrit alors comme le moyen principal d’honorer les divinités célestes, de les mettre en relation avec la terre. Agni fut assimilé à un médiateur, regardé comme le ministre des vœux et des prières des fidèles*. En ali-

1. Rig-Yida, gect. i, leet. 1, h. 12, v. 1 et 8V., trad. Langlois, l. 1, p. 19, 20.

DES ARYAS

mentant par ses offrandes la flamme divine, le chantre arya appelait Agni son protecteur, son parent*, son ami son guide®, son dieu tutélaire.

Peu à peu, la croyance populaire attribua à la combustion du feu divin des vertus nouvelles. On s’imagina que la flamme qui brûlait sur l’autel champêtre avait mille actions bienfaisantes. On alla môme jusqu’à supposer qu’en remontant de la terre au ciel, elle déterminait l’apparition du soleil et des étoiles.

« Agni naît d’abord dans vos maisons, dit Vamâ- « deva^,. (il naît) au sein du ciel qui devient son ber- « ceau, (il naît) au centre môme du nuage, n’ayant alors « ni pieds, ni tête, cachant tous ses membres, et se mé- « lant à la noire vapeur. — Agni, dit Sobhari se « tient sur la terre, qui est sa mère, il se place au som- « met du ciel. »

Ces faits expliquent comment Agni devint chez les Aryas l’objet d’un culte de plus en plus fervent. C’est à lui que le pâtre, le chef de famille, le poëte sacré adressaient leur prière journalière, lui demandant de consumer de ses flammes l’ennemi et l’impie®.

« Développe tes brillantes clartés, dit en l’invoquant « l’hymne védique, et détruis nos ennemis, les Rakcha-

1. Rig-Véda, sect. i, lect. 5, li. 14 , v. 4. trad. Langlois, t. 1, p. 144.

2. Ibid., sect. ni, lect. 1, h. 3, v. 1, Irad. Langlois, t. II, p. 5.

3. Ibid., sect. il, lect. 8, h. 13, v. 4, Irad. Langlois, t. II, p. 102.

4. Ibid., sect. ni, lect. 4, li. 8, v. 11, Irad. Langlois, t. Il, p. 103. 6. Ibid., sect. vi, lect. 7, h. C, v. 2, Irad. Langlois, t. III, p. 426. 6. « Agni, protège- nous contre la méchanceté, avec tes flammes

« les plus brillantes, ô Dieu, brûle à tout jamais l’ennemi. » {Die Uymnen des Sdma-Veda, trad. Benfey, 1, 1,3, p. 214.)

LA KELIGION

«sas, cl les maladies. Suis noire gardien! Entends « noire prière cl au lover de l'aurore el à l’apparilion « du soleil »

Les yeu\ fixés sur la llammc du sacrifice dont il suivait avec alleiilion tous les inouvemeiils, le prêtre arya voyait dans ces capricieuses clartés autant d’actes, autant do manifestations de la divinité, à laquelle il attriliuait naturellement une personnalité toute semblable è la sienne; puis, entraîné par son imagination qui dotait d’une existence distincte et d’une vie propre cbaque partie, chaque phase du phénomène qu’il avait déjà individualisé, l’Arya se représentait les moindres accidents et tous les détails de celle combustion divine comme autant d’actes de la vie d’Agni, et même comme autant de divinités. La poésie sanscrite composa pour le dieu du foyer une histoire mythique reposant tout entière sur les métaphores à l’aide desquelles elle peignait les dilférents moments du sacrifice. Écoulons, pour nous en convaincre, quelques chantres du Vêda.

Voici ce que dit Gritsamada.

« Il faut, en premier lieu, invoquer Agni que Manou « a allumé dans notre foyer et qui y siège comme un « père; (Dieu) immortel el sage, admirable el fort, s’en- « lourant de splendeurs et captivant tous nos hom- « mages.

« Que le resplendissant Agni entende mon invocation, « que (ce dieu) immortel et sage accueille toutes nos « prières. — Couvrez de l’iiolocauste el du beurre sa- « cré cet Agni qui habite tous les mondes. Il grandit

1. Big-Yéda, levl. iii, lect. 1, h. 9, v. 1, trad. Langlois, t. Il, p. 13.

UES ARYA8. 43

« SOUS les offrandes, il monte, il s’élargit en poussant « (une fumée) qui vole, qui serpente *. »

Dîrgliatamas est plus explicite; il expose avec plus de détails les phases du sacritice :

« Le Dieu, en prenant une forme apparente, se dis- « lingue par la substance lumineuse qu’il doit à la force « dont il est né. Une fois produit, il est fortifié par la « prière, cl les voix du sacrifice le soutiennent et l’ac- « compagnent.

« Les offrandes constituent une de ses formes. Nos « libations le perpétuent dans le foyer où il réside. — « Bientôt il pénètre dans les branches encore intactes « et qui sont (comme) ses mères; il s’étend, il s’élargit. « Il envahit d’abord les plus élevées, et toujours pressé, « il va plus bas en attaquer de nouvelles.

« Mais voici que l’adorable (Agni) a changé de forme; « agité par le vent, il a courbé sa taille et produit, en « résonnant, des espèces de tourbillons. Toujours bril- « lant, il brûle, en divisant ses voies et en laissant des « traces noires de son passage.

« Partant comme un char, il se dresse en crêtes rou- « geâtres dont il va frapper le ciel. Aussitôt, loin de sa « clarté, fuient les ténèbres, de même que les oiseaux a se cachent des chaleurs du soleil »

Les chantres aryas faisaient remonter au premier homme, à Manou, au fils d’Ayou ®, la découverte du feu

1. Riij-Véda, secl. iii, Icol. T, h. 9, v. >, 2, (rad. Langlois, I. 11, p. 13.

2. Ibid., sect. il, lect. 2, h. 5, v. 1-9, trad. l^Anglois, t. 1, p. 344, 345.

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