Ëdrisi, ouvr. cit., p. G
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obligé de porter dans la presqu’île transgangé tique, se trouve, d’après le même Édrisi, à un jour seulement de Djesta ou Djebesla, sur la côte de Sofala, en Afrique; de sorte qu’il n’y aurait pas eu deux journées de navigation de la côte de Mozambique ou de Zanguebar à celle de la Cochinchine , ou tout au moins du Barma; conséquence dont l’absurdité suffît pour faire voir combien tes idées d’Édrisi au sujet de Comar étaient obscures et contradictoires. Cette confusion provient de ce que le géographe arabe avait adopté te système de Ptolémée, et qu’il s’imaginait que la côte de Zanguebar allait rejoindre la Chine par un continent méridional placé sous la ligne équinoxale : de la sorte, la mer d’Herkend devenait une mer intérieure, et les îles de la Sonde confinaient l’Afrique. Un autre passage d’Édrisi relativement à cette môme île de Comar, fait voir clairement que telle était sa supposition. « Cette « île, dit-il, commence auprès des îles Roïbabat, et se « termine en face des îles de la Chine du côté du « Nord. » Ces paroles montrent comment cette terre pouvait, dans l’hypothèse des écrivains orientaux, toucher d’un côté aux Maldives et de l’autre à la Cocbinchine; et l’on conçoit alors pourquoi nul de nos voyageurs ne l’avait visitée, puisqu’elle n’avait d’existence que dans l’imagination des géographes arabes. Ce que nous lisons dans Marco-Polo, nous démontre pleinement que le pays de Comar est purement imaginaire ; car il y est dit ‘ que c’est une région de l’Inde
1. Voyage, édil. do la Société do Géographie, p. 4G4. Wrigtit, O. c. , p. 413.
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d’où l’on peut voir de tous côtés le pôle arctique, contrée sauvage remplie d’êtres féroces et d’animaux très-différenis de ceux des autres contrées; où les habitants ont la figure de singes. La contradiction incroyable dans laquelle tombe Aboulféda qui, aprèsavoir dit que Comar n’est éloigné que d’une petite journée de Senf, le place néanmoins sous le 2® de latitude , tandis qu’il met Senf sous le 6®, s’explique par les récits fabuleux et contradictoires que l’on débitait sur ce pays de Comar. On voit de môme, par un passage d’Âlbirouni que la position véritable de Comar était inconnue.
En présence de ces faits, il n’y a donc plus aucune objection à tirer de la position de Comar, par rapport à l’un ou l’autre pays , et toute considération relative à cette contrée doit être écartée. Ce n’est pas à dire pour cela que tout ce que l’on a rapporté de Comar ail été purement imaginaire ; il est probable que tout pays inconnu, nouveau, que les navires désorientés rencontraient vers le sud, était regardé comme appartenant ù cette terre mystérieuse, et dès lors une foule de faits observés en des endroits fort divers ont été groupés autour de la prétendue péninsule. Ainsi, pour ne parler
1, Aboulféda, ouvr. cil., p. 277.
2. Albirouni, divisant en trois catégories les îles de la mer de l'Inde, celles situées à l’orient, celles situées à l’occident, celles au centre, dit au sujet de ces dernières : « Les îles placées au centre sont celles de Ram (Alram) et les D^badjat. On peut aussi ranger parmi ces îles celle de Comayr. »(Voy. Journal asiatique, 4® série, l. IV, p. 265, le fragment traduit par M. Reinaud.) Cet on peut fait voir qu’on ne savait guère où placer Comar , parce qu’on n’avait jamais vu celte île. Albirouni, trompé par l’erreur répandue de son temps, la place à côté des Maldives (les Dybadjat) et de Sumatra (les lies do Ram).
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que de l’aloès, nommé al-comarij, il est certain que ce bois était apporté de quelque part, et il parait vraisemblable qu'il venait de Siam , pays voisin du Tsiampa, et riche en aloôs moins cslimé, il est vrai, que celui de Cochinchine. Siam et Comar peuvent avoir été ainsi confondus l’un avec l’aulre, bimique fort souvent aussi ce dernier pays ait été assimilé avec le Travaukore ou d’autres contrées Je tiens donc la position de Senef pour solidement établie, et je reprends l’itinéraire des Arabes. De Senef, les navires arrivaient en dix jours à Sender-Foulat; je ne saurais plus placer cette île à Singapour avec M. Reinaud, bien que cette assimilation lui offrît quelque vraisemblance. Édrisi nous dit que Sender-Foulat est très-grande, qu’elle est entourée, du côté de la Chine, de montagnes d’un difficile accès, et où soufflent des vents impétueux; il la nomme une des portes de la Chine, et compte de cette place à Senef la môme distance que la Relation. Il me semble vraisemblable que cette Ile ou cette presqu’île, les Arabes ne distinguaient pas à cet égard, doit être placée sur la côte de Cochinchine, vers le cap Varela, à Ong-ro,
1 . Ëdrisi mentionne au nombre des productions de la prétendue île de Comar le cocotier, la canne ti sucre et le bétel , qu’il nomme tanboul, et qu’il décrit si exactement qu’on ne saurait )e méconnaître. Le piper belle se trouve sans doute abondamment à Ce^lan et sur la côte de Malacca ; mais il est à remarquer qu'il est aussi trèsrépandu à Siam, où il est l’objet d’un grand commerce. (Voy. Turpin, Histoire civile et naturelle de Siam, t. 1, p. 232, 233.) Ainsi cette circonstance semble plutôt confirmer mon assimilation du Comar réel avec Siam, que forlifler celle de ce pays avec le Travankore, où le bétel ii’est pas à beaucoup près aussi répandu ; car il est à noter qu’Édrisi dit que le tanboul est la plante la plus abondante de i’île.
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situé au S. de ce cap; il y a en eiïet une bonne aiguade près de ce port, ou plutôt encore à Phu-yen, par 13“ 23’ lat. N., port excellent, depuis longtemps fréquenté, situé à environ 5 milles de Pile Maignia, abrité par les montagnes du côté de laCbine'. Sender-Foulat etSenef doivent d’ailleurs avoir été situés dans le même État, puisqu'Édrisi désigne leur roi du même nom, Ranid Les navires entraient ensuite dans la mer de Chine, et franchissaient les portes de la Chine. Ces portes, dit la Relation, consistent dans des montagnes baignées par la mer, et entre lesquelles sont des ouvertures par lesquelles passent les navires; c'est-à-dire que ces portes n’étaient autres que des îles fort rapprochées cl élevées, ou au moins qui paraissaient telles, car les îles semblent souvent en mer beaucoup plus hautes qu’elles ne le sont réellement. Édrisi compte douze de ces îles. Le célèbre hydrographe D'Après de Mannevillelte a décrit la roule que les navires suivaient alors, avec des circonstances assez précises pour qu’il nous soit facile de reconnaître celle que Solcïmah désigne dans son récit. Mannevillelte .suppose que les navires se rendent directement de la Cochinchine à la Chine, et il est en effet fort probable qiie les barques arabes ne fréquentaient pas le golfe du Tonkin, d'une navigation difficile, et ne longeaient pas la côte de' ce pays, ce qui eût singulièrement retardé leur route. Je laisse parler Mannevillelte* : « Au lieu d'aller au Tonkin, si la desti-