‹ Croyances et légendes de l'antiquité, essais de critique appliquée à quelques points d'histoire et de mythologieChapitre 53 sur 278 · Voy. Callaway, Yakkun nattaiimwa, p · texte numérisé non relu

Voy. Callaway, Yakkun nattaiimwa, p

2. Voy. Slevenson, dissert. cUée l. Ylll du Journal of the royal asiatic society.

3. Voy. mon ouvrage intitulé : la Magie et l’Astrologie dans l’antiquité et au moyen tige, Paris, 1860.

4 . Kedar est le nom d’un des pics de l’Himalaya et d’une des plus liaules cimes du Parandliar, au voisinage de Pounah. Sur le sommet

DES ARYAS

de montagne, parce que, selon lui, le Lingam était, dans le principe, le symbole d’une montagne de l’Himalaya. Quoi qu’il en soit, il est incontestable que Vichnou et Çiva apparaissent dans une hostilité permanente, et cet antagonisme a tout naturellement passé chez leurs adorateurs respectifs. Dans le Mahdbhârata, nous voyons les deux camps religieux en présence : d’une part, les Pandovs^ fervents adorateurs de Yichnou ; de l’autre, les Kourous, sectateurs de Çiva. Mais l’opposition entre les deux divinités se manifeste encore plus dans le caractère différent de leur culte. Le çivaïsme, c’est le sensualisme, sous la forme la plus grossière et la plus matérielle ; ce .sont les passions sauvages et brutales, les tentatives criminelles et impies, placées sous la protection du Mabadêva (Çiva), qui les provoque, les flatte et les encourage. Dans le vichnouïsme, au contraire, dominent l’amour, les sentiments affectueux et humains. On ne saurait dire pourtant que ce culte échappe totalement au sensualisme. Sous le ciel dévorant de l’Inde, il n’est pas de religion qui s’y soit complètement soustraite ; mais ce sensualisme, plus rafliné et plus délicat, est celui auquel conduisent les excès du mysticisme , et qui lient à la réaction du cœur sur les sens.

Au demeurant, l’antagonisme des deux cultes peut fort bien avoir coïncidé avec une différence originelle de race et de croyance. 11 est à noter, en effet, que ce fut au nord de l'Hindoustan , dans l’Aryé-

(1e celle dernière munlagne, ainsi que sur un grand nombre d’éminenccs, s’élève un Icmple consacré à Çiva, sous le non» même de Kedur. Voy. Sievenson, /. c.

LA RELIGION

vanta, OÙ vinrent sYtablir les prêtres de la Bactriane, que le viclinouïsme compta scs adhérents. Les Pandous rêgniînl à Ilastinâpoura, l’ancienne Delhi, à Mathoiira, dans la province d’Agra. Il est à croire que les Mletchas ou harharcs, que les Aryas repoussèrent au sud et dans les montagnes, s’attachèrent davantage au culte du sauvage Roiulra, confondu par eux avec Civa, et mêlèrent à son adoration des rites en harmonie avec la grossièreté de leurs idées et de leurs usages, absolument comme lors de rétablissement du christianisme, les païens convertis, mais attachés encore à quelquesunes de leurs vieilles superstitions, associèrent ü la notion du diable, dont l’origine était toute chrétienne, des croyances tirées de leur religion antérieure. Et quand, par une étrange contradiction, les derniers adhérents, les derniers héritiers du paganisme, les sorciers et les magiciens, invoquaient le prince des tênèhres et s’efforçaient d’entrer en rapport avec lui, ils répétaient les cérémonies qui avaient jadis servi à honorer les divinités déchues, désormais confondues avec Satan', Çiva a la même physionomie qu’oITre le diable dans les croyances du moyen âge ; c’est comme lui l’instigateur par excellence des mauvaises passions ; il accorde aux criminels tout ce qu’ils lui demandent , exauce leurs vœux les plus coupables; on le conjure, on l’enchaîne par un pacte; alors il satisfait, chez l’homme qui s’est ainsi livré à lui, toutes les fantaisies voluptueuses ou sanguinaires, tous le goûts infâmes et dépravés.

1. Voy. mon ouvrage inlilulc : la Magie et l'Astrologie dans l’antiquité et au moyen üge.

DES ARYAS

Vichnoii, dont j’ai dc^jù rappeld le nom, apparlicnt comme lloiidra au cercle des divinités de l’air; il est la personnification des profondeurs du firmament confondue elle-même avec celle du soleil qui les parcourt et les illumine. Cette idée ressort surtout de la ' mention faite sans cesse dans le Yêda des trois pas du Dieu.

«Oui, d’ici Yichnou s’est élancé; trois fois il a « foulé un sol empreint de la poussière de son pied, » voilà comnient s’exprime le Rig. Et ailleurs : « Je « chante les exploits de Yichnou qui a créé les splen- « deurs terrestres, qui par ses trois pas a fourni l’é- « tendue du ciel *. » Ces trois pas sont les trois divisions du jour, les trois places que le soleil occupe dans les cieux, sa station à son lever, à son midi, à son coucher. Yichnou est donc encore une autre divinisation de la voûte céleste et éthérée que l’Arya ne se lassait pas de peindre sous les formes les plus variées, d’adorer sous des noms sans cesse nouveaux. Yichnou est le ciel créateur et créé, natura naturans et nalurala.

« O Yichnou, dit le chantre védique, ton corps est « immense et personne n’en peut mesurer la gran- « deur^. » Ce Yichnou, qui n’est qu'une de ces créations passagères de la pieuse imagination du poète arya , dont le nom n’est que rarement prononcé dans sa prière, prit plus tard une place importante, considérable dans le panthéon indien. Il n’est encore cité

1 . lUfj-Véda, sccl. ii, Iccl. 2, li. 18, v. 1 , 1. 1, p. 8C3 ; oT. sefi, v, Icol. G, h. 20, l. Ht, p. 175.

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