lâid., Sflct. , leo.l. 2, h. 5, v. 18, t. 1, p
LA BELIGION
cliisme des àj^cs primitifs, qui dans l’Inde comme dans la Grèce, laissa des traces jusqu’à l’époque où le polyllicisme s’ètail en "rande partie dépouillé de son caractère naturaliste. Entre ces divinités toutes matérielles se place d’abord la Terre, dont j’ai rappelé plus haut l’adoration. La Mer lui est aussi, dans certains cas, associée; elle est souvent invoquée dans les hymnes de Goutsa. A ce culte de la mer se rattache celui des eaux, des eaux divines et salutaires, des fleuves, des fontaines. L’Arya invoque les eaux comme venant du ciel comme les mères des êtres comme servant aux sacrifices*, comme purifiant de la souillure ^ comme augmentant la force*, et protégeant contre la maladie.
Il invoque les rivières comme d’aimahles divinités auxquelles il demande pareillement d’éloigner la maladie. Quelquefois, de ce culte fétichiste, le chantre védique s’élève à une conception plus hardie et plus abstraite. Sous le nom de Sindhou“, il se représente l’ensemble des eaux, l’élément humide, dont il fait,
1. Rig-Véda, sccl. vu, Icot. C, Ii. t, I. IV, p. 143, Irad. Langlois.
2. Ibid., sed. l, lcd. 2, li. 4, v. 10, 1. I , p. .38, trail. Langlois.
3. Ibid., sed. v.led. 5, li. 12 d 1 4, Irud. Langlois, 1. III, p, U9-10I .
4. « Eaux purifianlcs, dit Medliàtilhi, emportez loul ce qui peut c Mre en moi de criminel, loul le mal que j'ai pu faire par violence, « par imprécation, par injustice. » (Sect. i, lect. 2, h. 4, v. 22, t. I , p. 39.)
5. « Eaux merveilleuses, vous augmentez noire vigueur. » (Scd. vu , lect. 6, 11. 4, V. 2, l. IV, p. 143.)
0. Rig-Véda, sect. ii , led. 1, h. 1, v. G, l. 1, p. 302. Ce Sindhou , c’est l’élément humide , principe des élres; ce qui rappelle heaucoup l’Ogen des jiremiers Hellènes , l’Océan d’Homère. Voy. à ce sujel F. Nève, Essai sur le mythe des Ribharas, p. 20, 21, 22. — Le nom de Sindhou est aussi donné comme surnom à Varouna, l'Ouranos des Grecs, à raison de l'origine céleste des eaux.
DES ARYAS
coiiinic Thalôs, le premier principe des ^Ires. Je ne pourrais énumérer ici toutes les autres parties de Punivers que le chantre védique implore comme des puissances divines, qu’il interpelle comme des êtres animés. Il prie les plantes et les arbres, les collines, les montagnes, les nues, tout ce qui peut en un mol revêtir à ses yeux une personnalité*. Citons cet hymne du Vêda qui montre bien comment la nature était alors adorée à la fois dans son tout et dans chacune de ses parties. « J’appelle à notre secours, dit Pratikchatra, « Indra et Agni , Mitra et Yarouna, Aditi , la Lumière, « la Terre, le Ciel, les Marouts, les Nuages, les Eaux, « Yichnou, Poùchan, Brahmanaspali, Bhaga, l’illustre «Savitri. — Que les nuages célébrés par nos chants, « que les rivières bienfaisantes fassent notre salut »
Si l’on possédait sur Page relatif des différents hymnes du Vêda, des données positives, on pourrait suivre la formation graduelle de la théogonie, d'ailleurs fort simple, des Aryas. Toutefois, par la comparaison d(! ces hymnes, il est souvent possible de saisir une filiation d’idées où se trahit le développement successif de l’esprit religieux et poétique. Dans le védisme, comme dans presque tous les autres polythéismes, deux tendances inverses se sont manifestées, deux forces en quelque sorte opposées ont présidé à l’évolution religieuse. D’une part, l’exercice de l’imagination qui crée incessamment des personnifications nouvelles, des mythes nouveaux et agrandit de plus en plus le champ des croyances; de l’autre, les progrès que fait Pin-
1 . /{/>/- ViWii, lifcl. V, Iccl. i, h. 21. V. 2.'i, I. ttl , |i. I I ;j.
2. Il/iil,, M-rl. IV, lecl. 2, II. 1 i, v. li, I. Il, |i, 32.3, Ir. l.angloi?.
LA RKLir.ION
tclligenre hiimiiinc dans l'ordre des idi^cs métaphysiques. Ces progrès conduisent ;i des conceptions de moins en moins grossières de la Divinité, rapprochent les caractères prêtés à chaque dieu, et tendent ainsi à confondre les unes avec les autres les divers personnages du panthéon. Ainsi l'intelligence est ramenée vers l'unité, loin de laquelle au contraire l’entratnc l’imagination. Voilà comment, tandis que l’on suit dans le Rig-Vèda celle multiplication de dieux qui prit plus tard chez les Hindous, héritiers des Aryas, un développement presque sans limites, on voit parfois percer dans le langage du chantre antique l’idée qu’il n’y a qu’un Dieu, et que toutes les divinités n’en sont que des formes. « L’esprit divin qui circule au ciel, dit un « hymne, on l’appelle Indra, Mitra, Varouna, Agni ; les « sages donnent à l’ètre unique plus d’un nom; c’est « Agni, Varna, Mâtarisvan ‘. »
Tour à tour Indra, Agni, Savitri, Vichnou, Varouna, sont célébrés comme ayant étendu les trois cieux, les trois terres^; circonstance qui nous révèle l’identité existant entre cette divinité dans l’esprit du poète védique.
Certaines personnes ont supposé que le naturalisme védique n’était qu’une altération de la croyance à l’unité divine découlant d’une révélation primordiale, que l’homme a été ramené par les progrès de la philosophie religieuse .à la notion qui lui avait été communiquée avec l’existence. On peut invoquer en faveur de cette opinion l’autorité de la Bible, bien qu’elle n’en ressorte
1. Voy. Itiij-Véda, sccl. i, lec(. 8, li, 4, v. 5, l. Il, p. 203.
2. Rifj-Véda, sect. ii , lecl. 3, Ii. 7, v. 46, I. I, p. 389.
UKS AIIVAS.
pas forcément -, mais l’élude des faits mythologiques ne la justifie pas. Elle n’est pas plus fondée que celle qui faisait jadis regarder tous les polythéismes comme de grossières idolâtries, opinion que l’on prétendait aussi appuyée par l’Écriture sainte. Il a fallu l’abandonner. La théorie d’un monothéisme primitif dans l’Inde n’est pas davantage acceptable. Sans doute un vague sentiment de l’unité divine perce dans presque tous les polythéismes, mais la conception nette du Dieu un est seulement le fruit du travail philosophique; la Bible elle-même, en nous montrant ce dogme révélé à Abraham et devenant, à dater de ce moment, le patrimoine intellectuel d’Israël, témoigne de la généralité du polythéisme .sur la terre avant le saint patriarche. Nous ne savons rien, il faut l’avouer, de l’étal psychologique et moral des premiers hommes; mais au plus haut que nous puissions remonter dans l’histoire , nous n’apercevons qu’une sorte de pressentiment de l’unité divine, et nullement cette aperception sublime qui dégage la cause des phénomènes, et représente le Créateur distinct et séparé des phénomènes par lesquels il se manifeste.
Le retour à l’unité divine n’est au reste que passager dans le Rig; c'était une lueur bien vite éteinte; car l’imagination ramenait sans cesse l’esprit arya aux images sensibles et matérielles de la vie physique dont se saisissait l’instinct religieux, pour créer un nombre croissant de divinités.
Les Védas ont, comme je l’ai déjà remarqué, ce caractère précieux, qu’ils nous offrent, plus qu’aucun autre monument sacré du même genre, la preuve que ce sont des personnifications, des allégories, des méla-
LA HKLir.lON
pliores (jiii oui donm! naissance à ces dieux innomhra- Ides qu'embrasse le polylliéismc arrivé à son plus liant dcj;ré de développcnicnl. Tout, dans les hymnes du Rig-Vèda, prend une forme animée, et la prosopopée. est poussée si loin, que le contexte seul peul nous faire voir qu'il ne s'aj^it pasd'élres réels, que le poêle prête à tout ce qui l’ciitoure une âme, une individualité humaine, qu’il objective, en lui donnant un corps, sa propre parole, sa propre pensée. Un langages! puissamment llguré devait conduire nécessairement à une théogonie des plus riches. El en effet, aucune mythologie n’égale la fécondité de celle de l’Inde.
Dans le Véda, il n’est pas seulement question de ces personnifications qui attribuaient un organisme humain aux dieux nés d'un anthropomorphisme personnifiant les forces de la nature, qui faisaient des rayons du soleil les mains et les bras de Savitri ', des clartés célestes des vaches lumineuses^, des lueurs du crépuscule des dieux aux mains agiles, aux longs bras * ; d’autres divinités prennent naissance de métaphores plus hardies et sont l'incarnation de toutes les formes de la pensée poétique, des actes du pieux adorateur d'Indra. Les prières adressées aux dieux sont transformées en épouses de ceux-ci. Tantôt les expressions du Yêda révèlent clairement l'allégorie; tel est ce passage, par exemple : « En effet, les prières sans cesse avides de s’unir « à toi, Indra, dieu admirable et digne d’éloges, cu- « rieuses d’obtenir par leurs hommages le trésor de tes