Voy. Rig-Véda, Irad. Langlois, l. 1, p
4. Rig-Véda, sert, i, Iccl. 2, h. 9, v. 1, Irad. Langlois, t. I, p. 47.
5. Voy. Langlois, Mémoire sur la divinité védique appelée Soma , dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres , 4* si5rie, I. XIX, part, ii, p. 320 et soiv.
DKS AllYAS.
« proche de notre sacrifice, dit un chantre védique à «Indra, tu aimes les lihations, bois celle que nous « l'otTrons. » Ou s’adressant au dieu du feu : « Agni, «avec tous les dieux, bois de notre doux soma. » Ailleurs il s’écrie : « Indra et Vâyou, c’est pour vous « que sont ces libations, venez prendre les mets que «nous vous offrons, voici des boissons qui vous at- « tendent. «
Peu à peu le sacrifice devint plus compliqué, la libation moins simple; on versa le jus jaunâtre du soma sur un filtre de laine, ou sur une peau de vache trouée; on l’arrosa d’eau, et l’on portait la liqueur ainsi filtrée dans le vase appelé samoudra. Là on la mêlait avec l’orge, avec le beurre clarifié, puis on la laissait fermenter; il se formait alors un esprit puissant que l’on puisait avec une longue cuiller de bois pour la verser en libation sur le foyer, ou la répandre dans des coupes auxquelles buvaient les assistants.
L’imagination de l’Arya, exaltée par la vue du sacrifice, donnait la personnalité et la vie à tous les objets qui l’entouraient, à tout ce qui était placé sous sa main ; il SC les représentait comme autant d’étres animés, de compagnons de ses pieuses occupations, de ministres des rites, de gardiens, d’amis. La libation était ainsi divinisée, non-seulement en elle-même, mais dans tous ses éléments et ses parties. Ce n’était pas seulement les apris qui recevaient une sorte d’investiture divine, c’étaient le gazon de cotisa, les portes et les poteaux de l’enceinte sacrée, le pilon Ivanaspati), le mortier [otitoôkhala ) , servant à broyer les tiges du soma pour en extraire le jus, la cuiller {djotihoii), qui dis-
LA ItKLIC.ION
tril)uait cnlro les assislants ou n'-pandait sur le feu la liqueur sainte, le bois qui alimonlail la (lamme, les trois genres de libations, le beurre ’odjyn), les plantes, [octmhlr], et par-dessus tout le sonia. Enfin la personnification du poëte s’étend jusqu'aux dix doigts [anyouli) du sacrificateur qui présentait l'oITrandc, personnifiée, à son tour, sous le nom de sivadlià. Ces dix doigts deviennent dix jeunes femmes, dix prêtresses du sacrifice, parfois dix frères qui assistent le prêtre On retrouve en eux le type des Dactyles grecs.
Le mytbe du soma joue un rêlc considérable dans riiistoire de la religion védique. Ce jus versé journellement en riionneur des dieux, qui fournissait à la libation sa liqueur, à la flamme du sacrifice son aliment, s’est élevé par degrés au rang d’une divinité de premier ordre confondue finalement avec Agni, Il devint l’Agnilibafion et usurpa sur Indra la place suprême dans lo culte des Aryas; telle est la révolution qui s’est opérée durant la période correspondant au S.1ma-Yéda; ce recueil, le second des livres sacrés de l’Inde, n’est luimême qu’un extrait du Rig-Véda comprenant les hymnes en l’honneur de Soma et d’Agni , qui n’en est plus distingué^.
Dans les hymnes qui lui sont spécialement adressés, Soma est invoqué comme le prince immortel du sacrifice®, comme le précepteur des hommes, le maître des
1. Jiig-Véïla, scct. vu, lecl. I, h. 13, v, 3; Iccl. 2, h. 4, v. 4, Irait, [.anglois, t. tll, p. 12 et 30.
2. Voy. l’üxcpllcnlc fidilion du Siiina-Vi'da, suivie d’une traduction allemande, donnée par M. Tli. Benfcy. (Leipzig, 1848.)